ADULÉE ET SO­LI­TAIRE À LA FOIS

Le Journal de Quebec - Weekend - - MUSIQUE -

ADOP­TÉE PAR LE PU­BLIC

Mais ses ad­mi­ra­teurs sont te­naces. Cer­tains, de­puis 60 ans suivent sa car­rière. La chan­teuse se ré­jouit de cette af­fec­tion et de ce res­pect mu­tuel, et tente une ex­pli­ca­tion.

« On est quelques-uns pri­vi­lé­giés, dont Mi­chel Lou­vain, Gi­nette Re­no et moi que le pu­blic a vu gran­dir, dit-elle. On est de la gé­né­ra­tion d’ar­tistes qui est en­trée dans les fa­milles qué­bé­coises. Dans ce temps-là, les gens nous adop­taient pour la vie. Ils fai­saient même jouer nos chan­sons lors des évé­ne­ments im­por­tants de leur vie.

« Au­jourd’hui les ar­tistes passent sou­vent comme des flèches. Ils vendent 100 000 al­bums, et après c’est la mi­sère. Ils sont de la gé­né­ra­tion es­suie-tout je­tables.

Nous, on est chan­ceux. Les gens gardent en­core nos vieux 45 tours dans leur pla­card. Cer­tains ar­rivent à mes spec­tacles avec un long jeu à me faire si­gner ! Il y a des spec­ta­teurs de tous les âges, dont un pe­tit gars de l’âge de mon pe­tit-fils tout trem­blo­tant lors de la der­nière tour­née, mais aus­si un mon­sieur de 80 ans qui m’avait vu dan­ser la cla­quette en dé­but de car­rière. »

DER­NIER AP­PAR­TE­MENT

Quand, dans la chan­son À toi Belle… Re­née Mar­tel chante, « Elle était une en­fant très sage. Elle était douce et so­li­taire. Un peu trop blonde, un peu trop pâle. C’était une en­fant or­di­naire… », c’est bien d’elle qu’elle parle. Elle en a d’ailleurs si­gné les pa­roles, comme elle l’a fait sou­vent au­pa­ra­vant, no­tam­ment pour les suc­cès Je vais à Londres, Un amour qui ne veut pas mou­rir et Prends ma main.

Mal­gré tous ces fans qui l’ad­mirent, Re­née Mar­tel de­meure une femme so­li­taire qui ne s’en­nuie ja­mais, et a tou­jours quelque chose à faire.

« Je vais tou­jours être so­li­taire, avoue-telle, sans souf­frir de so­li­tude. Je vis très bien seule »

La chan­teuse vient de dé­mé­na­ger sur la Rive-sud de Mon­tréal. Elle a fi­ni de s’ins­tal­ler il y a quelques jours. Un gros chan­ge­ment pour elle qui ha­bi­tait la cam­pagne de­puis des an­nées.

« Je suis re­ve­nue dans mon quar­tier, dit-elle. Je me suis rap­pro­ché des en­fants, de mon pe­tit-fils et du tra­vail. Et je ne re­grette pas du tout. J’ai fait ce que j’avais à faire au loin.

« J’ai tou­jours ado­ré la dé­co­ra­tion et cette fois, j’ai mis le pa­quet, ajoute-t-elle, en énu­mé­rant les cadres, la car­pette, la pein­ture. Ce se­ra mon der­nier ap­par­te­ment. Je ne dé­mé­na­ge­rai plus. Quand je vais par­tir d’ici, dans 20 ans, ce se­ra pour m’ins­tal­ler dans l’édi­fice ad­ja­cent au mien, pour per­sonnes âgées, quand je ne se­rai plus ca­pable de prendre soin de moi. »

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