AU GYM DE LA CRÉA­TION AVEC MES AÏEUX

LEUR PRO­CHAIN AL­BUM Ā L'AUBE DU PRIN­TEMPS

Le Journal de Quebec - Weekend - - LA UNE - Ra­phaël Gen­dron-mar­tin RA­PHAEL.GEN­DRON-MAR­TIN@JOUR­NALMTL.COM

C’est au Stu­dio Pic­co­lo, dans l’est de Mon­tréal, que Mes Aïeux avait convié les mé­dias à l’écoute de trois pièces qui se re­trou­ve­ront sur À l’aube du prin­temps.

Outre le pre­mier ex­trait, Viens-t’en (« un ap­pel à l’ac­tion », dit Ma­rie-hé­lène For­tin), les jour­na­listes pré­sents ont pu en­tendre Pas­sé dé­pas­sé et Les oies sau­vages (« c’est peut-être la chan­son em­blé­ma­tique, qui parle de tout le ques­tion­ne­ment au sein du groupe après 15 ans », men­tionne Ma­rie-hé­lène).

À l’écoute de ces mor­ceaux, un dé­tail sau­tait aux oreilles : on y re­trouve beau­coup plus de choeurs qu’au­pa­ra­vant. « C’est vrai, ac­quiesce Sté­phane Ar­cham­bault. On avait le goût de ne pas avoir de lead dans la plu­part des chan­sons. C’est comme lorsque tu vas voir Ar­cade Fire en show, ils se par­tagent tous le lead. S’il y a une af­faire que je re­gret­tais de l’al­bum La ligne orange, c’est que je par­lais beau­coup. Cette fois-ci, je vou­lais plus chan­ter. »

LA STAKOSE

Seul avec les cinq membres du groupe, le re­pré­sen­tant du Jour­nal a pu écou­ter en ex­clu­si­vi­té deux autres mor­ceaux du nou­vel al­bum, La Stakose et La ber­ceuse.

Sur le pre­mier, on peut y en­tendre une in­tro­duc­tion au cla­ve­cin (« je vou­lais en en­tendre, car je trouve que ça fait vieux film fran­çais », dit Sté­phane) et une conclu­sion à la flûte. Du­rant la pièce, le groupe im­pose tous les pro­blèmes de la so­cié­té à dif­fé­rentes rai­sons. Stakose de Pau­line, stakose du Plan Nord, stakose de la cor­rup­tion, stakose de la cons­truc­tion, stakose de la clique et de Que­be­cor. Tout y passe !

« On s’est dit qu’en quatre mi­nutes, on ve­nait de faire un Bye Bye, lance Sté­pha- ne en riant. L’idée, c’était de dire que l’or­ga­ni­sa­tion mon­diale de la San­té at­ten­dait la pro­chaine épi­dé­mie. Mais elle est peut-être dé­jà com­men­cée. On ne se rend pas compte des symp­tômes, ça rend im­mo­bile et dé­cou­ra­gé. Au Qué­bec, on a la ma­la­die de la “stakose” et je pense que ça fait long­temps qu’on l’a po­gnée. On est bien bon pour par­ler, mais on ne fait pas grand-chose. » Les membres de Mes Aïeux ont presque tous at­teint la qua­ran­taine et avec des en­fants dans le por­trait, leur vi­sion de la so­cié­té a re­la­ti­ve­ment chan­gé. « C’est une pé­riode de la vie où tu portes un re­gard sur ce que tu as ac­com­pli. La vie va vite, on fait des choix », dit Fré­dé­ric Gi­roux.

Est-ce que ce nou­vel al­bum est le plus en­ga­gé du groupe ? « L’en­ga­ge­ment est peut-être le plus in­car­né, ob­serve Sté­phane. La ma­tu­ri­té ai­dant, peut-être qu’on s’im­plique plus dans ce qu’on cri­tique. »

L’autre pièce en­ten­due, La ber­ceuse, se veut plus in­time que ja­mais. « Et pen­dant que tu creuses, je chante une ber­ceuse pour ras­su­rer l’en­fant qui tremble en de­dans », chante le groupe. « On a en­re­gis­tré des trucs à la mai­son. Ce qui est in­time est le plus in­time que ce qu’on a ja­mais fait », dit Sté­phane.

« Un des grands thèmes de cet al­bum­là, c’est la vo­lon­té de du­rer, in­dique Sté­phane. Elle est dé­cli­née sous plu­sieurs fa­çons. La vo­lon­té de du­rer en tant que groupe, en tant que culture, en tant que couple ».

LE BRAS­SAGE D’IDÉES

Le titre de l’al­bum, À l’aube du prin­temps, fait à la fois ré­fé­rence au sens lit­té­ral du mot « prin­temps » (« c’est la re­nais­sance, le re­nou­veau, la nou­velle lu­mière », ex­plique Ma­rie-hé­lène), mais aus­si à ce qui s’est dé­rou­lé avec le prin­temps arabe. « On se dit qu’au Qué­bec, on est peut-être dû pour un bras­sage d’idées qui res­sem­ble­rait à ça », pour­suit la mu­si­cienne.

Au sein de Mes Aïeux, le bras­sage d’idées a été plus ac­tif que ja­mais. Après 15 ans de car­rière, cinq al­bums et 600 spec­tacles, les mu­si­ciens se sont de­man­dés s’ils vou­laient pour­suivre l’aven­ture. « On se pose la ques­tion avant chaque al­bum, pré­cise Marc-an­dré Pa­quet. Mais cette fois-ci, on se l’est de­man­dé avant de faire l’al­bum, pen­dant qu’on le fai­sait et après, pour sa­voir si on par­tait en tour­née. »

« On était aus­si sol­li­ci­tés de par­tout et on n’ar­ri­vait pas à faire le fo­cus sur l’al­bum, ajoute Fré­dé­ric. On a dit à notre boîte, Les Disques Vic­toire, qu’on pre­nait une pause. »

En dé­but de créa­tion, les mu­si­ciens ont re­mar­qué que leur com­parse, Éric Des­ran­leau, ne sem­blait pas avoir la tête et le coeur avec le groupe. « Être tou­jours as­so­cié au groupe, ça peut être un poids à por­ter, dit Sté­phane. Éric avait des pro­jets in­di­vi­duels. On a dé­ci­dé de faire “chambre à part” du­rant un cer­tain temps et il a fi­na­le­ment dé­ci­dé de par­tir. »

La « bi­bitte à six pattes » qu’était Mes Aïeux s’est ain­si re­trou­vée à cinq membres. « Quand il nous manque une patte, on perd un peu l’équi­libre », ob­serve Marc-an­dré.

En stu­dio, au lieu de prendre un mu­si­cien rem­pla­çant, les cinq membres ont dé­ci­dé de se ré­par­tir les tâches. « Ça nous a ame­nés ailleurs », dit Ma­rie- Hé­lène.

AU GYM DE LA CRÉA­TION

Pour re­trou­ver le plai­sir de créer, et ne pas que ce soit une cor­vée désa­gréable, le groupe a eu l’idée de faire de pe­tits jeux ré­gu­liè­re­ment. Par exemple, man­da­té pour faire un jeu, Fré­dé­ric avait of­fert l’image d’une toile à cha­cun des membres.

« En six phrases, il fal­lait dé­crire ce qui se pas­sait sur l’image et pro­po­ser une mé­lo­die », dit Sté­phane. Chaque mu­si­cien tra­vaillait le ma­tin chez lui et tout le monde se réunis­sait au stu­dio, vers mi­di. À la fin de la jour­née, une chan­son de­vait être créée.

« Il n’y a au­cune de ces chan­sons-là qui se re­trouvent sur l’al­bum, mais cer- tains élé­ments, dit Ma­rie-hé­lène. Ça nous a for­cés à li­bé­rer notre ima­gi­na­tion. »

« C’est comme si notre groupe avait été un couple et qu’on était al­lé au sex

shop pour se cher­cher des jouets !, ajoute Fré­dé­ric, sous les rires de ses com­pa­gnons. Avec ces jeux, c’est comme si on s’en al­lait au gym de la créa­tion. »

Quand on lance aux mu­si­ciens l’idée qu’ils pour­raient com­mer­cia­li­ser ces jeux, Sté­phane ré­pond que le nou­vel al­bum a failli jus­te­ment s’ap­pe­ler Jeux de

so­cié­té. « On trou­vait que c’était un bon thème, de re­layer les jeux et la so­cié­té. Aus­si, l’es­thé­tique d’un jeu de so­cié­té est tri­pante. » En ef­fet, Jeux de so­cié­té, ça fait un bon titre…

Marc-an­dré Pa­quet, Ma­rie-hé­lène For­tin, Sté­phane Ar­cham­bault, Be­noît Ar­cham­bault et Fré­dé­ric Gi­roux forment Mes Aïeux de­puis dé­jà

15 ans.

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