L’HOMME DER­RIÈRE

Gains­bourg, Re­naud et… Lyn­da Lemay

Le Journal de Quebec - Weekend - - WEEKEND - Ra­phaël Gen­dron-mar­tin Agence QMI

PA­RIS | Au Qué­bec, on a par­fois de la dif­fi­cul­té à me­su­rer l’im­pact que connaît Lyn­da Lemay en France. C’est en ren­con­trant l’édi­teur fran­çais Gé­rard Davoust dans son bu­reau, près de l’arc de triomphe, que l’on a me­su­ré un peu plus l’im­por­tance de l’ar­tiste qué­bé­coise. Et l’édi­teur est as­su­ré­ment im­por­tant pour la chan­teuse puis­qu’elle lui a même dé­dié son mor­ceau Mon Gé­rard.

Gé­rard Davoust a vu nei­ger, c’est le cas de le dire. Dans une autre vie, il a ac­com­pa­gné une quin­zaine d’an­nées Georges Bras­sens (« il était dé­jà cé­lèbre ») et Serge Gains­bourg, du­rant la même du­rée (« c’était à une époque où il ne fonc­tion­nait pas, j’ai par­ta­gé plein de mo­ments avec lui, y com­pris les plus dif­fi­ciles »).

En 1976, il ren­con­trait Re­naud pour la pre­mière fois. Puis, du­rant les 20 an­nées sui­vantes, M. Davoust a pei­né à trou­ver un ar­tiste qui l’en­chan­tait vrai­ment. C’est alors qu’est ar­ri­vée la jeune Lyn­da Lemay, en juillet 1996, au Fes­ti­val de Mon­treux.

La Qué­bé­coise par­ti­ci­pait à un spec­tacle hom­mage à Charles Tre­net. Gé­rard Davoust était dans l’as­sis­tance, aux cô­tés de M. Tre­net et de Charles Az­na­vour (avec qui M. Davoust tra­vaille tou­jours). « On a tous eu la même ré­ac­tion en l’en­ten­dant chan­ter. C’était im­payable, drôle, éton­nant et ça tran­chait sur tout le reste. La salle a écla­té et c’était une ré­ac­tion beau­coup plus forte que pour tous les autres ar­tistes. » L’édi­teur d’ex­pé­rience a en­suite ren­con­tré l’au­teure, com­po­si­trice et in­ter­prète pour qu’elle lui joue d’autres pièces de son ré­per­toire.

« Je vou­lais m’as­su­rer qu’elle n’était pas l’ar­tiste d’une seule chan­son, qu’il y avait autre chose après. Je me suis as­sis et elle m’a joué 30 chan­sons d’af­fi­lée. J’étais de plus en plus en­chan­té. » En écou­tant Lyn­da Lemay en­re­gis­trer son pre­mier al­bum pour la France, Gé­rard Davoust s’est de­man­dé s’il al­lait faire quelque chose avec son ac­cent qué­bé­cois très ap­pa­rent. « Je me suis rap­pe­lé que lors­qu’on es­sayait de chan­ger l’ac­cent de quel­qu’un, ça pou­vait conduire au dé­sastre. On a dé­ci­dé de ne rien chan­ger et d’as­su­mer. Fi­na­le­ment, les Fran­çais ont le goût pour l’exo­tisme. » Même si les ra­dios com­mer­ciales n’ont ja­mais vou­lu em­bar­quer et que la mai­son de disques fran­çaise trou­vait qu’il y avait trop de mots dans les pa­roles des chan­sons, Gé­rard Davoust a réus­si à se dé­ni­cher quelques al­liés pour sa nou­velle pro­té­gée. Un pa­pier di­thy­ram­bique de Jé­rôme Gar­cin, du Nou­vel Ob­ser­va­teur, a per­mis à l’ar­tiste qué­bé­coise de pro­pul­ser sa car­rière fran­çaise.

LA PRE­MIÈRE DE­PUIS BREL

Quand il parle de Lyn­da Lemay, Gé­rard Davoust ne ta­rit pas d’éloges. « C’est une au­teure à textes re­mar­quable, qui fait par­tie de la fa­mille des grands Fran­çais à texte, comme Brel. Elle parle beau­coup des pro­blèmes de couple, comme le fait Az­na­vour, et elle a une tru­cu­lence qui res­semble à Brel. Ed­die Mar­nay a dé­jà dit à Lyn­da qu’il lui en­viait son ta­lent d’écri­ture et que de­puis Brel, il n’avait ja­mais rien vu d’aus­si fort. »

Gé­rard Davoust a dé­cou­vert

Lyn­da Lemay, il y a 15 ans.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.