La nou­velle vie de San­dra Bul­lock

NEW YORK | Elle a rem­por­té l’os­car de la meilleure ac­trice pour son rôle dans L’éveil d’un cham­pion, mais mal­gré un sou­dain re­gain de po­pu­la­ri­té, San­dra Bul­lock a pré­fé­ré at­tendre deux ans avant d’ac­cep­ter un nou­veau rôle.

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Bruce Kirk­land Agence QMI

C’est qu’elle avait dé­sor­mais un nou­veau champ d’in­té­rêt prin­ci­pal : sa vie per­son­nelle, in­cluant un divorce, un nou­veau dé­part et… l’adop­tion.

Fi­na­le­ment, c’est l’oc­ca­sion pour Bul­lock de faire son deuil per­son­nel des évé­ne­ments de sep­tembre 2001, qui a fait pen­cher la ba­lance en fa­veur de sa car­rière. Elle a ac­cep­té un rôle dans Ex­trê­me­ment fort et in­croya­ble­ment près, un drame ayant pour thème la vie d’un jeune gar­çon trou­blé au mo­ment de la tra­gé­die qui a frap­pé les tours ju­melles du World Trade Cen­ter, en sep­tembre 2001, à New York.

« La dé­ci­sion s’im­po­sait », a dit Bul­lock, lors d’une confé­rence de presse pour ce film au su­jet pro­vo­ca­teur de Ste­phen Dal­dry, dont on dis­cute dé­jà du po­ten­tiel en fait de no­mi­na­tions aux os­cars.

« Lors­qu’on m’a pres­sen­tie, je n’avais pas né­ces­sai­re­ment en­vie de tra­vailler. Mais quand Ste­phen est ve­nu chez moi, il ne vou­lait plus re­par­tir (elle s’es­claffe). Nous avons dis­cu­té du per­son­nage, de ce qu’elle était et de ce qu’elle n’était pas. »

Le per­son­nage de Bul­lock dans Ex­trê­me­ment fort et in­croya­ble­ment près a four­ni à l’ac­trice une mer­veilleuse oc­ca­sion de s’at­te­ler à quelque chose de sub­stan­tiel, de si­gni­fi­ca­tif, et de par­ta­ger cette ex­pé­rience avec son fils.

Après l’échec de son ma­riage avec Jesse James, la se­maine sui­vant son triomphe aux os­cars, Bul­lock a dé­ci­dé d’al­ler de l’avant, seule, avec leurs plans d’adop­ter un en­fant. À 47 ans, l’ac­trice est main­te­nant la fière ma­man mo­no­pa­ren­tale de Louis Bar­dot Bul­lock, un gar­çon ori­gi­naire de La Nou­velle-or­léans.

SON EN­FANT, LA PRIO­RI­TÉ

Cette ab­sence de deux ans des pla­teaux a fait son­ger à plu­sieurs que Bul­lock en avait peu­têtre fi­ni du mé­tier d’ac­trice.

« Je ne pen­sais à rien de tout ce­la », a dit la tou­jours splen­dide San­dra. J’étais juste com­blée par mon rôle de ma­man… et je le suis tou­jours. Les choses ont chan­gé et c’est de­ve­nu ma prio­ri­té, à temps plein. C’est si bon d’être mère et il fal­lait que la pro­chaine offre de tra­vail re­pré­sente une oc­ca­sion en or, pour moi et pour mon fils. »

La pos­si­bi­li­té de tour­ner sur place, à New York, une de ses villes pré­fé­rées, était l’oc­ca­sion rê­vée qu’elle at­ten­dait. Louis l’a re­joint. « Nous avons eu beau­coup de plai­sir en­semble. Je ne peux plus jouer à l’ac­trice égoïste. Je vou­lais vrai­ment m’amu­ser avec lui et, heu­reu­se­ment, M. Dal­dry nous en a four­ni l’oc­ca­sion. Sous tous les angles, ça a été une ex­pé­rience ex­tra­or­di­naire! »

Ex­trê­me­ment fort et in­croya­ble­ment près, qui s’ins­pire du ro­man à suc­cès de Jo­na­than Sa­fran Foer, met en ve­dette Tom Hanks et Bul­lock, en couple new-yor­kais heu­reux en ma­riage. Il est pro­prié­taire d’une bi­jou­te­rie. Elle tra­vaille dans un bu­reau ayant vue sur les tours ju­melles, dans le Lo­wer Man­hat­tan.

Leur fils — in­car­né par le jeune Ca­li­for­nien bour­ré de ta­lent Tho­mas Horn — est un en­fant pas comme les autres. Il a des pho­bies, dont celles des ma­chines et des étran­gers. Dans la nar­ra­tion atem­po­relle du film, il doit aus­si af­fron­ter la tra­gé­die du 11 sep­tembre 2001, parce que son père se trouve au World Trade Cen­ter, en ce jour fa­ti­dique.

RÉ­FLEXION SUR LE DEUIL

« Je crois que le dé­fi prin­ci­pal du scé­na­rio a consis­té à en contrô­ler l’émo­tion, parce qu’il s’agit d’une his­toire per­son­nelle, à la­quelle s’ajoute l’hor­reur du 11 sep­tembre 2001 », a dit le scé­na­riste Eric Roth, qui a adap­té le ro­man. »

Sa­luant l’oeuvre de Foer au pas­sage, Roth ajoute que son autre dé­fi a été d’of­frir « une ré­flexion sur le deuil et le ter­rible sen­ti­ment de perte qu’ont éprou­vé les gens. »

Bul­lock en convient. Même si la plu­part des films ayant pour thème cette tra­gé­die n’ont pas du tout connu de suc­cès, elle en voit tou­jours la né­ces­si­té. « Les gens ont be­soin d’en par­ler. Ils de­vraient avoir le droit d’en par­ler… Il y a tant de gens, dont je fais par­tie, qui ne pour­ront ja­mais tour­ner la page com­plè­te­ment. J’y étais et je l’ai vu en per­sonne. J’ai vu le deuxième avion. J’ai vu des gens en ai­der d’autres et, pour moi, c’est une ré­so­nance par­ti­cu­lière à New York. En un ins­tant, j’ai vu tous les ha­bi­tants de la ville ras­sem­bler spon­ta­né­ment leurs forces pour s’en­trai­der, comme ils n’au­raient ja­mais ima­gi­né le faire, le jour pré­cé­dent... J’ai tant de sou­ve­nirs et d’émo­tions qui s’y rat­tachent. »

Pour le plus grand bien de Bul­lock et de bien d’autres, ce thème est ex­plo­ré de fa­çon ins­pi­rante, dans Ex­trê­me­ment fort et in­croya­ble­ment près.

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