À la dé­fense des fo­rêts

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES - √ Après Hors de moi, adap­té au ci­né­ma sous le titre Sans iden­ti­té (avec Liam Nee­son et Diane Kru­ger), quatre autres ro­mans de Di­dier van Cau­we­laert sont en train de de­ve­nir des films : L’évan­gile de Jim­my, At­ti­rances, Ren­contres sous X et Les té­moins de

(MFB) Dans Le jour­nal

in­time d’un arbre, pour la pre­mière fois, Di­dier van Cau­we­laert prend un point de vue qui n’est pas hu­main. « Les gens sont éton­nés que l’émo­tion vienne de cette ma­nière-là. Au dé­but, on se dit : tiens, un arbre… mais c’est le té­moin de tant de choses, c’est la conscience de l’hu­ma­ni­té. »

Il a d’ailleurs le sen­ti­ment d’avoir ai­gui­sé en­core plus sa sen­si­bi­li­té avec l’écri­ture de ce livre. « Je me suis in­ter­dit des tas de ré­fé­rences hu­maines. Je me suis déshu­ma­ni­sé pour me mettre dans l’écorce d’un arbre et re­gar­der vrai­ment l’hu­ma­ni­té de l’ex­té­rieur. Donc, j’ai fait ap­pel à d’autres zones de l’in­tel­li­gence et de la sen­si­bi­li­té que celles que je creuse ha­bi­tuel­le­ment. »

Il a mis huit mois à l’écrire. « Mais on parle de la ré­dac­tion pure, pas des notes, de la pré­pa­ra­tion, de tout. Ça fait des an­nées que j’y pense et que je tourne au­tour, que je le pré­pare. Puis ar­rive un mo­ment où je ne peux pas faire au­tre­ment que l’écrire, parce que le livre est ve­nu à ma­tu­ri­té, il de­mande à sor­tir de moi, être mis en forme et être trans­mis. »

CU­RIO­SI­TÉ ET HA­SARD

Pour se do­cu­men­ter, Di­dier van Cau­we­laert a vé­ri­fié des choses et lais­sé al­ler sa cu­rio­si­té. « J’ai dé­cou­vert par­fois, comme par ha­sard, des choses qui ca­draient par­fai­te­ment avec le livre. »

L’au­teur est un adepte de grande na­ture et y puise ins­pi­ra­tion et res­sour­ce­ment. « J’ai ma mai­son dans la fo­rêt. J’ai du mal à écrire à Pa­ris parce que j’ai be­soin de si­lence. Je peux tra­vailler 15 heures d’af­fi­lée, mais pas tout le temps au bu­reau. J’ai be­soin d’al­ler mar­cher avec les arbres, faire du vé­lo, na­ger, faire du ski de fond. Je prends des notes, tout le temps. Je tra­vaille. Je fais des connexions dans ma tête. Mais c’est vrai­ment de l’écri­ture, même si je ne suis pas im­mo­bile au bu­reau. »

Après avoir pas­sé tant de mois dans le point de vue d’un arbre et de son fonc­tion­ne­ment, l’écri­vain ne re­garde plus les arbres comme un dé­cor ou une ma­tière pre­mière. « Tout le monde sait qu’il faut six arbres pour faire res­pi­rer un être hu­main. Dé­jà, c’est d’une grande im­por­tance. »

AMA­ZO­NIE

Il consi­dère comme un « scan­dale ab­so­lu » la dé­fo­res­ta­tion qui me­nace l’ama­zo­nie et a d’ailleurs pris po­si­tion pour le sau­ve­tage du peuple Kich­wa de Sa­raya­ku, en Ama­zo­nie équa­to­rienne, qui se bat pour que son ter­ri­toire soit ex­clu de l’ex­ploi­ta­tion pé­tro­lière. « Je ne fais qu’ap­puyer. Ce qui est for­mi­dable, c’est que ce sont eux qui ont pris leur des­tin en main, qui ont ga­gné en jus­tice, qui ont fait condam­ner pour la pre­mière fois un pays, l’équa­teur, par la Cour des droits de l’homme. Mais c’est un com­bat où il ne faut ja­mais se croire vain­queur, c’est tel­le­ment fort, les in­té­rêts fi­nan­ciers, éco­no­miques et stra­té­giques. »

Même en France, la dé­fo­res­ta­tion et la ma­nière d’abattre des arbres ma­lades sont un pro­blème. « L’éco­lo­gie est de­ve­nue avant tout une force po­li­tique, ce qui fait qu’on a ou­blié un pe­tit peu par­fois l’en­jeu pre­mier, leur rai­son d’être jus­te­ment, la pro­tec­tion et la connais­sance de cet éco­sys­tème. On a un grave pro­blème avec le ca­nal du Mi­di, où un chancre mou, nou­veau pour ces arbres, vient des im­por­ta­tions de meubles de bois exo­tique. »

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