Amour Ber­lin et sus­pense à

Le ro­man­cier amé­ri­cain Dou­glas Ken­ne­dy pro­pose un ex­tra­or­di­naire voyage dans le Ber­lin des an­nées 80 avec Cet ins­tant-là, un ro­man me­né de main de maître, où amour, mys­tère, es­pion­nage, arts et sus­pense se cô­toient sur fond de grande hu­ma­ni­té.

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES DOUGLAS KENNEDY - Ma­rie-france Bor­nais Le Jour­nal de Qué­bec √ Dou­glas Ken­ne­dy a été nom­mé Che­va­lier des Arts et des Lettres en 2006 et a mé­ri­té en 2009 le Grand Prix du Fi­ga­ro Ma­ga­zine pour l’en­semble de son oeuvre.

Tho­mas Nes­bitt, un écri­vain new-yor­kais d’une cin­quan­taine d’an­nées, re­çoit coup sur coup deux mis­sives qui vont chan­ger sa vie : les pa­piers de divorce d’avec son épouse, Jan, et un car­net de notes en­voyé d’al­le­magne par Jo­hannes Duss­mann, fils de Pe­tra, une belle Est-al­le­mande dont Tho­mas était tom­bé amou­reux il y a 25 ans.

Tho­mas, en 1984, était par­ti à Ber­lin pour écrire un ré­cit de voyage. Il y avait ren­con­tré Pe­tra, une Al­le­mande de l’est tout juste pas­sée à l’ouest. Son his­toire al­lait le bou­le­ver­ser : elle était pas­sée à l’ouest sans son fils. Un amour fou les re­lie. À ja­mais. Mais, à Ber­lin, en 1984, rien n’est simple. De­puis sa sor­tie en fran­çais, le 6 oc­tobre,

Cet ins­tant-là connaît un suc­cès mo­nu­men­tal : plus de 200 000 co­pies ont été ven­dues en France. Le ro­man fait tou­jours bonne fi­gure dans les pal­ma­rès, et l’au­teur en est très heu­reux. « C’est ex­tra­or­di­naire, et les cri­tiques ont été ma­gni­fiques. Mais ce qui me touche beau­coup, c’est que les gens viennent me voir en me di­sant : “J’ai lu votre ro­man, M. Ken­ne­dy, et j’ai ré­flé­chi à ma vie” », par­tage-t-il en fran­çais, en en­tre­vue té­lé­pho­nique de Pa­ris.

SON RO­MAN LE PLUS ACHE­VÉ

Dou­glas Ken­ne­dy consi­dère que c’était là un des buts de ce ro­man, qu’il consi­dère comme son plus per­son­nel et le plus ache­vé. « J’ai com­men­cé le ro­man quand j’étais au dé­but de mon divorce et je l’ai ter­mi­né un an et de­mi après les pro­cé­dures, car l’écri­ture a été très longue. J’ai mis deux ans à écrire le pre­mier jet. Je suis très fier de ce ro­man parce que je pense qu’il a une den­si­té, des idées, des émo­tions et aus­si

parce que, grâce à lui, j’ai sur­mon­té une pé­riode dif­fi­cile. Ça m’a beau­coup tou­ché que les gens y aient vu leur propre vie et leurs choix. »

L’écri­vain new-yor­kais, qui par­tage main­te­nant sa vie entre sa ré­si­dence de la côte du Maine et les grandes ca­pi­tales eu­ro­péennes, n’a pas ou­blié les émo­tions qui l’ont bou­le­ver­sé pen­dant l’écri­ture de

Cet ins­tant-là.

« J’étais au mi­lieu d’un divorce, après 25 ans de ma­riage. Pen­dant un divorce, et au sor­tir d’un divorce, on ré­flé­chit beau­coup au su­jet de l’amour. On se de­mande pour­quoi on a fait cer­tains choix, pour­quoi le bon­heur dans un couple est si dif­fi­cile. Et je ne suis pas un cas unique : re­gar­dez le taux de divorce, qui est énorme », com­mente-t-il.

Ce n’est tou­te­fois pas son his­toire qu’il ra­conte. Oui, Dou­glas Ken­ne­dy est un écri­vain amé­ri­cain dans la cin­quan­taine, di­vor­cé, qui a une mai­son dans le Maine.

Même chose pour Tho­mas Nes­bitt, son per­son­nage, à qui il a prê­té son propre sens de la ré­par­tie, vif, pi­quant, drôle et très fin. Mais là s’ar­rête la comparaison puisque la trame du ro­man est sor­tie droit de l’ima­gi­na­tion de l’écri­vain.

« Il y a des faits constants dans mes in­ven­tions : c’est comment et pour­quoi on tombe amou­reux, pour­quoi et comment on évite le bon­heur. Je n’ai pas de ré­ponse à ces ques­tions, mais elles m’in­téres- sent énor­mé­ment. Ces ques­tions pri­mor­diales sont au coeur du ro­man. »

L’AMOUR... UN SUS­PENSE

Dou­glas Ken­ne­dy fait preuve d’une grande in­tros­pec­tion, d’un dé­sir d’al­ler au fond des choses, d’ex­plo­rer les sen­ti­ments et les émo­tions qui gra­vitent tout au­tour du thème amou­reux dans Cet ins­tant-là.

« C’est une his­toire d’amour qui n’est pas à l’eau de rose. C’est très réa­liste et tous mes per­son­nages sont com­plexes. L’amour que je dé­cris est com­plexe parce que c’est tou­jours com­plexe, d’après mon ex­pé­rience! » Lui qui mêle ha­bi­le­ment amour et sus­pense, ré­pond, quand on lui de­mande le­quel des deux il pré­fère : « Ah... s’il y a l’amour, il y a tou­jours du sus­pense! »

À son avis, ré­pondre à la ques­tion « Qu’est-ce qu’on veut? » est une épreuve dif­fi­cile. « C’est énorme. On veut beau­coup de choses, mais quand les choses ar­rivent, est-ce qu’on les veut? » ap­puie-til en écla­tant de rire. Néan­moins, il pense que le bon­heur est pos­sible et croit tou­jours en l’amour. « Je suis un optimiste réa­liste, un réa­liste optimiste. Et je pense que c’est es­sen­tiel de croire en l’amour. »

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