FRED PEL­LE­RIN DE SAINT-ÉLIE À PA­RIS

PA­RIS | Pro­fon­dé­ment an­cré dans la culture qué­bé­coise, et sur­tout dans son pa­te­lin de Saint-Élie-de-cax­ton, Fred Pel­le­rin a pour­tant réus­si à sé­duire le pu­blic eu­ro­péen par ses his­toires ori­gi­nales. Le Jour­nal est al­lé ren­con­trer le conteur à Pa­ris, pour

Le Journal de Quebec - Weekend - - WEEKEND - Ra­phaël Gen­dron-mar­tin

Les spé­cia­listes du mi­lieu cul­tu­rel fran­çais, pro­duc­teurs, gé­rants et ar­tistes, ne cessent de le ré­pé­ter. Pour es­pé­rer connaître du suc­cès comme ar­tiste de scène, il faut que nos chan­sons soient dif­fu­sées à la ra­dio et avoir une pré­sence ré­gu­lière à la té­lé­vi­sion.

Fred Pel­le­rin n’a rien de tout ça. Les deux al­bums du conteur, Si­lence et C’est

un monde, ne sont même pas dis­po­nibles en Eu­rope. Pour­tant, il a dé­pas­sé le cap des 50 al­lers-re­tours entre Pa­ris et Mon­tréal de­puis les 12 der­nières an­nées.

Au dé­but du mois, le sym­pa­thique ar­tiste se pro­dui­sait trois soirs de suite à l’al­ham­bra, une salle d’en­vi­ron 500 places, si­tuée près de la Place de la Ré­pu­blique. Sans être à gui­chets fer­més, les trois concerts étaient presque rem­plis.

Ren­con­tré dans sa loge avant un des concerts, Fred Pel­le­rin se sou­vient du dé­but de l’aven­ture eu­ro­péenne. « Ç’a com­men­cé pour moi avec les fes­ti­vals de conte, parce que ça voyage entre les pays fran­co­phones. Au Qué­bec, il y a un fes­ti­val à Trois-pis­toles, Sher­brooke et Mon­tréal. Et ceux qui y par­ti­cipent sont des conteurs de France, du Sé­né­gal, du Bé­nin, de la Rou­ma­nie. Il y a aus­si des pro­gram­ma­teurs de par­tout qui viennent et c’est là qu’on m’a in­vi­té pour la pre­mière fois, il y a 12 ans. »

MAR­GI­NAL

Con­trai­re­ment à un groupe de mu­sique, un conteur ne coûte pas cher à pro­duire. « On est fa­ci­le­ment lo­geable et on peut jouer pour 40 ou 400 per­sonnes. » De fil en ai­guille, le conteur s’est fait voir dans des vil­lages un peu par­tout en France et ailleurs en Eu­rope. Il y a quelques an­nées, il « mon­tait d’une marche » en se pro­dui­sant au Théâtre du Rond-point, à Pa­ris.

« En même temps, je ne suis pas connu ici, re­la­ti­vise-t-il. Ça reste très mar­gi­nal. Et je ne veux pas conqué­rir la France. Ce que je veux, c’est de ve­nir en France six ou sept fois par an­née. Et on y ar­rive. »

Cet au­tomne, le conteur a fait trois al­ler-re­tour au-des­sus de l’at­lan­tique. L’un de ses voyages a été en­tre­cou­pé du lan­ce­ment de C’est un monde, au Qué­bec. Iro­ni­que­ment, Fred Pel­le­rin in­dique que 2011 de­vait être son « an­née off ».

« Mais vu que c’était l’an­née off, on a don­né plus de dates à la France. J’ai pris des pro­jets spé­ciaux, comme le spec­tacle avec Na­ga­no et on a lan­cé l’al­bum. Cette an­née off a pris le bord en es­ti ! »

Pré­sen­te­ment, les fans eu­ro­péens de Fred Pel­le­rin ne peuvent se pro­cu­rer ses deux al­bums que du­rant ses spec­tacles, ou dans cer­tains ma­ga­sins spé­cia­li­sés. « Mais il y a des pour­par­lers pour faire une vraie dis­tri­bu­tion. Parce qu’il y a une ru­meur. En même temps, je ne dé­barque pas avec la ma­chine. On y va en zi­gon­nage. Ça fait 50 fois que je viens ici, il n’y a per­sonne qui me connaît, mais il y a du monde dans les salles. C’est par­fait. J’ai un pu­blic qui se bâ­tit tran­quille­ment. Par exemple, on peut al­ler jouer une fois à Lis­bonne dans une salle de 200 places, où il y a 125 per­sonnes. Et l’an­née d’après, on y re­tourne dans la salle de 800 et c’est rem­pli. »

« EN COURBE DE SUCCOMBATION »

À Pa­ris tou­te­fois, l’offre est si grande (avec plus ou moins 500 concerts par an­née) que le conteur ne peut pas en­core at­ti­rer de foules im­menses. « Je ne pour­rais pas faire une salle de 1 500 places à Pa­ris. Au Qué­bec, je dis ça sans prétention, mais il faut ache­ter les billets ra­pi­de­ment. J’ai par­fois moi-même de la mi­sère à avoir des billets pour ma mère, tel­le­ment il y a de la de­mande. Ha­ha ! Mais à Pa­ris, tout le monde passe par ici. Ce soir, t’as le spec­tacle de Sla­va et aus­si ce­lui de la fille avec son cirque in­vi­sible. »

Mal­gré tout, qu’est-ce qui fait que les Fran­çais ont suc­com­bé au conteur qué­bé­cois ? « Ils sont en courbe de succombation, ré­pond-il. Je ne sais pas. Ce n’est pas évident. Je m’adresse à des Fran­çais, mais il y a tou­jours des Qué­bé­cois de per­dus dans la salle. Au dé­but de chaque spec­tacle, je prends tou­jours 10 mi­nutes pour me pla­cer avec le texte. Je fais tou­jours at­ten­tion de prendre mon souffle. Cer­tains soirs, le pu­blic re­çoit tel­le­ment bien ça que j’ai l’im­pres­sion d’être à Saint-élie. »

« Je ne change rien à ma par­lure et ils com­prennent tout. Je ne sais pas pour­quoi. Je fais juste ar­ron­dir cer­tains coins de murs, cer­taines zones, pour ne pas me pé­ter la face vo­lon­tai­re­ment. Mais je ne change pas ma langue. »

PAS LE TEMPS POUR DES CHAN­SONS

Jus­qu’à tout ré­cem­ment, Fred Pel­le­rin de­vait en­core ex­pli­quer au pu­blic eu­ro­péen la te­neur de ses contes, comme il le fai­sait au Qué­bec, à ses dé­buts. « Les gens ne com­pre­naient pas ce que je fai­sais. Ce sont des contes pour en­fants ? Non, des contes pour adultes. Alors, ce sont des contes gri­vois ? Non, vous vien­drez voir ! » Lui qui a ré­cem­ment rem­por­té les Fé­lix du Spec­tacle – In­ter­prète, du Met­teur en scène et du Scrip­teur de spec­tacle pour St-élie-de-chan­sons, qu’il n’a pré­sen­té que 12 fois – Fred Pel­le­rin n’a pas l’in­ten­tion de pro­po­ser un nou­veau spec­tacle mu­si­cal. Et ce, même si son plus ré­cent al­bum, C’est un monde, a re­çu d’ex­cel­lentes cri­tiques. « Je n’ai pas le temps. Mon ca­len­drier n’a pas de bon sens. Au dé­but de l’an­née, je vais tra­vailler sur le pro­jet de Mar­tin Léon, après je tombe en ro­dage pour le show de conte, en mars. » √ De Peigne et de mi­sère se­ra pré­sen­té à Mon­tréal en oc­tobre 2012, et à Qué­bec, en dé­cembre 2012.

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