Mon­tagnes russes émo­tives

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Isa­belle Hontebeyrie Agence QMI

Un film de Ste­ven Spiel­berg, met­tant en ve­dette Je­re­my Ir­vine, Tom Hidd­les­ton, Be­ne­dict Cum­ber­batch et Emily Wat­son. À l’af­fiche à comp­ter de de­main.

MON­TRÉAL | Adap­ta­tion de l’ou­vrage de Mi­chael Mor­pu­go,

Che­val de guerre est un film pour tous les âges, qui mise un peu trop sur les émo­tions. Je com­prends Ste­ven Spiel­berg d’avoir vou­lu adap­ter Che­val de

guerre, une his­toire tou­chante qui suit le par­cours d’un ma­gni­fique éta­lon, ven­du à l’ar­mée bri­tan­nique à l’époque de la Pre­mière Guerre mon­diale.

Par­ti­cu­liè­re­ment sen­sible à tout ce qui touche aux ani­maux, j’ai pas­sé 146 mi­nutes à pleu­rer toutes les larmes de mon corps (et à pous­ser un cri lors d’une scène as­sez im­pres­sion­nante dans la­quelle le che­val en ques­tion se prend dans des bar­be­lés).

Joey — le che­val — est une pure mer­veille ache­tée par un fer­mier (Pe­ter Mul­len), sub­ju­gué par la beau­té d’un ani­mal pas fait pour la dure vie qu’il lui ré­serve. C’est à son fils Al­bert (Je­re­my Ir­vine) que re­vien­dra le soin de dres­ser le che­val, ce que l’ado­les­cent fait avec amour.

Mal­heu­reu­se­ment, et pour une ques­tion d’ar­gent, le père — an­cien sol­dat de la guerre des Boers — est obli­gé de se dé­bar­ras­ser de Joey. Il le vend à un ca­pi­taine qui pro­met à Al­bert — en larmes — de lui ra­me­ner son pur-sang à la fin du conflit.

FIN HEU­REUSE

Joey pas­se­ra entre les mains d’un fer­mier fran­çais, se­ra ré­qui­si­tion­né par l’ar­mée, fi­ni­ra dans les tran­chées où il sur­vi­vra par mi­racle. Ne vous en faites pas, après bien des pleurs, la fin heu­reuse est de mise sur fond de cou­leurs qui rap­pellent bien étran­ge­ment Au­tant en em­porte le vent. Che­val de guerre est aux an­ti­podes du film Les aven­tures de Tin­tin :

le se­cret de la li­corne, autre film réa­li­sé par Ste­ven Spiel­berg, ac­tuel­le­ment au grand écran. Alors que les aven­tures du re­por­ter du Pe­tit Ving­tième brillent par la qua­li­té des ef­fets spé­ciaux et du 3D, Che­val

de guerre se veut une oeuvre clas­sique, épique comme ces bons vieux films qui ont fait la re­nom­mée d’hol­ly­wood il y a bien des dé­cen­nies.

DÉ­CORS MA­GNI­FIQUES

La di­rec­tion de la photographie est su­perbe; les dé­cors ma­gni­fiques. La ca­mé­ra de Ste­ven Spiel­berg sai­sit ex­trê­me­ment bien la grâce et la puis­sance de ce pur-sang, et les ac­teurs (on note les pré­sences de Niels Ares­trup et d’emily Wat­son) pos­sèdent ce qu’il faut de mé­tier pour li­vrer toute l’émo­tion né­ces­saire à l’his­toire.

On ap­pré­cie aus­si l’ab­sence de par­ti-pris du ci­néaste. La guerre est bar­bare, quel que soit le cô­té du­quel on se bat. Les An­glais ne valent pas mieux que les Fran­çais ou les Al­le­mands et les scènes de tran­chées rap­pellent l’aber­ra­tion et l’ab­sur­di­té de ce conflit illus­trées par la men­tion des sol­dats fu­sillés quand ils re­fu­saient de se battre ou par les trêves spo­ra­diques entre com­bat­tants.

On re­grette l’em­ploi sys­té­ma­tique trop ap­puyé de la trame so­nore com­po­sée par John Williams. Ste­ven Spiel­berg veut tel­le­ment s’as­su­rer des émo­tions du pu­blic (que ce soient le rire ou les larmes) qu’il donne presque l’im­pres­sion de prendre les spec­ta­teurs pour des idiots. Du coup, quand ar­rive en­fin l’heu­reux dé­noue­ment, on est en­core trop at­tris­tés pour l’ap­pré­cier à sa juste va­leur.

Che­val de guerre prend l’af­fiche au Qué­bec de­main.

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