À la ren­contre de Win­ter

CLEAR­WA­TER | Je viens de don­ner deux poissons crus à une mer­veilleuse ve­dette de ci­né­ma. Ce n’étaient pas des su­shis. J’ai pris les poissons dans un seau blanc. Et la ve­dette en ques­tion n’est pas hu­maine.

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Bruce Kirk­land Agence QMI

La nour­ri­ture est al­lée dans un long bec den­té ap­par­te­nant à Win­ter, un dau­phin fe­melle.

Win­ter, qui est de la même es­pèce que les dau­phins ap­pe­lés Flip­per dans les émis­sions de té­lé­vi­sion des an­nées 1960 à 1990, est main­te­nant le cé­ta­cé le plus connu du monde. Win­ter est la ve­dette d’un film fa­mi­lial à suc­cès, His­toire de dau­phin, qui vient de sor­tir en DVD et en Blu-ray, in­cluant une ver­sion en 3D. Cette fois-ci, le 3D n’est pas un gad­get, mais une ma­nière d’im­mer­ger le pu­blic dans un en­vi­ron­ne­ment ma­rin.

Avec beau­coup d’exa­gé­ra­tion hol­ly­woo­dienne, mais aus­si beau­coup de coeur, His­toire de dau­phin ra­conte la ma­nière, presque vé­ri­dique, dont un bé­bé dau­phin a été sau­vé après avoir été pris et sé­vè­re­ment bles­sé dans un fi­let de pê­cheur de crabes. Après avoir per­du sa queue en­dom­ma­gée, Win­ter est équi­pée d’une pro­thèse per­met­tant de re­pro­duire les mou­ve­ments de la queue. Après avoir sur­mon­té des épreuves in­croya-

TI­MIDE

bles et avoir gran­di avec ses soi­gneurs, elle est main­te­nant un sym­bole d’ins­pi­ra­tion.

Mais au­jourd’hui, je vi­site l’aqua­rium de Clear­wa­ter, en Flo­ride, où le dau­phin de six ans ha­bite. Win­ter est un peu ti­mide. Elle n’a rien du com­por­te­ment de di­va ty­pique aux jeunes ve­dettes du ci­né­ma. Quand je m’ac­crou­pis sur la plate-forme mouillée juste au­des­sus de la sur­face de son aqua­rium, elle s’ap­proche, se glisse sur la plate-forme, me jette un re­gard pru­dent et s’en va. Son en­traî­neur l’at­tire de nou­veau sur la plate-forme et je reste là jus­qu’à ce qu’elle s’ha­bi­tue à la pré­sence d’un étran­ger la re­gar­dant avec ad­mi­ra­tion.

C’est le mo­ment de lui ins­tal­ler sa queue, pro­thèse par­fai­te­ment dé­crite dans le film. Pour cette ac­ti­vi­té, je sers d’as­sis­tant à l’en­traî­neur, lui don­nant chaque mor­ceau quand il le de­mande. Il y a d’abord le man­chon en si­li­cone, puis la queue en plas­tique ain­si que quelques ac­ces­soires main­te­nant le tout en place.

L’en­traî­neur ca­resse Win­ter avec amour pen­dant la pose. Win­ter a l’air heu­reuse et en­jouée. Des cen­taines de vi­si­teurs re­gardent l’opé­ra­tion, dont des groupes d’en­fants qui ont vi­si­ble­ment vu His­toire de dau­phin et sont ex­ci­tés d’ad­mi­rer une « ve­dette » de près.

SAU­VÉE PAR LA SCIENCE

La science est à l’oeuvre dans le cas qui nous oc­cupe. Après 18 mois d’es­sais et d’er­reurs, la queue a été construite pour le confort de Win­ter, le sou­ci prin­ci­pal — ain­si que pour lui sau­ver la vie. Si elle avait été obli­gée de na­ger avec son moi­gnon, elle au­rait en­dom­ma­gé sa co­lonne ver­té­brale en na­geant de biais plu­tôt que de haut en bas. Le fait de lui mettre sa pro­thèse plu­sieurs fois par jour lui per­met de na­ger de ma­nière na­tu­relle dans l’aqua­rium, sou­vent en com­pa­gnie d’un autre dau­phin nom­mé Pa­na­ma.

Du coup, le man­chon en si­li­cone a tel­le­ment bien fonc­tion­né pour Win­ter qu’il est main­te­nant uti­li­sé avec des hu­mains qui ont per­du des membres. De plus, d’un point de vue plus pro­fond, des per­sonnes avec des han­di­caps phy­siques vi­sitent main­te­nant le Clear­wa­ter Ma­rine Aqua­rium quo­ti­dien­ne­ment pour y trou­ver un sou­tien psy­cho­lo­gique.

CHAN­GER DES VIES

« Nous sa­vions dé­jà que le film et que le DVD chan­ge­raient des vies parce que ce­la ar­rive tous les jours ici, dans la vraie vie », a dit le pa­tron de l’aqua­rium, Da­vid Yates. Mal­gré des chan­ge­ments à l’his­toire et des in­ven­tions, Da­vid Yates dit que « le film ra­conte ce qui s’est vrai­ment pas­sé ». C’est pour cette rai­son que le mes­sage est si puis­sant. « Le mes­sage n’a rien de nou­veau. En fait, c’est une nou­velle ma­nière de dire quelque chose qui a dé­jà été ré­pé­té sou­vent : “N’aban­don­nez ja­mais. Tout va bien se pas­ser. Per­sé­vé­rez quel que soit le dé­fi qui vous at­tend.” »

Les vi­si­teurs de l’aqua­rium y sont sen­sibles. La fré­quen­ta­tion a aug­men­té de 8 à 10 fois ce qu’elle était avant la sor­tie du film, en sep­tembre der­nier. Les en­fants sont im­pres­sion­nés. Les adultes au moins au­tant.

« Nous voyons des sol­dats gra­ve­ment bles­sés qui ont com­bat­tu en Irak, en Af­gha­nis­tan ou au Pa­kis­tan. Ils viennent ici et leurs vies sont lit­té­ra­le­ment cham­bou­lées par ce pe­tit dau­phin, a sou­te­nu Da­vid Yates. Puis, ils re­partent en di­sant : “Je vais conti­nuer à vivre main­te­nant!” »

Da­vid Yates

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