Une his­toire faite sur me­sure SPIEL­BERG pour

NEW YORK | La pre­mière fois que Ste­ven Spiel­berg a sor­ti deux films en même temps, ce n’était que le fruit du ha­sard. Ce­la s’est pas­sé en 1993, avec Le parc ju­ras­sique et La liste de Schind­ler.

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Jim Slo­tek Agence QMI

Cette fois, avec son his­toire tré­pi­dante et en cap­ture de mou­ve­ment Les aven­tures de Tin­tin 3D, et les mon­tagnes russes émo­tives de son drame, sur fond de Pre­mière Guerre mon­diale, Che­val de guerre, le ci­néaste lé­gen­daire dit que le choix était dé­li­bé­ré.

« Je ne crois pas que la sor­tie si­mul­ta­née de ce film et de Tin­tin pose pro­blème », a-t-il dit, à la sug­ges­tion qu’il se fasse lui-même concur­rence

Il est vrai que les deux films s’adressent au même au­di­toire, mais je me suis dit que si je ne fai­sais pas Che­val de guerre, quel­qu’un d’autre al­lait le faire de toute fa­çon. Et il se­rait sor­ti pen­dant les Fêtes, pour oc­cu­per la même fe­nêtre com­mer­ciale que Tin­tin. Alors, pour­quoi pas? »

MA­RION­NETTES ÉQUINES

Spiel­berg bos­sait en post­pro­duc­tion de l’adap­ta­tion de la bande des­si­née de l’au­teur belge Her­gé, lorsque sa par­te­naire de longue date, la pro­duc­trice Kath­leen Ken­ne­dy, a dé­ci­dé de s’in­té­res­ser à une pièce qui jouait à Londres.

C’était l’adap­ta­tion théâ­trale à suc­cès du ro­man de Mi­chael Mor­pur­go, qui re­late les aven­tures d’un gar­çon et de son che­val de ferme Joey, un éta­lon ven­du à la ca­va­le­rie bri­tan­nique, lors de la Pre­mière Guerre mon­diale. Ga­gnante d’un prix To­ny, la pièce avait été re­mar­quée, entre autres, pour son usage in­gé­nieux de ma­rion­nettes équines.

« J’y ai ame­né mes en­fants, en va­cances, parce que je cher­chais quelque chose d’amu­sant, a dit Ken­ne­dy. Il m’ar­rive sou­vent de cher­cher des choses sur les­quelles nous ai­me­rions peut-être col­la­bo­rer, mais ce n’était pas le cas cette fois.

« Je suis al­lée voir la pièce parce que je n’en avais en­ten­du que du bien. J’ai été fran­che­ment étonnée de voir la ré­ac­tion émo­tive des spec­ta­teurs. À mon re­tour, nous dis­cu­tions de la trame so­nore de Tin­tin, Ste­ven et moi, lorsque je lui ai ra­con­té la pièce re­mar­quable que je ve­nais de voir. Ste­ven a dit : "Mon Dieu! On di­rait une ex­cel­lente his­toire pour un film!" »

Spiel­berg s’est donc ren­du illi­co au théâtre. « Cer­tains spec­ta­teurs sont sor­tis en par­lant du brillant tra­vail de ma­rion­nettes. Quant à moi, j’en suis sor­ti ad­mi­ra­tif d’une his­toire puis­sante et bien struc­tu­rée, du dé­but à la fin. »

« ODYS­SÉE TOU­CHANTE »

De son cô­té, le réa­li­sa­teur a créé une oeuvre tou­chante, peu­plée d’ac­teurs bri­tan­niques de qua­li­té, tels que Tom Hidd­les­ton, Pe­ter Mul­lan, Emily Wat­son et le nou­veau ve­nu Je­re­my Ir­vine dans le rôle prin­ci­pal, du cô­té hu­main.

Plu­sieurs fac­teurs ex­pliquent le res­pect et la mo­ti­va­tion ins­tan­ta­née res­sen­tis par Spiel­berg au contact de Che­val de guerre.

C’est une his­toire de guerre, un genre que Spiel­berg connaît bien, ayant réa­li­sé Il faut sau­ver le sol­dat Ryan et pro­duit les deux films Iwo Ji­ma, de Clint East­wood, et les films pour la té­lé­vi­sion Band of Bro­thers.

« À mon sens, Che­val de guerre n’est pas un film de guerre, s’op­pose le réa­li­sa­teur. Je consi­dère ce ré­cit comme une his­toire d’ami­tié pro­fonde entre un che­val et un jeune homme, une odys­sée tou­chante et rayon­nante d’es­poir. »

L’his­toire fait pleu­rer même les hommes et Spiel­berg se plaît à faire vi­brer la corde sen­sible des gens. « Di­sons que ce n’était pas mon in­ten­tion, a-t-il ré­pli­qué en riant. Mais la pièce m’a fait pleu­rer. J’ai pleu­ré parce qu’hon­nê­te­ment, j’ai vé­cu une catharsis. La lec­ture du ro­man m’a éga­le­ment noué la gorge. »

Il adore les che­vaux. « C’est ce qui ex­plique que j’ai en­core mal au dos au­jourd’hui. Dans le mi­lieu des an­nées 80, je me suis bles­sé au dos, à che­val, et je ne monte plus de­puis ce temps. Ma femme fait en­core de l’équi­ta­tion et ma fille de 15 ans par­ti­cipe à des com­pé­ti­tions de saut. Nous pos­sé­dons 12 che­vaux sur notre pro­prié­té, ce qui ex­plique ma grande fa­mi­lia­ri­té avec ces bêtes. »

MI­SER SUR DES IN­CON­NUS

Spiel­berg a pa­rié sur le jeune Ir­vine, un ac­teur in­ex­pé­ri­men­té. « Je suis un ha­bi­tué des dis­tri­bu­tions au­da­cieuses, a-t-il dit, ayant don­né à Drew Barrymore son pre­mier rôle, pour ai­der à trans­por­ter E.T. – L’ex­tra­ter­restre, et lais­sant Ch­ris­tian Bale (à l’âge de 13 ans) prendre tout le poids du film Em­pire du so­leil sur ses jeunes épaules. J’ai tout mi­sé sur des in­con­nus en qui j’avais confiance. Parce que si je crois qu’ils ont ce qu’il faut, je sau­rai tra­vailler avec ce qu’ils m’ap­por­te­ront. Et Je­re­my l’avait. Il est af­fable et il a mon­tré une re­mar­quable connexion avec ces ani­maux, même s’il n’en avait ja­mais mon­té avant de tour­ner Che­val de guerre. »

Spiel­berg adore les his­toires d’époque (son pro­chain film est Lin­coln, avec Da­niel Day-le­wis). « Je me suis tou­jours in­quié­té de la dis­pa­ri­tion gra­duelle de l’his­toire dans nos moeurs, main­te­nant que nous sommes si oc­cu­pés à consom­mer

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