MYS­TÈRE EN AN­GLE­TERRE

Après L’ombre du vent, Le jeu de l’ange et Marina, Car­los Ruiz Zafón, l’un des ro­man­ciers eu­ro­péens les plus lus à tra­vers le monde, offre la ré­édi­tion très at­ten­due du ro­man Le prince de la brume, le tout pre­mier ro­man qu’il a pu­blié et qui a mar­qué sa

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES - Ma­rie-france Bor­nais Le Jour­nal de Qué­bec

« Pen­dant des an­nées, les droits de ces livres sont res­tés “pié­gés” dans des que­relles ju­ri­diques, mais au­jourd’hui en­fin des lec­teurs du monde en­tier peuvent en pro­fi­ter », ex­plique l’au­teur dans une note pu­bliée en dé­but du ro­man. Le prince de la

brume consti­tue en fait le pre­mier vo­let d’une tri­lo­gie et se­ra sui­vi par Le pa­lais de

mi­nuit et Les lu­mières de sep­tembre, à pa­raître aux Édi­tions Ro­bert Laf­font en 2012.

« C’est le pre­mier ro­man que j’ai pu­blié, en 1992, et tout ce­la m’ap­pa­raît bien loin. Je crois que j’ai eu en­vie de l’écrire en es­sayant d’évo­quer des ré­cits et des aven­tures re­mé­mo­rées de mon en­fance, ce sens du mys­tère et de la ma­gie qu’on a quand on a 12 ans et que le monde est plein de mys­tère », ex­plique Car­los Ruiz Zafón en en­tre­vue par cour­rier élec­tro­nique.

Il était dans la mi-ving­taine lors­qu’il a mis de cô­té sa car­rière en pu­bli­ci­té pour se lan- cer dans l’écri­ture. « J’es­sayais d’écrire un ro­man pour les jeunes lec­teurs, mais qui se­rait aus­si ap­pré­cié des lec­teurs plus âgés. À l’époque, j’ai fait du mieux que j’ai pu, même si je sa­vais que je pour­rais tou­jours faire mieux, mais je ne sa­vais pas comment m’y prendre. J’ai­mais le livre, et je l’aime tou­jours, sur­tout que j’ai vu, au fil des an­nées, tel­le­ment de jeunes s’in­té­res­ser aux livres et à la lit­té­ra­ture après avoir lu Le

prince de la brume. »

QUELQUE CHOSE RÔDE...

Le ro­man, dé­bu­tant en An­gle­terre en 1943, ra­conte l’his­toire de la fa­mille Car­ver qui em­mé­nage au bord de la mer dans l’an­cienne mai­son d’un riche couple ayant quit­té le pays après la mort de leur fils, Ja­cob. Les Car­ver n’ont pas eu à at­tendre long­temps avant que de mys­té­rieux évé­ne­ments viennent trou­bler leur quié­tude. Quelque chose rôde dans les pa­rages... et cette chose, de toute évi­dence, en veut à Ro­land, un ado­les­cent du vil­lage. C’est ain­si qu’émerge Le

prince de la brume, un être do­té de pou­voirs dia­bo­liques, que Max et Ali­cia doivent af­fron­ter pour sau­ver Ro­land.

À tra­vers la mys­té­rieuse his­toire de Max, Ali­cia et Ro­land, Car­los Ruiz Zafón ne souhaitait pas trans­mettre un « mes­sage » comme tel, ce qu’il consi­dé­re­rait trop dog­ma­tique et condes­cen­dant. « Je pense que les livres doivent trans­mettre plu­sieurs mes­sages, et en­ga­ger le lec­teur à plu­sieurs ni­veaux. J’ai es­sayé de com­mu­ni­quer des va­leurs d’hon­nê­te­té, d’ami­tié, de vé­ri­té et une cer­taine mo­rale. »

CAÏN, LE DIABLE EN PER­SONNE

L’écri­vain de Bar­ce­lone a eu un ma­lin plai­sir à créer Caïn, un per­son­nage à la Mé­phis­to, ab­ject et ma­ni­pu­la­teur, l’in­car­na­tion du Mal, pour tour­men­ter ses per­son­nages. Il a pu s’ins­pi­rer de plu­sieurs mau­vaises per­sonnes croi­sées au cours de sa vie. « J’ai ren­con­tré tout plein de mau­vaises per­sonnes. Mal­heu­reu­se­ment, le monde en est rem­pli... Caïn est une ré­in­ven­tion de la fi­gure dia­bo­lique clas­sique de Faust, un per­son­nage qui peut chan­ger de forme et qui évoque le diable, mais aus­si le cô­té sombre que cha­cun porte en soi. »

Écrire les scènes ef­frayantes — car il y en a de bonnes dans ce ro­man — a été très di­ver­tis­sant... mais pas simple. « C’est tou­jours amu­sant et exi­geant d’écrire des scènes qui font peur. C’est tech­ni­que­ment très dif­fi­cile à rendre et c’est ce qui les rend in­té­res­santes pour un écri­vain. »

Il y a un peu de lui dans cha­cun des per­son­nages, même s’il ne se re­con­naît to­ta­le­ment dans au­cun d’eux. À moins que... « Peut-être que je suis Caïn, dé­gui­sé? » in­ter­roge-t-il.

MER, FA­LAISES, ÉPAVES

L’écri­vain s’est ins­pi­ré de la côte sud de l’an­gle­terre pour écrire Le prince de la

brume, mais aus­si de quelques portions de la côte ir­lan­daise et de cer­taines par­ties de la côte mé­di­ter­ra­néenne, au nord de Bar­ce­lone, avec ses hautes fa­laises et ses pay­sages dra­ma­tiques.

Une des par­ties du livre s’ins­pire un peu de la lé­gende du Hol­lan­dais vo­lant... en plus si­nistre. « J’adore la mer et j’ai tou­jours été at­ti­ré par les ba­teaux fan­tômes. » Il aime aus­si les phares, les his­toires de gar­diens de phares et les épaves. « C’est mys­té­rieux et ça me fas­cine. Il faut bien que j’aie quelques fai­blesses... »

Quant à plon­ger au coeur des épaves... « J’avais l’ha­bi­tude de plon­ger quand j’étais en­fant et j’adore la mer, mais je crois que je suis un ama­teur. Je suis loin d’être le com­man­dant Cous­teau! »

√ Le prince de la brume, Édi­tions Ro­bert

Laf­font, 209 pages.

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