Chère New York,

Le Journal de Quebec - Weekend - - NEWS -

J'ai po­sé mes va­lises un soir d'hi­ver dans un ap­par­te­ment vide en haut d'une tour au coeur de Man­hat­tan. Seule au mi­lieu de la pièce meu­blée par les lu­mières de Times Square, j'ai com­pris à cet ins­tant que cette ville, je ne pour­rais ja­mais la quit­ter. J'aime cette jungle de bé­ton, ce ca­nyon de néons, cette fo­rêt de gratte-ciel, cette ville an­xio­gène, in­ti­mi­dante à vol d'oi­seau, mais si fa­mi­lière quand on dé­am­bule dans sa grille ur­baine. J'aime cette ville pla­nète, cette col­lec­tion de vil­lages, cette ville ob­sé­dée par le fric qui n'a pas per­du son âme au dé­tour, ce ter­rain de jeu pour mil­liar­daires et cé­li­ba­taires. J'aime cette ville pour les bribes de conver­sa­tions avec ces étran­gers qu'on ne re­ver­ra ja­mais, pour ce sou­rire échan­gé avec un pas­sa­ger dans un train voi­sin, pour ce vieillard qui re­tire ses mi­taines pour vous ré­chauf­fer les mains dans le mé­tro, pour cette cais­sière à l'épi­ce­rie qui vous ap­pelle « My Love ». J'aime cette ville où les « door­men » de­viennent les psy­cho­logues de ser­vice, cette ville où les amis rem­placent la fa­mille. J'aime cette mo­saïque de cultures qui vivent, une par-des­sus les autres, dans une har­mo­nie ra­re­ment ébran­lée. À New York, on cé­lèbre la dif­fé­rence, la to­lé­rance et les classes so­ciales se mé­langent. J'aime cette ville qui vous draine l'éner­gie, mais vous in­suffle en re­tour d'éphé­mères mo­ments de bon­heur quo­ti­dien à chaque coin de rue. Ils sont à la por­tée de ceux qui savent les cap­ter, à ceux qui savent lire la foule. New York n’est pas un lieu, mais un état d’es­prit, un écran sur le­quel on peut se pro­je­ter, une grande scène où tout le monde a le pre­mier rôle. Le spec­tacle est dans la rue à la por­tée de tous. Je ne connais pas plus grande ci­té.

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