LA VIE NOIRE DE DEUX ÂMES ES­SEU­LÉES

D’abord du sexe cru, dé­pour­vu de tout ro­man­tisme. Puis, à tour de rôle, deux âmes en dé­route qui se vident le coeur. Avec Nuit # 1, la ci­néaste Anne Émond fait une en­trée au­da­cieuse et re­mar­quée dans l’uni­vers du long­mé­trage qué­bé­cois.

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Cé­dric Bé­lan­ger CE­DRIC.BE­LAN­GER@JOUR­NAL­DE­QUE­BEC.COM

Por­trait d’une jeu­nesse désoeu­vrée, Nuit #1 dé­marre sur une scène de sexe ex­pli­cite d’une quin­zaine de mi­nutes, qui se dé­ploie avec un réa­lisme dé­con­cer­tant.

Ni­ko­laï (Di­mi­tri Sto­roge) et Cla­ra (Ca­the­rine de Léan) se ren­contrent dans un par­ty rave. Très vite, on les re­trouve dans l’ap- par­te­ment mi­teux de Ni­ko­laï, où ils font l’amour.

Ou plu­tôt, ils baisent. Au diable, la ma­gie. En pleins ébats, il de­mande à sa par­te­naire comment elle s’ap­pelle. Elle s’es­quive pour al­ler aux toi­lettes.

Un coup comme ils en ont dé­jà ti­ré cha­cun des di­zaines. Mais, cette fois, quand les corps sont ras­sa­siés, Ni­ko­laï re­fuse de lais­ser par­tir Cla­ra. Deux per­sonnes qui se sont vues nues se doivent des adieux ap­pro­priés, es­time-t-il.

Ces deux es­prits tour­men­tés en viennent donc aux confi­dences, cra­chant leur mal de vivre dans une sé­rie de mo­no­logues. Lui, ar­tiste pau­mé d’ori­gine ukrai­nienne, ex­pose son in­ca­pa­ci­té à gar­der un em­ploi, lui qui s’abreuve de grands prin­cipes, mais se nour­rit à peine et pue. Lit­té­ra­le­ment.

Elle, prof de troi­sième an­née, passe ses week-ends dans les bars à boire et se dro­guer, col­lec­tion­nant les aven­tures d’un soir. Une vie pa­ral­lèle.

CORPS ET ÂMES

Après avoir failli ob­te­nir un billet pour Cannes, Nuit # 1 a ré­col­té sa part d’hon­neurs sur le cir­cuit des fes­ti­vals, cet au­tomne, ar­ra­chant no­tam­ment le titre de meilleur film ca­na­dien, à Van­cou­ver.

Des hon­neurs bien mé­ri­tés. Nuit # 1 mise sur un scé­na­rio d’une grande ri­chesse, où les mots, de même que les maux de la jeu­nesse, prennent toute la place. Le ton, théâ­tral, agace par mo­ments, mais il se dé­gage une telle sin­cé­ri­té de l’exer­cice qu’on passe l’éponge.

Le film est por­té par un duo d’ac­teurs qui se livrent corps et âmes. Ca­the­rine de Léan est ma­gis­trale dans une scène où on la voit écla­ter en san­glots après avoir fait état de ses frasques.

Plus en re­te­nu, le Fran­çais Di­mi­tri Sto­roge (dé­cou­vert ici dans Dé­dé à tra­vers les brumes) offre un jeu cré­dible.

Il reste à voir si le pu­blic qué­bé­cois se lais­se­ra sé­duire par cette pro­po­si­tion sans conces­sion. Au mo­ment où les sor­ties de films amé­ri­cains ayant un oeil sur les os­cars se mul­ti­plient, Nuit # 1, mal­gré ses belles qua­li­tés, de­vra jouer sé­rieu­se­ment du coude pour ob­te­nir l’at­ten­tion qu’il mé­rite.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.