Une fa­mille dé­chi­rée entre deux conti­nents

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES -

L’au­teure ca­me­rou­naise Léo­no­ra Mia­no, qui vit en France de­puis vingt ans, conti­nue de s’in­té­res­ser dans son nou­veau ro­man à la com­mu­nau­té afro­péenne en je­tant un re­gard cri­tique sur l’oc­ci­dent et sur l’afrique sub­sa­ha­rienne et sur ce lien qui les unit tou­jours.

Mais dans Ces âmes cha­grines, Léo­no­ra Mia­no nous parle avant tout d’une his­toire fa­mi­liale.

Il y a les en­fants, Maxime et An­toine, mais aus­si Da­niel et Jé­ré­mie, le fils adop­tif de la grand-mère, qui sont res­tés au pays. Un pays ima­gi­naire d’afrique équa­to­riale ap­pe­lé le Mboa­su. Un pays pauvre aux rues dé­fon­cées où la vio­lence peut sur­gir à tous les coins de rue. Maxime y est né et y a vé­cu toute sa jeu­nesse, éle­vé par sa grand­mère Mo­di, une femme gé­né­reuse, dé­brouillarde et res­pec­tée dans le quar­tier, avant de par­tir dans l’hexa­gone (qui à au­cun mo­ment n’est ap­pe­lé la France) pour pour­suivre ses études. Sa mère Tha­mar l’avait lais­sé au pays avec son autre fils Da­niel alors qu’il avait à peine quatre ans pour al­ler ten­ter sa chance dans cet el­do­ra­do de pa­pier. Maxime, l’en­fant du viol, n’a ja­mais re­vu sa mère. Mal­gré cet aban­don, il ne lui en a ja­mais vou­lu, pre­nant à coeur son rôle d’aî­né, ce­lui de pro­tec­teur, de pi­lier sur le­quel les autres pou­vaient comp­ter.

Sans pa­piers dans l’hexa­gone, Maxime a tout de même réus­si à se trou­ver un bon poste grâce aux pa­piers de son frère An­toine, dit Snow. An­toine est né « in­tra-mu­ros » (Pa­ris, on ima­gine). Il est l’en­fant de l’amour, sa mère l’a vou­lu, ai­mé, ca­jo­lé, jus­qu’à sa ren­contre avec son nou­veau com­pa­gnon, un homme qui ne le vou­lait pas dans ses pattes. Snow est donc par­ti au pen­sion­nat et pas­sait les va­cances d’été chez sa grand-mère au Mboa­su. Cet aban­don ma­ter­nel, Snow n’a ja­mais pu le par­don­ner à sa mère. Plein de ran­coeur, il lui fait payer en la mé­pri­sant.

Dans son ro­man, Léo­no­ra Mia­no aborde plu­sieurs thèmes. Ce­lui, uni­ver­sel, de la fa­mille, des liens du sang et de ce que l’on trans­met, du meilleur comme du pire. Bien qu’an­toine soit le per­son­nage cen­tral du livre, l’au­teure ar­rive à don­ner de la sub­stance à cha­cun des per­son­nages im­por­tants de cette gé­néa­lo­gie (Maxime, Tha­mar et la grand-mère Mo­di) jus­qu’à re­mon­ter à la source de la ma­lé­dic­tion. À tra­vers An­toine, elle parle de la ques­tion iden­ti­taire, celle d’un Afri­cain né en France qui fait tout pour se dis­tan­cier de ses ori­gines, celles d’un pays étran­ger dont il ne connaît pas les codes.

Il y a aus­si cette réa­li­té des jeunes Afri­cains qui rêvent de par­tir un jour pour l’oc­ci­dent, croyant pou­voir ain­si se sor­tir de la mi­sère alors que sur place, la réa­li­té quo­ti­dienne d’un sans-pa­piers est sou­vent plus rude. Léo­no­ra Mia­no n’est ni tendre avec l’oc­ci­dent et le sort qu’elle ré­serve à ces im­mi­grés et à cette do­mi­na­tion qu’elle exerce tou­jours dans les pays sub­sa­ha­riens, ni avec l’afrique, où la cor­rup­tion et les ma­gouilles laissent le pays cre­ver de faim.

Ces âmes cha­grines est à la fois un ro­man dur et im­pla­cable sur une fa­mille et un pays meur­tris, mais aus­si un ro­man où le par­don et la rédemption sont pos­sibles.

CES ÂMES CHA­GRINES

DE LÉO­NO­RA MIA­NO Édi­tions Plon ∫ 281 pages.

Dis­po­nible en li­brai­rie

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