DA­NIEL CRAIG IN­CARNE SA BÊTE NOIRE

Da­niel Craig est le genre de bon­homme qui pré­fère pla­cer lui-même ses coups de fil. Ce­la peut sem­bler ba­nal, à moins d’être un ha­bi­tué des en­tre­vues té­lé­pho­niques avec les ve­dettes, qui sont, d’or­di­naire, pré­cé­dées d’un ap­pel du hé­raut des re­la­tions pu­bli

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Jim Slo­tek Agence QMI

« J’adore ça, « hé­raut », dit Da­niel Craig, amu­sé, au té­lé­phone, en in­tro­duc­tion d’une en­tre­vue ca­na­dienne ex­clu­sive de­puis la Suède, où il fait la pro­mo­tion de la nou­velle ver­sion de Da­vid Fin­cher, en an­glais, de Mille­nium : The Girl With The Dra­gon

Tat­too ( Les hommes qui n’ai­maient pas les

femmes). Le film sort en salle, au Ca­na­da, mar­di soir pro­chain.

Craig s’est fait, sans le vou­loir, une image de gars ren­fro­gné, sur­tout en rai­son de son in­ca­pa­ci­té ap­pa­rente à sou­rire au gré des pho­to­graphes.

Mais il rit sou­vent au cours de notre en­tre­vue, pro­met­tant de se ser­vir de ma ré­plique stan­dard pour ré­pondre aux gens qui s’ob­jectent, par prin­cipe, à la no­tion même d’une nou­velle ver­sion, « Avez-vous lu le livre en sué­dois? » « Je vais m’en sou­ve­nir et l’uti­li­ser », dit-il, rieur.

Il se montre par­ti­cu­liè­re­ment ba­din sur l’iro­nie que re­pré­sente son rôle de jour­na­liste, une race de gens avec qui on lui prête une re­la­tion conflic­tuelle. Sous les traits de Mi­kael Blomk­vist, un jour­na­liste d’en­quête sué­dois en dis­grâce, il s’al­lie à une jeune pi­rate in­for­ma­tique trou­blée, Lis­beth Sa­lan­der (Roo­ney Ma­ra), pour élu­ci­der une af­faire de meurtres en sé­rie. Craig y ap­pa­raît lé­gè­re­ment moins frais que l’homme qui a in­car­né James Bond, dans

007 Quan­tum. Au­rait-il sui­vi le ré­gime de vie d’un jour­na­liste?

« J’ai es­sayé, j’ai vrai­ment fait mon pos­sible », dit-il, joyeu­se­ment. « J’ai ca­lé une bou­teille de rouge tous les soirs, ac­com­pa­gnée d’un gros bol de pâtes. Puis, je pas­sais à l’as­saut du mi­ni­bar, pour des Gum­mi Bears et du chocolat.

« J’ai éga­le­ment fu­mé comme une che­mi­née, pour ce film, parce que Blomk­vist est fu­meur. Dans la vie, j’ai fu­mé par pé­riodes. C’est une ha­bi­tude dé­goû­tante, mais c’est une par­tie de l’iden­ti­té de Mi­kael. À la fin du tour­nage, j’avais re­com­men­cé à fu­mer. »

Il a ces­sé, de­puis, pour re­trou­ver la forme, en vue du tour­nage du pro­chain

James Bond, Sky­fall.

VIE PRI­VÉE

« À pro­pos de ce rôle, il ar­rive que l’on me dise, ‘ Vous in­car­nez un jour­na­liste. N’est-ce pas hy­po­crite? ‘ C’est une per­cep­tion qui s’ex­plique par le fait que je ne me gêne pas d’af­fir­mer mon droit à une vie pri­vée (in­cluant un ma­riage ré­cent à l’ac­trice Ra­chel Weiss), et cette at­ti­tude s’ins­crit en faux avec la no­tion de pro­prié­té que peuvent dé­ve­lop­per les gens à l’égard de mon in­ti­mi­té. »

« Mais à mes yeux, le jour­na­lisme est ex­trê­me­ment im­por­tant. On s’en rend compte lorsque les mé­dias se font me­not­ter et que la li­ber­té de presse est abo­lie. La vé­ri­té dis­pa­raît alors au pro­fit d’un sys­tème to­ta­li­taire.

« La li­ber­té de presse est un rouage es­sen­tiel d’une so­cié­té dé­mo­cra­tique. Je com­prends ce­la », dit-il, ajou­tant que si l’au­teur de la tri­lo­gie Mille­nium était tou­jours vi­vant, « Stieg Lars­son se­rait à l’avant-scène pour faire connaître sa pers­pec­tive sur l’état des af­faires dans le monde. » Tis­sé à même la trame de l’his­toire se trouve un com­men­taire sous­ja­cent sur la cor­rup­tion des mé­dias et du gou­ver­ne­ment par des groupes fi­nan­ciers.

HOMME BRI­SÉ ÉGO­CEN­TRIQUE

Quant à Craig, il dit que sa mis­sion, dans le film, consis­tait à avoir l’air nor­mal.

« J’avais af­faire à un homme bri­sé, mu­ni d’un gros ego. C’était à la fois l’at­trait et le piège du per­son­nage. Il est égoïste et s’est mis lui-même dans le pé­trin en n’étayant pas suf­fi­sam­ment les faits qu’il a avan­cés dans le cadre d’une en­quête. Tout un faux pas, lors­qu’on est l’ob­jet d’une pour­suite en dif­fa­ma­tion par un mil­liar­daire. »

« Mon ob­jec­tif prin­ci­pal était de rendre le per­son­nage aus­si or­di­naire que pos­sible. Je n’ai pas cher­ché à briser le sté­réo­type de James Bond, mais juste à en faire un homme comme les autres. Lors­qu’on lui tire des­sus, il s’en­fuit, sans hé­roïsme. Mais ça ne le di­mi­nue pas pour au­tant, en tant qu’homme, puis­qu’il ne fait que ré­agir comme le fe­rait n’im­porte quel autre être hu­main dans les cir­cons­tances. »

De fait, nous avons beau­coup vu Da­niel Craig, der­niè­re­ment, dans des contextes non 007. Il y a eu, par exemple, Cow­boys et

Aliens, cet été, et Les aven­tures de Tin­tin 3D, de Spiel­berg. Tout ça grâce aux pro­blèmes fi­nan­ciers ré­cents de MGM. La fran­chise Bond a en ef­fet flot­té dans l’in­cer­ti­tude pen­dant plu­sieurs mois jus­qu’à ce que de nou­veaux bailleurs de fonds viennent ren­flouer les coffres du stu­dio.

« Il y a eu un hia­tus. Tout était en sus­pens et nous at­ten­dions que la si­tua­tion se règle », se rap­pelle Craig. « Mais je ne pou­vais at­tendre in­dé­fi­ni­ment qu’ils prennent ou non une dé­ci­sion et ris­quer de me re­trou­ver sans tra­vail. Ça m’a per­mis de faire un film de cow-boys, un vieux rêve, et puis ce film est ar­ri­vé juste au bon mo­ment. »

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