Diane Ar­bus ex­po­sée à Pa­ris

Le Journal de Quebec - Weekend - - CE QUI SE PASSE À PARIS - Vé­ro­nique Beau­det Col­la­bo­ra­tion spé­ciale vbeau­det@jour­nalmtl.com

Le Jeu de Paume, à Pa­ris pré­sente jus­qu’au 5 fé­vrier 2012 une grande ré­tros­pec­tive consa­crée à la cé­lèbre pho­to­graphe amé­ri­caine Diane Ar­bus.

« Je crois vrai­ment qu’il y a des choses que per­sonne ne ver­rait si je ne les pho­to­gra­phiais pas », a dit un jour Diane Ar­bus. Cette New-yor­kaise, née dans une fa­mille bour­geoise, a fait de New York son ter­rain de chasse, par­cou­rant les beaux quar­tiers et les bas-fonds de la ville dans les an­nées 1950 et 1960.

En par­cou­rant cette ex­po­si­tion pa­ri­sienne où sont re­grou­pées 200 pho­to­gra­phies de cette ar­tiste qui s’est en­le­vé la vie en 1971, on a sou­vent l’im­pres­sion d’être hap­pé par une réa­li­té tan­tôt crue et tendre, tan­tôt douce et étrange. Celle qui a com­men­cé sa car­rière dans la photographie de mode dans les an­nées 1940 a vite sen­ti en elle le dé­sir d’al­ler vers l’autre, vers son in­ti­mi­té, sa fra­gi­li­té.

Diane Ar­bus a ain­si ar­pen­té New York et plu­sieurs villes amé­ri­caines, pho­to­gra­phiant un jeune homme noir et sa femme blanche en­ceinte sur un banc de parc, un couple d’ado­les­cents aux al­lures de pe­tits adultes ou en­core cette cé­lèbre image de ju­melles iden­tiques ha­billées de la même fa­çon. Mais la pho­to­graphe est sou­vent aus­si en­trée dans l’in­ti­mi­té des gens en les pho­to­gra­phiant chez eux, dans leur sa­lon et leur chambre à cou­cher. On peut voir, entre autres, une do­mi­na­trice et son client age­nouillé, un couple nu s’em­bras­sant dans son lit, deux amies que l’on ima­gine être un couple, de­bout, po­sant à cô­té d’un lit dé­fait. Par­fois, elle photographie des gens cé­lèbres, comme James Brown chez lui en bi­gou­dis ou Mar­cel­lo Mas­troian­ni dans sa chambre d’hô­tel à New York.

UNE PLACE POUR LES EX­CEN­TRIQUES

Mais Diane Ar­bus s’est aus­si beau­coup in­té­res­sée aux ex­cen­triques, à ces tra­ves­tis qu’elle im­mor­ta­lise dans leur loge, à ces « bêtes de cirque » comme il y en avait en­core à l’époque dans les foires, des nains, une femme obèse, « le monstre de la jungle ». Plu­sieurs cli­chés sont consa­crés aux han­di­ca­pés men­taux, dont cer­tains ont été pris pen­dant une fête d’hal­lo­ween, ce qui ac­cen­tue leur sin­gu­la­ri­té et en même temps, leur nor­ma­li­té. Une sé­rie de pho­to­gra­phies a aus­si été prise dans un camp de nu­distes du New Jer­sey, dont une, qui ne manque d’hu­mour, nous montre un couple com­plè­te­ment nu as­sis dans son sa­lon avec des chaus­sures aux pieds.

Le Jeu de Paume a choi­si de pré­sen­ter les cli­chés sans les re­grou­per en thé­ma­tiques ou en ordre chro­no­lo­gique. Au­cune ana­lyse ou note ex­pli­ca­tive n’ac­com­pagne les oeuvres, si ce n’est que le titre que Diane Ar­bus leur a don­né. Comme spec­ta­teur, ce peut être une ex­pé­rience un peu dé­rou­tante, voire par­fois frus­trante, de ne pas connaître le contexte ou l’his­toire qui se cache der­rière cer­taines pho­to­gra­phies, mais en même temps, la puis­sance des images parle sou­vent d’elle-même. Et l’on peut, à notre guise, se faire notre propre in­ter­pré­ta­tion.

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