LETTRES D’AMOUR

La 8e édi­tion du cof­fret Mille mots d’amour com­prend 140 lettres écrites par des au­teurs, ar­tistes, gens du pu­blic et par­ti­ci­pants aux ate­liers des Im­pa­tients. Afin de vous mettre l’eau à la bouche, voi­ci les lettres in­té­grales gé­né­reu­se­ment of­fertes par

Le Journal de Quebec - Weekend - - NEWS - — Maude Guérin

Sa­lut Stone, Je suis loin sur la route au­jourd’hui en­core. Cou­ché dans une chambre d’hô­tel, je tue le temps en pen­sant à toi. Je te passe ce cli­ché d’en­trée de jeu parce qu’il est plus que vrai (je sais que tu sais). Aus­si parce que la poé­sie, des fois, se fait at­tendre et qu’il faut bien com­men­cer quelque part. Te rap­pelles-tu quand je suis par­ti en Grèce lorsque j’étais à l’uni­ver­si­té? Ça fait douze ans, tu te rends compte ? On ve­nait à peine de se ren­con­trer et je de­vais te quit­ter pour trois se­maines. La du­rée du pé­riple que je trou­vais trop court avant de te connaître me sem­blait main­te­nant in­ter­mi­nable. Je ne vou­lais plus par­tir. J’avais peur que tu m’ou­blies. C’était avant Fa­ce­book, Twit­ter, les tex­tos, la mai­son, le char et les en­fants. À l’époque des ca­fés in­ter­net. À Athènes, il en coû­tait 7 $ pour trente mi­nutes d’uti­li­sa­tion. Une for­tune pour mon bud­get étu­diant. Je pre­nais toutes ces mi­nutes pour t’écrire un mot à tous les jours, quitte à ne pas com­man­der d’en­trée ni de des­sert. Les or­dis grecs ge­laient tout le temps et je sa­crais en voyant les se­condes s’en­vo­ler sans que je puisse tra­vailler sur mes phrases. Je ju­bi­lais à la lec­ture de tes ré­ponses. T’as pas idée à quel point j’ai ai­mé ap­prendre à te connaître au tra­vers de cette cor­res­pon­dance. Stone, je t’écris et je réa­lise que les an­nées nous glissent entre les doigts. On di­rait que ça s’est pas­sé hier. Je constate que c’est la fra­gi­li­té de l’amour qui en fait toute sa beau­té. Comme les mots que l’on s’en­voie et qui se perdent par­fois au fil des an­nées dans des bacs de ré­cu­pé­ra­tion ou dans l’es­pace cy­ber­né­tique. La poé­sie au fond, tient à bien peu de choses. Je re­viens bien­tôt et je t’aime,

— Vincent Val­lières «Je t’aime et tu me manques comme la mer, sep­tembre et les fo­rêts.» C’est ce que je lis et re­lis de toi lorsque j’ai en­vie de te sen­tir tout près. JE T’AIME. Mon géant. Mon beau géant. J’aime à pen­ser au temps où on ne sa­vait pas qu’on s’ai­mait. J’aime re­gar­der ton vi­sage et me rap­pe­ler qu’il y a long­temps, je t’ob­ser­vais d’une tout autre fa­çon. Du temps où je ne sa­vais pas en­core que mon amour pour toi gran­di­rait à ce point, jus­qu’à prendre toute la place. On vient tout juste de se lais­ser, de se par­ler au té­lé­phone. Je ter­mine sou­vent en di­sant : « Je te laisse. Il faut que tu tra­vailles», toi tu n’aimes pas que je ter­mine en di­sant : « Je te laisse ». J’aime que tu n’aimes pas que je te quitte. JE T’AIME. Tu marches dans le bois. Tu me dé­cris tout ce que tu vois. Tu ra­contes Pré­vert aux oi­seaux. Tu aimes aus­si ra­mas­ser des cham­pi­gnons et plon­ger dans l’eau froide du lac de mon en­fance. JE T’AIME. On se parle aus­si des dé­tails du quo­ti­dien. De nos en­fants. Du temps qu’il fait. Des do­dos, des ma­tins, des re­pas, des de­voirs et le soir, on s’en­dort en riant et en sau­tant du coq-à-l’âne. Qui rac­croche? On ne sait plus trop...! J’aime t’ai­mer au pré­sent. J’aime t’at­tendre. Même loin de moi. Tu ne me quittes ja­mais, sur­tout la nuit, lors­qu’il fait froid. C’est une grande his­toire d’amour. C’est la nôtre. JE T’AIME,

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