VIG­GO MOR­TEN­SEN

Vig­go Mor­ten­sen dans le rôle de Freud ? C’est un choix qui en a fait sour­ciller plus d’un. En fait, le pre­mier à sour­ciller a été Mor­ten­sen lui-même. des­ti­né à jouer le rôle de Freud

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Jim Slo­tek Agence QMI

Réa­li­sé par Da­vid Cro­nen­berg, Une mé­thode dan­ge­reuse re­late l’his­toire du tri­angle amou­reux entre Freud, son col­lègue Carl Jung (Mi­chael Fass­ben­der) et leur pa­tiente de­ve­nue psychothérapeute (Kei­ra Knight­ley). Ce film a pour­tant failli ne ja­mais être tour­né.

Mor­ten­sen, qui a été le pre­mier à être ap­pro­ché pour le rôle de Freud, ad­met qu’il était plu­tôt scep­tique. « Si ça avait été un autre réa­li­sa­teur qui m’avait ap­pro­ché, j’au­rais tout de suite dit “c’est un peu ti­ré par les che­veux de pen­ser à moi pour ce rôle, je ne suis pas sûr que ça va fonc­tion­ner”. »

« Mais en­suite, je n’étais plus dis­po­nible, et ça n’avait donc plus au­cune im­por­tance. Il y avait de la ma­la­die dans ma fa­mille et je n’ai pas pu me li­bé­rer pen­dant toute une an­née. Je me suis dit “bon, l’idée était in­té­res­sante, dif­fé­rente, mais je ne peux pas par­ti­ci­per à ce pro­jet”. »

AP­PROCHE PHY­SIQUE

Mais alors, toute une sé­rie d’évé­ne­ments est sur­ve­nue, phé­no­mène que Jung au­rait cer­tai­ne­ment as­so­cié au concept de « syn­chro­ni­ci­té ». Le rem­pla­çant de Mor­ten­sen, Ch­ris­toph Waltz, a chan­gé d’idée à la der­nière mi­nute. Il a pré­fé­ré tra­vailler sur la pro­duc­tion De l’eau pour les élé­phants pour la­quelle il re­ce­vrait un ca­chet plus éle­vé. « Da­vid était dans le pé­trin, a ex­pli­qué Mor­ten­sen. Il de­vait choi­sir quel­qu’un d’autre qui fe­rait l’af­faire et qui se­rait ban­cable. Tout ce­la, très ra­pi­de­ment. »

« Alors, il m’a écrit : “écoute, je sais que tu n’es sû­re­ment pas plus dis­po­ni- ble qu’avant, mais je me dois de te le re­de­man­der puisque tu étais mon pre­mier choix. Je peux ré­duire ton ho­raire si tu veux… Alors, qu’est-ce que tu en penses ?” » Vous connais­sez la suite.

Sou­te­nue par la confiance que lui por­tait Cro­nen­berg, l’ap­proche de Mor­ten­sen quant à son in­ter­pré­ta­tion du père de la psy­chia­trie mo­derne était très phy­sique. « J’ai dû tra­vailler là-des­sus avec Ste­phan Du­puis, le ma­quilleur de Da­vid. Freud de­vait avoir des yeux bruns puisque la lit­té­ra­ture foi­sonne de ré­fé­rences à son re­gard très in­tense », a ex­pli­qué Mor­ten­sen.

« Nous avons dû tra­vailler là-des­sus comme sur la ra­cine de mes che­veux, par exemple. Après, j’ai dû me de­man­der quelle était l’es­sence du per­son­nage. J’avais des idées pré­con­çues au su­jet de Freud. Je l’ima­gi­nais comme un vieil homme ra­ta­ti­né, très for­mel et ri­gide. Mais il était tout sauf ce­la. Il était très so­ciable et ha­bile dans l’art de faire la conver­sa­tion », a confié l’ac­teur.

« Il a dû vivre d’ex­pé­dients. Être juif à Vienne, à cette époque, ça n’était pas de tout re­pos, comme ailleurs en Eu­rope d’ailleurs. Il fal­lait qu’il ait un sens de la ré­par­tie ex­cep­tion­nel pour contrer l’an­ti­sé­mi­tisme pro­fond et la cen­sure. »

HIS­TOIRE UNI­VER­SELLE

Avec un scé­na­rio qui ex­pose trois re­la­tions plu­tôt qu’une (in­cluant la très dis­cu­table et non éthique aven­ture sexuelle de Jung avec sa pa­tiente Spiel­rein), « Une mé­thode dan­ge­reuse au­rait pu être un film vrai­ment mo­rose où les dia­logues tuent l’ac­tion », a sou­te­nu Mor­ten­sen.

« Da­vid a été au­da­cieux de dé­ci­der de le réa­li­ser. Il a pri­vi­lé­gié une ap­proche in­dif­fé­ren­ciée. Il s’est dit : “Je vais réa­li­ser ce film comme si c’était n’im­porte quel autre. C’est une his­toire uni­ver­selle au su­jet de per­son­nages qui sont en com­pé­ti­tion, qui sont ja­loux, in­quiets et in­fi­dèles, qui ma­ni­pulent, sé­duisent, aiment et se dé­si­rent”, a ex­pli­qué Mor­ten­sen. Ce sont des su­jets im­por­tants et des per­son­nages im­por­tants. Ce film est donc im­por­tant », a-t-il ce­pen­dant pré­ci­sé.

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