HAÏTI TOU­JOURS DANS SON COEUR

PA­RIS | Luck Mervil a pas­sé les deux der­nières an­nées en Haïti, avec sa Fon­da­tion Vi­laj Vi­laj. Loin de sa fa­mille, tra­vaillant bé­né­vo­le­ment, il sent fi­na­le­ment que ses ef­forts sont sur le point de por­ter leurs fruits.

Le Journal de Quebec - Weekend - - MUSIQUE - Ra­phaël Gen­dron-mar­tin RA­PHAEL.GEN­DRON-MAR­TIN@JOUR­NALMTL.COM

Dans les cou­lisses du spec­tacle hom­mage à Notre-dame-de-pa­ris, Luck Mervil était un homme tout sou­riant. Pour le chan­teur, ces re­trou­vailles pa­ri­siennes avec la troupe ori­gi­nale n’étaient pas sans lui ra­vi­ver plu­sieurs beaux sou­ve­nirs.

« Pour nous, c’est comme une fa­mille. On a pas­sé quatre ans de nos vies en­semble, 24 heures sur 24. On est de­ve­nus des chums, il n’y a ja­mais eu de chi­canes entre nous. »

Luck se rap­pelle la sur­prise que la troupe avait eue en met­tant les pieds pour la pre­mière fois dans la Ville lu­mière. « À part Da­niel La­voie, il n’y avait au­cun ar­tiste connu en France par­mi nous. Et on avait ven­du plus de 200 000 billets alors que per­sonne n’avait vu le show. On se fai­sait cou­rir après comme les Beatles, ça n’avait pas de bon sens ! »

La courte réunion des sept chan­teurs de la dis­tri­bu­tion ori­gi­nale à Pa­ris a bien sûr été rem­plie de nos­tal­gie. « C’est un peu comme chez nous, Pa­ris. C’est là qu’on a connu le suc­cès. Je connais Pa­ris comme le fond de ma poche. Je connais le mé­tro, tous les mu­sées, les bons res­tos. C’est un peu de­ve­nu la mai­son. »

CONS­TRUC­TION IM­MI­NENTE

Par­lant mai­son, Luck Mervil pré­voyait pas­ser quelques jours en fa­mille, au Qué­bec, du­rant le temps des fêtes, avant de re­mettre le cap sur Haïti. « J’ai été loin de ma fa­mille du­rant les deux der­nières an­nées, à cause de Vi­laj Vi­laj. Ma fa­mille com­mence à me man­quer, je t’avoue. Le Qué­bec me manque. J’ai mis énor­mé­ment de temps pour ai­der en Haïti et je suis presque ar­ri­vé à pou­voir com­men­cer et construire quelque chose. »

L’ob­jec­tif de la Fon­da­tion Vi­laj Vi­laj est de for­mer les fu­turs vil­la­geois à construire eux-mêmes leurs vil­lages, qui ont été dé­mo­lis en Haïti, par le trem­ble­ment de terre du 12 jan­vier 2010. L’or­ga­nisme leur offre un ac­com­pa­gne­ment et une for­ma­tion adé­quate, pour une ges­tion saine et dé­mo­cra­tique du vil­lage. Évi­dem­ment, un tel pro­jet de­mande du temps et de l’ar­gent.

« Et j’ai dé­cou­vert dans tout ça à quel point tout était lent. J’ai ren­con­tré de grosses ins­tances, comme la Banque in­ter­con­ti­nen­tale mon­diale, le Fonds Mo­né­taire In­ter­na­tio­nal, Bill Clin­ton, des pré­si­dents de pays. Et je me di­sais que ça ne pou­vait pas être aus­si lent qu’on le pense. Mais oui, c’est aus­si pire qu’on le pense. »

Le chan­teur n’en re­vient pas à quel point cer­taines per­sonnes n’ont pas le coeur et la vo­lon­té à la bonne place. « Car les sous sont là, les pro­fes­sion­nels sont là, la connais­sance est là. Tout est là. La po­pu­la­tion veut, le pré­sident du pays veut, mais il a l’im­pres­sion d’être tout seul. Et il a rai­son quand il dit ça. Il y a bien des gens qui sont là, qui ont le pou­voir, le fric et les moyens pour le faire et qui ne font rien. »

Après avoir pas­sé les deux der­nières an­nées à es­sayer de mon­ter son pro­jet, il re­con­naît que la si­tua­tion est par­fois dé­cou­ra­geante. « Oui, ça l’est. Mais on re­trouve notre cou­rage quand on re­garde la po­pu- la­tion. Parce qu’elle le veut. Elle veut chan­ger les choses, que ses en­fants puissent al­ler à l’école. Ce qui rend en­core plus triste, c’est de consta­ter à quel point c’est un pe­tit pa­ra­dis, ce pays-là. Tout est pos­sible. Un trem­ble­ment de terre ar­rive à -30 au Qué­bec, on est dans la merde ! Quand ça ar­rive en Haïti, oui c’est grave, mais la tem­pé­ra­ture est tou­jours bonne. On peut dor­mir à la belle étoile. »

POUR L’HU­MA­NI­TÉ

« Tout est pos­sible à cet en­droit-là et ça ne se fait pas. C’est un des pays les plus jeunes au monde alors que 70% de la po­pu­la­tion a moins de 35 ans. Nous, on est vieillis­sants, eux sont jeunes. Leur rêve, dans la vie, c’est de quit­ter le pays pour es­sayer de faire de quoi. Mais s’ils pou­vaient le faire chez eux, il n’y a pas un Haï­tien qui s’en irait. »

Luck Mervil a consa­cré tout son temps à Vi­laj Vi­laj, ces deux der­nières an­nées. Mais il af­firme ne pas l’avoir fait seule­ment pour les Haï­tiens, mais aus­si pour l’hu­ma­ni­té. « On voit que les so­lu­tions existent, que c’est pos­sible de faire autre chose. »

Est-il optimiste pour l’ave­nir ? « J’ai un pe­tit gars de deux ans et de­mi et c’est qua­si­ment triste de dire ça en re­gar­dant le monde et en se de­man­dant ce qu’on va lui lé­guer. En même temps, je veux la crise, que les gens sortent et gueulent. C’est sou­vent dans ces crises-là qu’on res­sort plus fort. Quand je re­garde l’his­toire, c’est dans les pé­riodes les plus dif­fi­ciles que l’être hu­main a pu se sur­pas­ser. »

Pré­sident fon­da­teur de l’or­ga­nisme Vi­laj Vi­laj, Luck Mervil tra­vaille de­puis deux ans à

ai­der le peuple haï­tien, non sans peine.

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