IL GARDE LES DEUX PIEDS SUR TERRE

Phi­lippe Fa­lar­deau vi­vra-t-il en 2012 ce que son confrère et ami De­nis Villeneuve a vé­cu au dé­but de l’an­née en dé­cro­chant une no­mi­na­tion aux Os­cars ? Peu im­porte. Le ci­néaste est dé­jà com­blé par tout le che­min par­cou­ru par son Mon­sieur Laz­har.

Le Journal de Quebec - Weekend - - ENTREVUES - Maxime De­mers

Le ma­ga­zine Va­rie­ty a beau le pla­cer par­mi les 10 ci­néastes à sur­veiller et Hol­ly­wood Re­por­ter a beau ci­ter son Mon­sieur Laz­har par­mi les can­di­dats les plus sé­rieux pour une no­mi­na­tion pour l’os­car du meilleur film en langue étran­gère, Phi­lippe Fa­lar­deau garde les deux pieds sur terre.

« Peu im­portent les pré­dic­tions des jour­na­listes ou des ma­ga­zines spé­cia­li­sés, tout peut ar­ri­ver, sur­tout dans cette ca­té­go­rie », rap­pelle-t-il.

Il reste que Fa­lar­deau est prêt à al­ler ac­com­pa­gner son film aux États-unis s’il le faut. Il en­ta­me­ra d’ailleurs 2012 en se ren­dant au Fes­ti­val de Palm Springs, en Ca­li­for­nie, puis à ce­lui de Sun­dance, en Utah, deux évé­ne­ments phares dans la course préOs­cars.

Lan­cé en août der­nier au Fes­ti­val de Lo­car­no, en Suisse, Mon­sieur Laz­har a connu un dé­but de car­rière re­mar­quable, au­tant à l’étran­ger qu’au Qué­bec. Suc­cès en salles, le film adap­té d’une pièce d’éve­lyne de la Che­ne­lière a ré­col­té plu­sieurs prix dans les fes­ti­vals, en plus d’avoir été ven­du dans plu­sieurs pays.

UN RE­FUS BÉ­NÉ­FIQUE

Éton­nam­ment, l’an­née 2011 avait com­men­cé avec quelques dé­cep­tions pour Mon­sieur Laz­har, rap­pelle Phi­lippe Fa­lar­deau.

« Le film n’a pas été sé­lec­tion­né à Cannes, ce qui nous a d’abord dé­çus, ad­met-il. Mais je pense au­jourd’hui, avec le re­cul, que ce re­fus a été une bé­né­dic­tion. Je ne sais pas ce qui se se­rait pro­duit si le film avait été re­te­nu à la Quin­zaine des réa­li­sa

teurs ou à Un Cer­tain Re­gard. Cannes, c’est gros, et on se­rait peut-être pas­sé un peu in­aper­çu. »

Fi­na­le­ment, Oli­vier Père, an­cien pro­gram­ma­teur de la Quin­zaine des réa­li­sa­teurs, main­te­nant à la tête du Fes­ti­val de Lo­car­no, a re­te­nu le film qué­bé­cois dans sa sec­tion hors com­pé­ti­tion.

« Il nous a pro­po­sé de pré­sen­ter le film hors com­pé­ti­tion à la Piaz­za Grande. Là en­core, on était dé­çu de ne pas être en com­pé­ti­tion, mais Oli­vier Père nous a as­su­ré que c’était l’idéal pour notre film. »

Fa­lar­deau et ses pro­duc­teurs n’ont ja­mais re­gret­té leur choix. Pré­sen­tée à la belle étoile, de­vant 6 000 per­sonnes mas­sées sur la Piaz­za Grande, cette pre­mière mon­diale a été ma­gique. Et l’ex­pé­rience de Lo­car­no s’est sol­dée par deux prix, dont ce­lui du pu­blic.

TOU­CHER AU COEUR

Ha­bi­tué au cir­cuit des fes­ti­vals in­ter­na­tio­naux de­puis son pre­mier long-mé­trage, La moi­tié gauche du fri­go, Phi­lippe Fa­lar­deau vit, avec Mon­sieur Laz­har, son plus im­por­tant suc­cès po­pu­laire à ce jour. Mal­gré plu­sieurs prix et hon­neurs,

Con­go­ra­ma et C’est pas moi, je le jure ! n’avaient pas réus­si à re­joindre au­tant les spec­ta­teurs qué­bé­cois.

« J’ai re­mar­qué as­sez vite que mon film tou- chait les gens, ob­serve-t-il. Dans les com­men­taires qu’on me fai­sait pour me fé­li­ci­ter pour mes films pré­cé­dents, on me par­lait tou­jours des qua­li­tés du film. Pour Mon­sieur Laz­har, les gens me parlent plu­tôt de ce que le film leur a fait à eux, comment ils ont été tou­chés, que ça leur rap­pelle un sou­ve­nir d’en­fance. Les gens ont une porte d’en­trée très per­son­nelle vers le film. »

Le ci­néaste est conscient qu’une no­mi­na­tion aux Os­cars pour­rait lui ou­vrir des portes à Hol­ly­wood, comme ç’a été le cas pour son ami De­nis Villeneuve.

« Je dois dire que je n’ai ja­mais rê­vé à la Ca­li­for­nie en écri­vant un film, ré­pond Fa­lar­deau quand on aborde cette ques­tion.

« Quand tu tournes aux États-unis, on sait très bien que ce n’est pas toi qui choi­sis les ac­teurs et que tu n’as pas la li­ber­té de dé­ci­der de la fin du film. Quand j’ai par­lé à un jour­na­liste de Va­rie­ty ré­cem­ment, il m’a de­man­dé si j’avais un agent à Los An­geles, et je lui ai ré­pon­du que je n’en avais même pas un au Qué­bec. Il n’en re­ve­nait pas. C’est une autre men­ta­li­té.

« Per­son­nel­le­ment, je me tourne plus vers l’eu­rope pour mes pro­chains pro­jets, tout en conti­nuant à tour­ner au Qué­bec. Ce­la me convien­drait par­fai­te­ment. »

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