à la tête du MI6

Alors que je fouillais mes notes avant l’en­tre­vue, j’ai été sur­pris par l’ap­pa­ri­tion sou­daine d’un Ga­ry Old­man éblouis­sant, qui, lu­nettes sur le nez, se te­nait si­len­cieu­se­ment de­vant moi, et ce, avant même que l’at­ta­ché de presse me serve l’in­tro­duc­tion h

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Jim Slo­tek Agence QMI

Ga­ry Old­man s’est-il in­fil­tré dans la chambre d’hô­tel grâce à des pou­voirs sur­na­tu­rels ac­quis du temps où il jouait Dra­cu­la?

C’est ain­si que j’ai in­si­nué qu’il était bien as­sez fur­tif pour jouer le rôle de George Smi­ley – fa­meux es­pion du MI6 et hé­ros des ro­mans de John Le Car­ré – dans la plus ré­cente adap­ta­tion de La

taupe.

« Le ta­pis est juste vrai­ment moel­leux », a-t-il ré­pon­du d’une voix éton­nam­ment douce.

« En réa­li­té, je fe­rais un très mau­vais es­pion. D’une cer­taine ma­nière, l’idée de chan­ger de peau et de jouer la co­mé­die rend la comparaison in­évi­table. Mais être ac­teur, c’est à l’op­po­sé de l’es­pion­nage. On es­saie tou­jours de mon­trer la vé­ri­té et non de men­tir. On n’es­saie pas d’être mal­hon­nête. La mal­hon­nê­te­té et l’in­fi­dé­li­té, je ne sup­porte pas ça. Ça ne fait pas par­tie de qui je suis », a-t-il en­chaî­né.

RÔLES DIF­FÉ­RENTS

De Sid Vi­cious à Si­rius Black dans

Har­ry Pot­ter, en pas­sant par le com­mis­saire Gor­don dans Bat­man, Ga­ry Old­man a te­nu des rôles bien dif­fé­rents au cours de sa car­rière. Une en­tre­vue avec lui, ça n’est pas une en­tre­vue avec n’im­porte quel ac­teur.

En per­sonne, on a l’étrange sen­ti­ment de ne l’avoir ja­mais vu avant. Pour le rôle de George Smi­ley – in­ter­pré­té par Sir Alec Gui­ness dans la mi­ni­sé­rie de 1979 – Ga­ry Old­man n’a eu qu’à rendre ses che­veux un peu plus gris et à les amin­cir. Pour­tant, bien des cri­tiques ont par- lé d’un Ga­ry Old­man mé­con­nais­sable.

Il sou­tient d’ailleurs tou­jours avoir vou­lu de­ve­nir un ac­teur ca­mé­léon.

« Tous les ac­teurs ont leur liste d’ac­teurs fa­vo­ris. Je me rap­pelle ma jeu­nesse en Grande-bre­tagne, dans les an­nées 60 et 70. J’ad­mi­rais vrai­ment Alec Gui­ness, qui, iro­ni­que­ment, s’est re­trou­vé dans la peau de Smi­ley alors qu’il avait presque 70 ans. Mais je pense aus­si à un film de 1949 où il a in­ter­pré­té sept per­son­nages dif­fé­rents. Si­non, Pe­ter Sel­lers était un autre de mes fa­vo­ris, de ceux qui pou­vaient se trans­for­mer aus­si ai­sé­ment. Je crois avoir été in­fluen­cé par ce genre d’ac­teurs à un très jeune âge et, sur­tout, par leur plai­sir à prendre l’ap­pa­rence d’une tout autre per­sonne. »

Mal­gré l’ad­mi­ra­tion qu’il voue à Gui­ness, Ga­ry Old­man ne s’est tou­te­fois pas ins­pi­ré de lui pour son in­ter­pré­ta­tion de Smi­ley. La taupe, réa­li­sé par To­mas Al­fred­son, re­late l’his­toire d’un an­cien agent se­cret rap­pe­lé par « le Cirque » (sur­nom don­né aux ser­vices se­crets an­glais) afin de dé­mas­quer une taupe agis­sant pour les So­vié­tiques au ni­veau des hauts gra­dés de l’or­ga­ni­sa­tion.

ÉCRAN DE FU­MÉE

La si­tua­tion at­teint son point cri­tique quand un agent est as­sas­si­né à Bu­da­pest lors d’une mis­sion ra­tée. Évé­ne­ment qui pro­voque le ren­voi de Con­trol (John Hurt), chef du MI6. Alors qu’il quitte son poste, ce­lui-ci doit trans­mettre sa liste de sus­pects à Smi­ley qui lui suc­cède. Le nou­veau chef doit consi­dé­rer la pos­si­bi­li­té que le scé­na­rio de la taupe puisse être un écran de fu­mée émis par les Russes pour brouiller les pistes me­nant à d’autres ac­ti­vi­tés.

Le tem­pé­ra­ment calme et ra­tion­nel de Smi­ley est, se­lon Ga­ry Old­man, un contre­poids à plu­sieurs rôles pré­cé­dents aux­quels il se ré­fère avec une once de dé­sin­vol­ture. « C’était des rôles à se ta­per la tête sur les murs. Je suis de plus en plus in­té­res­sé par des per­son­nages plus tem­pé­rés, comme le com­mis­saire Gor­don, par exemple. »

« Mais on joue de ma­nière plus in­té­rio­ri­sée de la même fa­çon qu’on se laisse al­ler, a-t-il sou­te­nu. Pour com­prendre comment jouer ce per­son­nage, je n’avais qu’à pui­ser dans la lit­té­ra­ture de Le Car­ré. Il y a un pas­sage dans le livre où, Ann, la femme in­fi­dèle de Smi­ley, parle de lui et ra­conte qu’il peut presque ré­gler la tem­pé­ra­ture de son corps avec celle de la pièce dans la­quelle il se trouve, comme un rep­tile », a-t-il ex­pli­qué.

« J’aime le fait qu’il est sûr de ses convic­tions. Il est très loyal, sur­tout par rap­port aux jeux de pou­voir qui se dé­roulent à l’in­té­rieur même du « Cirque ». Son hon­nê­te­té et sa loyau­té lui valent beau­coup d’ad­mi­ra­tion de la part de ses col­lègues. Mais il peut aus­si être cruel et mé­chant. Il est un peu sa­dique, en fait. Cer­tains as­pects de son tra­vail lui ré­pugnent », a-t-il ajou­té.

« Somme toute, le por­trait de Gui­ness, qui était vrai­ment convain­cant, of­frait très pro­ba­ble­ment un Smi­ley plus sym­pa­thique que le mien. »

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