Les in­di­gnés de Jé­ru­sa­lem

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Il y a dé­jà plu­sieurs se­maines, Jo­seph s’est abon­né à Twit­ter sous le pseu­do­nyme de « Jo le char­pen­tier », mais per­sonne en­core n’a dé­ci­dé de suivre cet in­con­nu. Ses amis, il est vrai, sont as­sez clair­se­més et le connaissent seule­ment de­puis qu’ils oc­cupent le parc du centre des af­faires de Jé­ru­sa­lem. Jo le char­pen­tier s’est joint aux in­di­gnés au cours du mois d’oc­tobre après avoir ap­pris que des mil­liers d’autres comme lui avaient en­va­hi Wall Street, la Ci­ty de Londres, la place de la Bourse à Pa­ris et même le square Vic­to­ria de Mon­tréal.

Le pe­tit livre In­di­gnez-vous ! de Sté­phane Hes­sel, Fran­çais d’ori­gine juive, ré­chap­pé des camps de Bu­chen­wald et de Do­ra, est res­pon­sable de ce mou­ve­ment qui a fait boule de neige. Hes­sel, co­ré­dac­teur de la Dé­cla­ra­tion uni­ver­selle des droits de l’homme en 1948, de­mande aux jeunes dans son pam­phlet de « re­gar­der au­tour d’eux où ils trou­ve­ront tous les thèmes qui jus­ti­fient leur in­di­gna­tion ».

JO PERD SA « JOB »

Jo le char­pen­tier a toutes les rai­sons de s’in­di­gner. À la fin d’avril, quelques jours après avoir ap­pris que sa femme est en­ceinte, il re­çoit son « quatre pour cent » de l’en­tre­pre­neur pour qui il tra­vaillait de­puis des an­nées. Au noir et au sa­laire mi­ni­mum. À Jé­ru­sa­lem, rien ne va plus dans le bâ­ti­ment. Des cen­taines de jeunes couples ont construit de coû­teuses mai­sons et ils n’ar­rivent plus à faire leurs paie­ments. Les ban­quiers les dé­pos­sèdent, les uns après les autres.

Heu­reu­se­ment, Jo n’a pas com­mis l’im­pru­dence de construire. Sa femme, qui ne de­mande ja­mais rien, a tou­jours pré­fé­ré vivre à loyer en at­ten­dant de ra­mas­ser un pé­cule suf­fi­sant pour faire le paie­ment de base sur une mai­son. Grâce à ce pé­cule, ils vi­votent jus­qu’à la fin d’oc­tobre, mais sans le sou, ils doivent alors quit­ter leur mo­deste lo­ge­ment. Ils re­joignent donc le groupe des in­di­gnés.

UN IPHONE EN CA­DEAU

Ils ar­rivent au bon mo­ment, car le mer­cure baisse et les in­di­gnés ont grand be­soin d’un abri. Ils de­mandent au char­pen­tier d’éle­ver une grande struc­ture de bois qu’ils re­couvrent de bâches pour se pro­té­ger du froid. En re­tour de son tra­vail, même si Jo le char­pen­tier ne de­mande rien, on lui donne un iphone et on l’abonne à Twit­ter et à Fa­ce­book.

C’est par des tweets que les in­di­gnés ap­prennent qu’on déloge les contes­ta­taires dans toutes les ca­pi­tales. Le tour de Jé­ru­sa­lem ne de­vrait pas tar­der, car le maire Nir Bar­kat n’est pas très conci­liant. Le 26 no­vembre, veille de la longue fête d’ha­nouc­ca, le maire Bar­kat dépêche une cin­quan­taine de po­li­ciers et de pom­piers qui dé­logent les in­di­gnés et dé­mo­lissent leurs ins­tal­la­tions.

Jo le char­pen­tier et sa femme passent le pre­mier soir d’ha­nouc­ca sur un banc de parc du mont des oli­viers et les jours sui­vants, ils cherchent en vain re­fuge chez d’autres ma­ni­fes­tants. La plu­part sont sans abri comme eux et ne peuvent les ac­com­mo­der.

C’EST COM­PLET PAR­TOUT

Ils dé­cident de ten­ter leur chance à L’au­berge du bon Sa­ma­ri­tain, sur la route de Jé­ri­cho. Faire de l’au­tos­top avec une barbe longue comme celle de Jo le char­pen­tier n’est pas chan­ceux. Ils res­tent des heures au bord de la route avant qu’un ca­mion­neur fi­nisse par prendre en pi­tié cette femme en­ceinte. À cause d’ha­nouc­ca, c’est com­plet à L’au­berge du bon Sa­ma­ri­tain et on leur sug­gère de se rendre à Beth­léem.

Tous les bed & break­fast de Beth­léem af­fichent com­plet aus­si. À la fin, dans une étable que le couple squatte de­puis quelques heures dans un quar­tier iso­lé de Beth­léem, la femme de Jo le char­pen­tier donne nais­sance à un bé­bé fri­leux. Aus­si­tôt, Jo prend son iphone et en­voie à ses quelques amis in­di­gnés, un simple

tweet : Paix sur la terre aux hommes de bonne vo­lon­té!

Le mes­sage de­vient vi­ral et fait le tour du monde. Grâce à une étoile hy­per brillante qui éclaire mi­ra­cu­leu­se­ment l’étable, Jo le char­pen­tier prend aus­si des pho­tos qu’il en­voie sur son compte Fa­ce­book.

Mal­heu­reu­se­ment, la plu­part des grands quo­ti­diens ne pu­bliant pas de­main, il fau­dra at­tendre pour voir ces pho­tos ex­cep­tion­nelles !

Le mou­ve­ment des in­di­gnés s’est ré­pan­du comme

une traî­née de poudre dans le monde.

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