AUTOBIOGRAPHIE SEN­TI­MEN­TALE

NEW YORK | (Agence QMI) Oui, ce se­rait bien si son nou­veau film, Jeune adulte, fai­sait de l’ar­gent. Mais Ja­son Reit­man donne un cri­tère dif­fé­rent pour éva­luer son suc­cès.

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA -

« Mon sen­ti­ment de réus­site ne se­ra ja­mais ba­sé sur le mon­tant d’ar­gent que ce film rap­por­te­ra », a ex­pli­qué Ja­son Reit­man. « Il s’agit de faire en sorte que le pu­blic soit mal à l’aise dans la troi­sième par­tie du film. Quand je vois ça, je sais que j’ai fait mon tra­vail. »

Et si vos at­tentes pour un film de Ja­son Reit­man sont ba­sées sur ce que vous avez res­sen­ti lors de Ju­no, vous de­vez les ré­ajus­ter. « Ju­no avait été conçu pour gé­né­rer de bons sen­ti­ments. Haut dans les airs (avec George Cloo­ney) avait pour but de rendre un peu in­con­for­table. Et je vais plus loin avec Jeune adulte. Nous avons be­soin de films qui pro­voquent un ma­laise. »

Jeune adulte est un psy­cho­drame sombre et spi­ri­tuel. Une ex-reine de bal de fi­nis­sants, Char­lize The­ron, à 37 ans, est « nègre » de ro­mans pour jeunes adultes. Elle re­vient dans sa pe­tite ville d’ori­gine avec la ferme in­ten­tion de sé­duire son an­cien pe­tit ami (Pa­trick Wil­son), main­te­nant ma­rié et père d’un nou­veau-né.

La seule per­sonne qu’elle peut consi­dé­rer comme un ami est un fan de La guerre des étoiles (Pat­ton Os­walt), dont le pas­sage à l’école se­con­daire a été fait d’in­ti­mi­da­tion bru­tale et de tor­tures.

CRISE D’IDEN­TI­TÉ

Ja­son Reit­man n’a été ni roi du bal ni vic­time au se­con­daire, mais il a vé­cu une crise d’iden­ti­té, car il est le fils du lé­gen­daire pro­duc­teur-réa­li­sa­teur ca­na­dien Ivan Reit­man ( Ar­rête de ra­mer, t’es sur le sable, S.O.S. fan­tômes).

Bien qu’il ait été at­ti­ré par le ci­né­ma, il ne vou­lait pas ad­mettre que son rêve était de suivre les traces de son père. « Je pas­sais mon temps dans la salle au­dio-vi­déo de l’école. J’ai­mais faire des vi­déos, mais je ne pen­sais pas de­ve­nir réa­li­sa­teur. J’ai di­ri­gé le film de la gra­dua­tion. Je suis al­lé à l’uni­ver­si­té sans vrai­ment sa­voir ce que je vou­lais faire. Je me suis re­trou­vé en mé­de­cine, en pen­sant, pour une rai­son quel­conque, que je se­rais psy­chiatre. »

Jeune adulte semble à l’op­po­sé de sa vie. « Les ath­lètes n’ont pas une car­rière fa­cile. Je connais cer­tains joueurs, et il est très dif­fi­cile de per­cer jeune, de sa­voir exac­te­ment qui on est, et on perd len­te­ment cette com­pré­hen­sion, an­née après an­née. »

« C’est ce que fait Ma­vis dans ce film. Elle veut être ai­mée. Elle n’est pas mé­chante, elle es­saie sim­ple­ment de dé­cou­vrir qui elle est. »

« TRA­VAILLER SUR MOI »

Cette crise d’iden­ti­té ré­vèle que tous les films de Ja­son Reit­man (y com­pris

Thank You for Smo­king) sont au­to­bio­gra­phiques. « Ce film parle d’une per­sonne qui est per­due. C’est un sen­ti­ment qu’éprouve tout le monde et que j’ai tout le temps. Le long-mé­trage traite du fait de de­vi­ner qui on est et ce qu’on est cen­sé faire. » « Je suis constam­ment en train de tra­vailler sur moi dans mes films », a-t-il dit en riant, confir­mant par exemple que Ju­no était ba­sé sur ses émo­tions contra­dic­toires à l’idée de de­ve­nir père et que

Haut dans les airs par­lait de sa so­li­tude.

« Je me sou­cie pro­fon­dé­ment des films que je fais. Oui, je les consi­dère comme au­to­bio­gra­phiques. Non pas que j’aie été un lob­byiste de l’in­dus­trie du ta­bac ou que j’aie mis des gens à pied. Mais toutes les émo­tions sont au­to­bio­gra­phiques. Et, pour Jeune adulte, quand quel­qu’un aime ce film, je prends ce­la pour un vote de confiance à l’égard de choses que j’ai peur d’es­sayer. J’ai l’im­pres­sion que Char­lize, Dia­blo (Co­dy, la scé­na­riste) et moi avons tous sau­té d’une fa­laise en­semble. »

À PART EN­TIÈRE

Quant à son hé­ré­di­té, Ja­son Reit­man — né au Ca­na­da — a com­men­cé à faire la paix avec lors du fes­ti­val mon­tréa­lais Juste pour rire en 2008 quand son père et lui ont été in­ter­viewés en­semble.

« C’était étran­ge­ment in­time. C’était la pre­mière fois où il s’ou­vrait et re­con­nais­sait que j’étais un réa­li­sa­teur à part en­tière et que je de­vais me pré­pa­rer à vivre des hauts et des bas. C’était vrai­ment un beau mo­ment. »

Sur le fait de sa­voir si Ivan Reit­man ne se­ra ja­mais « le père de... », Ja­son a ex­pli­qué: « Ce ne se­ra ja­mais le cas. Les réa­li­sa­tions de mon père éclip­se­ront tou­jours les miennes et je suis en­fin en paix avec cette idée. J’avais peur d’être le fils de mon père et, fi­na­le­ment, je me sens à l’aise. Je suis sim­ple­ment de­ve­nu l’homme que je suis. »

Le réa­li­sa­teur Ja­son Reit­man

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