PRE­MIER COUP D'OEIL SUR LE LOFT DE VINCENT

MON­TRÉAL | Ra­re­ment le dé­cor d’un té­lé­ro­man, sur­tout quo­ti­dien, n’au­ra été aus­si réel que ce­lui de 30 vies. Plu­sieurs croient que l’émis­sion est tour­née en lo­ca­tion, sur de vrais sites, mais pour­tant, tout est par­fai­te­ment re­cons­ti­tué en stu­dio grâce au t

Le Journal de Quebec - Weekend - - TÉLÉVISION - Em­ma­nuelle Plante Col­la­bo­ra­tion spé­ciale

Cir­cu­ler à tra­vers les dé­cors de 30 vies est confon­dant. Les cou­loirs et les classes de l’école du Vieux-havre res­semblent à s’y mé­prendre à ceux d’une vraie école. La mai­son de Ga­brielle, s’il y avait l’eau cou­rante, se­rait ha­bi­table. Idem pour le loft de Vincent, pro­fes­seur d’his­toire qu’in­ter­pré­te­ra Guillaume Lemay-thi­vierge en jan­vier. Pour­tant, tout est créé de toutes pièces. « On a tous les avan­tages d’un stu­dio, ra­conte Loui­seMa­rie Beau­champ, concep­trice des dé­cors de 30 vies, en ayant l’ap­pa­rence d’être dans les vrais lieux. Tout est fonc­tion­nel pour que l’on puisse tour­ner ra­pi­de­ment. On a moins de temps pour re­faire l’éclai­rage, il faut pré­voir des sources de lu­mière pour le di­rec­teur pho­to, il faut of­frir la pos­si­bi­li­té d’en­le­ver un mur pour as­su­rer la prise de vue que sou­haite le réa­li­sa­teur, les dé­fis sont là. »

Il faut dire qu’on tourne 4 émis­sions par se­maine sur 30 vies. Ce qui est beau­coup. Ça re­pré­sente 30 pages de textes par jour alors qu’un té­lé­ro­man tourne gé­né­ra­le­ment une di­zaine de pages par jour. Le dé­cor est donc ré­flé­chi pour qu’il y ait le moins d’ajus­te­ment pos­sible. Le mi­roir de la salle de bain est cen­tral sur un îlot, pour que le per­son­nage soit tou­jours face à la ca­mé­ra et non de pro­fil, des éclai­rages d’ap­point, comme des pe­tites lu­mières dé­co­ra­tives, ajoutent un peu d’éclai­rage. Et, con­trai­re­ment aux dé­cors des autres té­lé­ro­mans tour­nés en stu­dio, plu­sieurs pièces de 30 vies, dont les cou­loirs de l’école, ont des pla­fonds ou de grosses poutres qui ajou- tent au réa­lisme. Si vous sui­vez la sé­rie, sa­chez que le loft de Vincent a été amé­na­gé exac­te­ment à l’em­pla­ce­ment de la mai­son de Ga­brielle. « On a ré­cu­pé­ré le maxi­mum d’élé­ments, pour­suit-elle. On uti­lise l’es­pace prin­ci­pal. Les chambres de Ga­brielle et des en­fants existent en­core, mais sont ca­chées der­rière le mur de la salle de bain parce que je n’avais pas be­soin de tout l’es­pace pour Vincent. » Pour­tant, on se croi­rait com­plè­te­ment ailleurs. « J’ai chan­gé les ou­ver­tures. Avant la porte d’en­trée était vers l’avant, main­te­nant elle est sur le cô­té, j’ai chan­gé la dis­po­si­tion des fe­nêtres, j’ai ré­cu­pé­ré l’es­ca­lier cen­tral de Ga­brielle pour en faire l’es­ca­lier ex­té­rieur que l’on voit de la fe­nêtre du sa­lon de Vincent et j’ai uti­li­sé une vue ex­té­rieure d’une classe pour en faire la vue du loft. »

UNE PRO DE LA RÉCUPE

Sur le pla­teau de 30 vies, presque tous les ac­ces­soires ont connu d’autres vies. « Les gens pensent qu’on a plein d’ar­gent pour la pro­duc­tion, mais dans les faits, je magasine très très peu. J’ai la chance de pou­voir fouiller dans les dé­cors de Vir­gi­nie, de Trau­ma, il y a aus­si beau­coup de choses qui viennent de l’ate­lier de dé­cor de Ra­dio-ca­na­da qui a une su­per équipe. Je fais re­peindre des meubles. » Ain­si, tous les meubles de la cui­sine, les bi­blio­thèques ont chan­gé sim­ple­ment de cou­leur, même chose pour la salle de bain où seuls quelques ac­ces­soires ont été ajou­tés. Un ajout dont Louise-ma­rie est très fière, une re­pro­duc­tion de Time Square sur le ré­fri­gé­ra­teur dont elle a ob­te­nu les droits et qui donne un look jeune et mo­derne.

Il lui faut donc voir le po­ten­tiel de chaque élé­ment. « Ma force est de scan­ner dans ma tête les lieux, les pos­si­bi­li- tés. Quand je dois choi­sir un es­pace, j’ai ra­re­ment plus de 15 mi­nutes pour prendre une dé­ci­sion. J’ai un ta­lent pour la ré­cu­pé­ra­tion. J’ai tou­jours ai­mé ça bri­co­ler. On le voit aus­si de plus en plus

chez les jeunes dé­co­ra­teurs. » Une qua­li­té pré­cieuse alors que les bud­gets sont sou­vent ré­duits.

UN LOFT DE GARS

Les cou­leurs chaudes de la mai­son de Ga­brielle ont fait place à des bleus, des gris et beau­coup de bois. « J’ai po­sé du bois flot­tant à 0,89 $ un peu par­tout sur les murs, les pla­fonds, pour les mou­lures des portes. Ça donne un bel ef­fet, très gars, très ur­bain. » Bien que l’au­teure, Fa­bienne Larouche, donne une bonne des­crip­tion des per­son­nages, c’est le tra­vail de Louise-ma­rie, de concert avec le réa­li­sa­teur Fran­çois Bou­vier, de don­ner de la per­son­na­li­té aux lieux. « Vincent est prof d’his­toire. J’ai pla­cé un jeu d’échecs avec des sol­dats. Il aime l’éco­lo­gie, il vient de la cam­pagne. Ça teinte le dé­cor. Et on veut que ce soit moins propre que chez Ga­brielle. Un peu brouillon. Il va sû­re­ment y avoir des choses qui traînent un peu, un vé­lo ou un kayak sus­pen­du… » Des idées et une ri­gueur qu’ap­pré­cie Fa­bienne Larouche, au­teure, mais aus­si pro­duc­trice de l’émis­sion. « Louise-ma­rie est une fille très créa­tive, avec une vi­sion mo­derne des choses. Une forme de clas­si­cisme avec un cô­té fou qui donne du re­lief sans ja­mais al­ler dans la surs­ty­li­sa­tion. C’est moins évident qu’on le pense de faire de belles choses pour l’ar­rière-plan pour en­ve­lop­per le jeu des co­mé­diens. »

Louise-ma­rie Beau­champ se laisse donc gui­der par son ins­tinct afin de dé­chif­frer ce qui n’est pas écrit dans le texte pour don­ner réa­lisme et émo­tion aux dé­cors et per­mettre aux co­mé­diens de se plon­ger plei­ne­ment dans leurs per­son­nages. Et dès que Vincent en­tre­ra dans son loft en jan­vier et dé­po­se­ra son sac sur le ca­na­pé, vous n’y ver­rez que du feu. Et tout ce que vous ve­nez de lire pas­se­ra comme dans du beurre, preuve d’un tra­vail bien fait.

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