FRIS­SONS AVEC VUE SUR TOWNSHIP

Le Journal de Quebec - Weekend - - TOURISME - Jean Liou Agence France-Presse

SO­WE­TO | La cen­trale élec­trique construite dans le township noir de So­we­to n’a long­temps ali­men­té que la ville blanche de Jo­han­nes­burg voi­sine. Elle est au­jourd’hui désaf­fec­tée, et ses an­ciennes tours de re­froi­dis­se­ment ont été re­con­ver­ties pour faire du saut à l’élas­tique.

On vient dé­sor­mais de loin pour se faire peur. L’en­droit est as­sez sin­gu­lier: mise en ser­vice en 1942, la cen­trale ther­mique consti­tuait au plus fort de l’apar­theid une en­clave blanche for­ti­fiée dans la ville noire, avec de pe­tits pa­villons pour ses em­ployés, des tennis, une pis­cine, etc.

Mal­gré des pro­jets de ré­ha­bi­li­ta­tion, l’im­po­sant bâ­ti­ment de la cen­trale tombe gen­ti­ment en ruine de­puis sa fer­me­ture en 1998 et sert de ter­rain de jeu pour ama­teurs de paint­ball. Son mi­cro­quar­tier est dé­sor­mais peu­plé de Noirs, comme le reste de So­we­to.

Mais les deux tours de re­froi­dis­se­ment ont trou­vé une se­conde jeu­nesse. Elles ont d’abord été peintes aux cou­leurs d’une grande banque sud-afri­caine dans les an­nées 90, avant d’être trans­for­mées en « centre d’aven­tures ver­ti­cales ».

C’est d’ailleurs la per­sonne char­gée de l’écha­fau­dage pen­dant les tra­vaux de pein­ture qui a eu « l’idée folle » d’en faire une base de saut, ex­plique La­wrence Si­thole, res­pon­sable du site.

« Il a mis près de 10 ans à ob­te­nir l’au­to­ri­sa­tion parce que c’était vrai­ment une chose étran­gère, le saut à l’élas­tique, à So­we­to! »

Le com­plexe ou­vert en juin 2008 pro­pose saut à l’élas­tique, chute libre − entre les deux tours ou à l’in­té­rieur (qui est creux) − ou des­cente en rap­pel, tan­dis qu’une des pa­rois a été amé­na­gée en mur d’es­ca­lade. Au pied des tours dé­sor­mais cou­vertes d’une im­mense fresque où co­ha­bitent Nel­son Man­de­la, une Ma­done noire, des foot­bal­leurs, un train de ban­lieue et des jazz­men, un bis­tro com­plète le tout. Il abreuve aus­si des fa­milles du coin.

« Ça per­met de pré­sen­ter So­we­to à plein de gens qui n’osaient pas » s’aven­tu­rer dans l’im­mense ci­té noire des portes de Jo­han­nes­burg, constate M. Si­thole.

« Les tours sont juste au bord (à 5km de la sor­tie de l’au­to­route, NDLR), et pas dans le So­we­to pro­fond. D’en haut, ils voient que c’est pos­sible d’y al­ler, ils voient la belle vue sur So­we­to et ils en veulent plus », s’en­thou­siasme-t-il.

Des tour-opé­ra­teurs lui en­voient tous les jours des tou­ristes qui se contentent d’une vi­rée dans l’as­cen­seur ex­té­rieur pour ad­mi­rer le pa­no­ra­ma sur le my­thique township et les mines d’or, avant de pour­suivre vers la mai­son de Nel­son Man­de­la.

PHO­TO AFP

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