LA FO­LIE DES OS­CARS

MON­TRÉAL | Une mon­tagne russe. C’est ain­si que De­nis Villeneuve dé­crit son dé­but d’an­née 2011, qui lui a per­mis de vivre un vieux rêve en dé­cro­chant une no­mi­na­tion aux Os­cars.

Le Journal de Quebec - Weekend - - REVUE DE L'ANNÉE 2011 - Maxime De­mers

Avant lui, un seul ci­néaste qué­bé­cois a réus­si l’ex­ploit d’ob­te­nir une no­mi­na­tion pour le pres­ti­gieux Os­car du meilleur film en langue étran­gère, soit De­nys Ar­cand, qui l’a été trois fois (pour Le dé­clin de l’em­pire

amé­ri­cain, Jé­sus de Mon­tréal et Les invasions barbares, qui lui a même per­mis de rem­por­ter les grands hon­neurs en 2004).

Le nom de De­nys Ar­cand re­vien­dra d’ailleurs sou­vent pen­dant l’en­tre­vue. Pour Villeneuve, per­sonne n’a fait au­tant pour le ci­né­ma qué­bé­cois à l’étran­ger que le réa­li­sa­teur du Dé­clin de l’em­pire amé­ri

cain et des Invasions barbares. « Quand je me suis pro­me­né à l’étran­ger pour ac­com­pa­gner In­cen­dies, les jour­na­listes me de­man­daient sou­vent comment se por­tait le ci­né­ma qué­bé­cois parce qu’ils n’en avaient pas eu beau­coup de nou­velles de­puis les der­niers films de De­nys Ar­cand, re­late Villeneuve.

« Il ne faut pas ou­blier tout ce qu’a fait De­nys Ar­cand pour le rayon­ne­ment de notre ci­né­ma. Il faut se rendre à l’évi­dence qu’à part Ar­cand, il n’y a pas beau­coup de ci­néastes qué­bé­cois qui sont vrai­ment connus à l’échelle in­ter­na­tio­nale. Il y a ac­tuel­le­ment une nou­velle gé­né­ra­tion qui monte et c’est très pro­met­teur. Mais on a en­core des croûtes à man­ger pour ou­vrir les portes au­tant que De­nys Ar­cand l’a fait dans le pas­sé. »

« UN SOU­LA­GE­MENT »

De­nis Villeneuve ad­met qu’il a mis du temps à se re­mettre de sa soi­rée aux Os­cars, qui a été riche en émo­tions. En voyant que les ex­perts et jour­na­listes spé­cia­li­sés pla­çaient son film par­mi les trois fa­vo­ris avec In A Bet­ter World et Biu­ti­ful, le ci­néaste qué­bé­cois s’était pré­pa­ré un dis­cours de re­mer­cie­ment, au cas où.

« C’était in­tense, re­late-t-il. Il y a même des gens qui mi­saient sur In­cen­dies, à Las Ve­gas ! J’étais donc vrai­ment stres­sé pen­dant la cé­ré­mo­nie. Je res­sen­tais, entre autres, le stress du speech, je vou­lais, si je ga­gnais, re­mer­cier les gens qu’il fal­lait et en même temps ne pas être plate et dire quelque chose de per­ti­nent. Alors quand j’ai per­du, j’ai été sou­la­gé !

« Je me sou­viens que quand le ga­gnant a été an­non­cé, Ale­jan­dro Gon­za­lez Inar­ri­tu (le réa­li­sa­teur de Biu­ti­ful) est ve­nu me prendre dans ses bras et m’a dit : au moins, c’est fi­ni. »

Si­non, Villeneuve dit avoir ap­pré­cié son ex­pé­rience en gé­né­ral : « Ce n’est pas juste une soi­rée. C’est une se­maine en­tière pen­dant la­quelle il y a plu­sieurs évé­ne­ments. Et à ma grande sur­prise, l’ac­cueil a été as­sez cha­leu­reux. Je m’at­ten­dais à être re­çu comme une mouche sur un mur, à me sen­tir à l’ex­té­rieur de l’évé­ne­ment. Mais j’ai trou­vé que les ci­néastes étran­gers ont été très bien ac­cueillis et qu’il y avait plu­sieurs sou­pers et évé­ne­ments pour nous faire sen­tir dans la gang. J’ai été éton­né de ce­la. Je ne m’at­ten­dais pas à pas­ser un aus­si beau mo­ment. » Villeneuve a conti­nué de vivre avec

In­cen­dies plu­sieurs mois en­core après les Os­cars. D’abord, le film a pris l’af­fiche aux États-unis en avril, avant de conti­nuer à se pro­me­ner ailleurs dans le monde.

« La pre­mière par­tie de 2011 a été six mois de pro­mo­tion in­tense du film, in­dique le réa­li­sa­teur de Po­ly­tech­nique et de Mael­ström. J’ai vou­lu ac­com­pa­gner

In­cen­dies le plus pos­sible parce que je suis conscient que ça n’ar­rive pas sou­vent qu’un film marche comme ça à l’in­ter­na­tio­nal et que je de­vais en pro­fi­ter. »

EF­FET ‘ APRÈS OS­CARS ’

Moins d’un an plus tard, le réa­li­sa­teur de 44 ans peut dé­jà consta­ter un ef­fet ‘ après Os­cars ’. Villeneuve mène ac­tuel­le­ment plu­sieurs pro­jets de front, dont un th­riller ( Pri­so­ners) pro­duit par le stu­dio War­ner, une adap­ta­tion du ro­man Ame­ri­can Dar

ling de Rus­sell Banks (pro­duit par Mar­tin Scor­sese) et une adap­ta­tion du ro­man

L’autre comme moi de Jo­sé Sa­ra­ma­go, dont il parle de­puis plus d’un an dé­jà.

« Je dois dire que, oui, il y a un ef­fet ‘ après Os­cars ’. Après Po­ly­tech­nique, j’avais dé­jà com­men­cé à me faire ap­pro­cher par des agents à Hol­ly­wood. Mais de­puis les Os­cars, j’ai eu beau­coup d’offres im­por­tantes et je conti­nue à en avoir.

« La deuxième par­tie de 2011 a d’ailleurs été de lire et es­sayer de me concen­trer sur chaque pro­jet. Je crois que j’ai pris trop de pro­jets en même temps. Je suis ha­bi­tué à faire un film à la fois et là j’en ai cinq en même temps et je trouve ce­la to­ta­le­ment contre-pro­duc­tif. J’ai hâte qu’il y en ait un qui dé­bloque. Il y en a un qui semble vou­loir dé­blo­quer en ce mo­ment (l’adap­ta­tion du ro­man de Sa­ra­ma­go) et, à ma grande sur­prise, c’est peut-être l’un des plus pe­tits des cinq que je vais tour­ner en pre­mier. »

Chose cer­taine, même si les offres in­té­res­santes abondent, De­nis Villeneuve conti­nue­ra de choi­sir ses pro­chains pro­jets avec mi­nu­tie.

« Ce se­rait très fa­cile de tom­ber dans le film de com­mande hol­ly­woo­dien ou tu n’as au­cun contrôle, ob­serve-t-il.

« J’en suis ex­trê­me­ment conscient. Si ja­mais je fais un film de stu­dio, ce se­ra pour vivre l’ex­pé­rience en sa­chant que le ré­sul­tat fi­nal ne res­sem­ble­ra pas né­ces­sai­re­ment à ce que je fais d’ha­bi­tude. Je vais peut-être en faire un un jour, mais je ne veux pas juste faire ce­la. »

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