CAR­NAGE EN TEMPS RÉEL

Les en­nuis ju­di­ciaires qui re­streignent consi­dé­ra­ble­ment ses dé­pla­ce­ments n’em­pêchent pas Ro­man Po­lans­ki d’en­ri­chir son oeuvre. Le voi­là qui nous pré­sente Car­nage, l’adap­ta­tion d’une pièce de théâtre de Yas­mi­na Re­za qui réunit à huis clos un im­pres­sion­nan

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Cé­dric Bé­lan­ger CE­DRIC.BE­LAN­GER@JOUR­NAL­DE­QUE­BEC.COM

Très « Po­lans­ki », au­tant dans la forme que sur le fond, Car­nage a ceci de par­ti­cu­lier que l’ac­tion se dé­roule en temps réel, sans el­lipse ni re­tour en ar­rière, en un seul lieu.

« C’est un dé­fi de tour­ner un film en temps réel. Quand j’étais en­fant, je pré­fé­rais les films qui se dé­roulent dans un seul en­droit aux films d’ac­tion. J’aime la proxi­mi­té que ce­la crée avec les per­son­nages », ex­plique le ci­néaste de 78 ans, dans le dos­sier de presse.

Seule ex­cep­tion, la scène d’ou­ver­ture où on voit, de loin, une ba­garre d’en­fants dans un parc de New York, pré­texte à la foire d’em­poigne qui op­po­se­ra par la suite les pa­rents de la vic­time et de l’agres­seur.

On est en­suite trans­por­té, pour ne plus ja­mais en re­par­tir, dans l’ap­par­te­ment des pa­rents de la vic­time (Fos­ter et Reilly). Les pa­rents de l’agres­seur (Winslet et Waltz) y sont aus­si afin d’en ar­ri­ver à une en­tente à l’amiable à la suite de la rixe qui a coû­té quelques dents au ga­min agres­sé.

Si le ton est cor­dial et em­preint de po­li­tesse au dé­part, la sauce se gâte quand les pro­ta­go­nistes échangent sur leurs mé­thodes d’édu­ca­tion res­pec­tives. Les pro­pos de­viennent acri­mo­nieux quand les masques tombent au rythme des al­liances qui se font et se dé­font entre les per­son­nages alors qu’on al­terne entre le drame, la co­mé­die et la sa­tire.

On voit même Kate Winslet vo­mir sur la table du sa­lon pen­dant que Ch­ris­toph Waltz, qui joue un avo­cat, ir­rite tout le monde par l’uti­li­sa­tion abu­sive qu’il fait de son té­lé­phone cel­lu­laire.

DE PA­RIS À NEW YORK À PA­RIS

Jouée pour la pre­mière fois en 2006 à Pa­ris, Londres et Broad­way, la pièce de théâtre God of Car­nage a ré­col­té bien des éloges et des prix. Pour Po­lans­ki, il était clair que la pièce avait le po­ten­tiel de de­ve­nir un bon film dès qu’il l’a vue pour la pre­mière fois.

« Le ton était hi­la­rant et le rythme, tré­pi- dant », se sou­vient le réa­li­sa­teur de Ro­se­ma­ry’s Ba­by, Chi­na­town, Le pia­niste et, l’an der­nier, The Ghost Wri­ter.

L’ac­tion de la pièce de théâtre se dé­roule à Pa­ris, mais Po­lans­ki a choi­si de cam­per son film à New York parce que « l’es­prit de la pièce » lui sem­blait plus amé­ri­cain que fran­çais.

Iro­ni­que­ment, comme il ne peut se rendre aux États-unis, le ci­néaste fran­co-po­lo­nais a dû se ré­soudre à tour­ner en France.

Avant que le tour­nage dé­bute, les quatre ac­teurs ont été réunis pen­dant deux se­maines pour ré­pé­ter, une ex­pé­rience ap­pré­ciée par Kate Winslet.

« J’adore les ré­pé­ti­tions. C’est tou­jours un plai­sir d’en avoir, comme un luxe. Mais au­cun de nous n’au­rait pu pré­dire que Ro­man nous fe­rait ap­prendre le scé­na­rio par coeur, comme une pièce de théâtre. » Lan­cé à la Mos­tra de Ve­nise, en sep­tembre, Car­nage prend l’af­fiche à Mon­tréal ce wee­kend et à Qué­bec, le 13 jan­vier.

RO­MAN PO­LANS­KI

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