LE QUÉ­BEC TA­TOUÉ SUR LE COEUR

L’écri­vain Yves Beauchemin, au­teur du Ma­tou, de L’en­fi­roua­pé, de Charles le Té­mé­raire et de La ser­veuse du Ca­fé Cher­rier, a été ré­com­pen­sé jeu­di pour l’en­semble de son oeuvre en re­ce­vant le prix Lud­ger-du­ver­nay de la So­cié­té SaintJean-bap­tiste de Mon­tréal

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES - Ma­rie-france Bor­nais Le Jour­nal de Qué­bec

Le prix Lud­ger-du­ver­nay a été créé en 1944 en l’hon­neur du fon­da­teur de la So­cié­té SaintJean-bap­tiste de Mon­tréal, qui fut im­pri­meur, édi­teur, jour­na­liste, po­li­ti­cien et pa­triote (17991852). Il n’a été re­mis qu’oc­ca­sion­nel­le­ment de­puis 1947. Par­mi les ré­ci­pien­daires, on re­trouve Ma­rie La­berge, Ma­rie-claire Blais, Vic­tor-lé­vy Beau­lieu, Claude Jas­min, Gas­ton Mi­ron, Dr Jacques Fer­ron, Ga­brielle Roy et Anne Hé­bert.

Joint mer­cre­di mi­di, Yves Beauchemin était tout heu­reux, quoi­qu’un peu ner­veux, à la veille de re­ce­voir ce prix sou­li­gnant l’en­semble de son oeuvre. « Je ne m’y at­ten­dais pas. Tout le monde connaît mon amour pour le Qué­bec et je l’ai sou­vent ex­pri­mé en pu­blic, mais de là à re­ce­voir ce prix... c’est quand même le prix qui porte le nom du fon­da­teur de la SSJB, qui a créé la so­cié­té en 1833, avant les troubles de 1837-1838, où les Pa­triotes se sont faits pas mal les­si­ver. Alors pour moi c’est un très grand hon­neur, à cause de toute la force sym­bo­lique de ce prix. »

Yves Beauchemin consi­dère que Le Ma­tou a mar­qué pour lui un point tour­nant dans sa car­rière. « C’est le livre qui m’a per­mis de vivre de ma plume, de tra­vailler seule­ment qu’à écrire, ce qui est toute une chance et tout un pri­vi­lège. » Il est heu­reux que le pu­blic ait dé­ci­dé de le suivre au fil des an­nées. « Je me sens pri­vi­lé­gié, vrai­ment. On peut par­ler de n’im­porte quel pays... 96 ou 97 % des écri­vains exercent deux mé­tiers. Ils ont leur gagne-pain et une fois que leur mé­tier est fait, ils doivent consa­crer tout le temps qu’ils peuvent, tout leur temps libre, par­fois ils rognent sur leurs heures de som­meil pour leur pas­sion qui est l’écri­ture. »

LE TRA­VAIL

Yves Beauchemin a écrit L’en­fi­roua­pé pen­dant les va­cances d’été, après ses jour­nées de tra­vail à Té­lé-qué­bec, et les fins de se­maines. Une bourse lui a per­mis de prendre un congé sans solde de six mois et c’est ain­si qu’il a pu ter­mi­ner le ro­man. « Ça au­rait pu être comme ça jus­qu’à au­jourd’hui. Tant mieux, j’ai pu faire de l’écri­ture mon mé­tier. » Mais le suc­cès n’est pas ve­nu tout seul... Le com­po­si­teur suisse Ar­thur Ho­neg­ger di­sait que l’ins­pi­ra­tion, c’est le cou­rage de se mettre à sa table de tra­vail. »

Pour écrire La ser­veuse du Ca­fé Cher­rier, un ro­man de 440 pages, Yves Beauchemin a mis deux ans. « Pour moi, c’est très vite : j’ai mis huit ans pour Le Ma­tou, neuf ans pour Juliette

Po­mer­leau. C’est du dur tra­vail. Il n’y a pas une page qui n’a pas été re­tra­vaillée et beau­coup de pages ont été pro­fon­dé­ment re­tra­vaillées. J’aime quand ça coule, quand c’est lim­pide, clair, ins­tan­ta­né et que ce soit aus­si na­tu­rel, que ça n’ait pas l’air for­cé, em­prun­té. Quand on y est ar­ri­vé, ça a l’air tel­le­ment simple... »

LA LI­BER­TÉ

Au cours de sa car­rière, l’écri­ture lui a ap­por­té beau­coup de joie, une cer­taine au­to­no­mie fi­nan­cière, beau­coup de va­lo­ri­sa­tion, mais sur­tout, une chose très im­por­tante : la li­ber­té. « Celle de pou­voir dire as­sez sou­vent ce que je pense. C’est une li­ber­té que je sou­haite tel­le­ment que mon pays, le Qué­bec, pos­sède! »

Ses convic­tions po­li­tiques de sou­ve­rai­niste et d’in­dé­pen­dan­tiste se re­trouvent dans son oeuvre, mais pas d’une fa­çon très voyante, as­sure-t-il en fai­sant re­mar­quer que l’his­toire de L’en­fi­roua­pé res­semble beau­coup à la crise d’oc­tobre et qu’on pour­rait voir un mes­sage très po­li­tique dans Le Ma­tou, qui dé­peint en quelque sorte l’his­toire du Ca­na­da. « Je n’ai pas écrit ça pour ça, mais ça de­vait m’ha­bi­ter très pro­fon­dé­ment pour que ça res­sorte de cette fa­çon. Je suis très at­ta­ché au peuple qué­bé­cois. C’est nous autres. »

YVES BEAUCHEMIN

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