CONTRE VENTS ET MA­RÉES

MON­TRÉAL | C’est car­ré­ment contre vents et ma­rées que le tour­nage de À La peur de l’eau s’est ef­fec­tué aux Îles-de la-ma­de­leine, à l’au­tomne 2010. Pour l’équipe, le dé­but du tour­nage s’est fait en short et la fin en man­teau Ka­nuk, au coeur de deux ou­ra­ga

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Agnès Gau­det AGNES.GAU­DET@JOUR­NALMTL.COM

Le réa­li­sa­teur du film Ga­briel Pel­le­tier ( Kar­mi­na, Ma­tante Aline) en a eu pour son ar­gent. Loin de lui l’idée de vou­loir mon­trer des « cartes pos­tales », il vou­lait les vraies Îles, quand les tou­ristes sont par­tis. Il vou­lait aus­si des ciels dra­ma­tiques et une mer agi­tée, pour ser­vir l’in­trigue de son scé­na­rio. Il a été ser­vi.

« Le cadre était for­mi­dable, mais ce n’était vrai­ment pas une si­tua­tion adap­tée au tour­nage d’un film, ad­met-il. On a com­men­cé le tour­nage dans l’ou­ra­gan Earl et on a fi­ni dans Igor! La der­nière nuit de tour­nage, il y avait des vents de 100 miles à l’heure alors qu’on tour­nait la der­nière scène au bord d’une fa­laise et il fal­lait re­prendre l’avion le len­de­main. Im­pos­sible de re­faire la scène. Il y avait tel­le­ment de vent et de vagues que les ac- teurs avaient peur pour vrai. »

La mé­téo a fait beau­coup de ca­prices, si bien que Ga­briel Pel­le­tier, pris avec du gros so­leil pour une scène et de la pluie pour la sui­vante, a par­fois dû chan­ger de site pour ses contre­champs. Mais la mé­téo va­riable a da­van­tage ser­vi qu’elle n’a nui.

« Ç’a été une ex­pé­rience ex­tra­or­di­naire, ad­met le réa­li­sa­teur. On a même eu droit à un pied de vent, alors que le so­leil per­çait les nuages. Un vrai ca­deau du ciel! »

Cette scène est celle du dé­but de l’in­trigue, quand, dans un coin des Îles, la jeune Ro­sa­lie Ri­chard (Sté­pha­nie La­pointe) est trou­vée morte, vio­lée, au pied d’une fa­laise. Ce meurtre sor­dide fait bas­cu­ler la vie ran­gée du ser­gent An­dré Sur­pre­nant (Pierre-fran­çois Le­gendre), de la Sû­re­té du Qué­bec. Le ti­mide po­li­cier va ten­ter de dé­cou­vrir le meur­trier, alors que son ma­riage s’ef­frite, que sa fille ado se fiche de lui, que sa psy (Pascale Bus­sières) tente de l’ai­der à sur­mon­ter ses pho­bies, dont la peur de l’eau, et qu’un fen­dant ser­gent­dé­tec­tive de Mon­tréal, Gin­gras (Nor­mand D’amour) s’em­pare du dos­sier.

GROS CASSE-TÊTE

Le bud­get de La peur de l’eau, était de 4,9 mil­lions $, ce qui est peu pour un tour­nage ex­té­rieur. Le tour­nage a été bou­clé en 28 jours, dont 3 pour des cas­cades en ba­teau.

« Au Qué­bec, les mi­racles sont de­ve­nus la norme, dé­clare le ci­néaste. C’est fi­nan­ciè­re­ment de plus en plus dif­fi­cile de tour­ner hors de Mon­tréal, mais je suis content qu’on soit sor­ti du cul­tu­rel égo­cen­trique des his­toires du Pla­teau MontRoyal. »

La peur de l’eau est l’adap­ta­tion du ro­man On fi­nit tou­jours par payer de Jean Lemieux, pu­blié aux Édi­tions de la Courte Échelle. Ga­briel Pel­le­tier, qu’on n’avait pas vu de­puis des lustres, avait en­vie de tou­cher au po­lar, un style peu ex­ploi­té au ci­né­ma au Qué­bec. Il es­père du suc­cès comme pour la pa­ro­die d’hor­reur de ses

Kar­mi­na. Si oui, une suite pour­rait ve­nir. Pour La peur de l’eau, le ci­néaste a mis un an d’écri­ture avec son cos­cé­na­riste Mar­cel Beau­lieu.

« C’était un gros casse-tête, très com­plexe, parce qu’il fal­lait tou­jours en­voyer le spec­ta­teur soup­çon­ner un per­son­nage, cher­cher l’as­sas­sin et res­ter cré­dible quand on le dé­couvre à la fin. Je re­tour­nais sans cesse au livre de Jean Lemieux. »

Outre les dia­logues, Ga­briel Pel­le­tier a aus­si adap­té cer­tains traits de ca­rac­tère des per­son­nages. Ain­si l’agent Sur­pre­nant, joué par Pierre-fran­çois Le­gendre, et sa co­équi­pière (Bri­gitte Po­go­nat) sont plus in­sé­cures que dans le livre.

« Je trouve qu’au ci­né­ma c’est im­por­tant que les pro­ta­go­nistes mènent une quête per­son­nelle », di­ra Pel­le­tier.

PRE­MIER RÔLE D’ADULTE

Ain­si Pierre-fran­çois Le­gendre se re­trouve, en dé­but d’his­toire, dans la peau d’un autre in­ca­pable. Et, il porte le film sur ses épaules. « J’ai lon­gue­ment ré­flé­chi au choix du co­mé­dien prin­ci­pal et je suis tel­le­ment content, in­dique le réa­li­sa­teur. Je sa­vais que Pierre-fran­çois avait du ta­lent, mais je me de­man­dais s’il pou­vait jouer un père de fa­mille, lui qu’on a vu en « grand ado­les­cent » dans

Les In­vin­cibles. En fait, je lui ai don­né son pre­mier rôle d’adulte! »

Re­çue par les Madelinots, dans leurs com­merces et leurs mai­sons, l’équipe de tour­nage était aux anges. Non seule­ment les gens des Îles ont été hy­per­ac­cueillants, mais plu­sieurs ont par­ti­ci­pé à ce

qui est de­ve­nu un évé­ne­ment. Des ve­dettes lo­cales ont aus­si fait par­tie du cas­ting.

« C’était im­por­tant de gar­der une cer­taine au­then­ti­ci­té, un an­crage, pré­cise le ci­néaste. On ne vou­lait pas avoir que des gens de Mon­tréal qui imitent l’ac­cent des Îles. »

Le film est dis­tri­bué par Rem­star et pro­duit par Ni­cole Ro­bert, de Go Films. Comme Ga­briel Pel­le­tier, cette der­nière souhaitait une mu­sique très or­ches­trale pour La peur de l’eau et afin de rendre jus­tice aux très grands ho­ri­zons des Îles. Cette mu­sique com­po­sée par Laurent Ey­quem est d’ailleurs très en­ve­lop­pante. Kark­wa a aus­si si­gné la pièce fi­nale.

BON CHOIX

Ni­cole Ro­bert, ama­trice des po­lars d’aga­tha Ch­ris­tie, a tout de suite ai­mé le scé­na­rio de La peur de l’eau.

« Je n’ai pas trou­vé qui avait tué avant la fin », dit-elle.

Elle n’a pas re­gret­té le choix de tour­ner aux Îles, mal­gré les coûts re­liés à ce choix, puisque c’est là qu’a long­temps vé­cu l’au­teur du ro­man et c’est là que l’in­trigue se si­tuait dans le livre.

« Et puis, dit-elle, les pos­si­bi­li­tés sont plus grandes en de­hors de Mon­tréal. On peut al­ler plus loin dans la per­son­na­li­té des per­son­nages, qui sont moins su­jets au réa­lisme. »

Même quand elle était au bord de la fa­laise, quand les éclai­rages sem­blaient vou­loir prendre le bord et que la terre sa­blon­neuse s’ef­fri­tait sous leurs pieds, Ni­cole Ro­bert as­su­mait son choix. « J’étais là pour cal­mer tout le monde, di­telle, et pour veiller à leur sé­cu­ri­té. » En plus de dif­fé­rents co­mé­diens des Îlesde-la-ma­de­leine, le film met en ve­dette Pierre-fran­çois Le­gendre, Bri­gitte Po­go­nat, Nor­mand D’amour, Sté­pha­nie La­pointe, Pascale Bus­sières, Paul Dou­cet, Mi­chel La­per­rière, Maxime Du­mon­tier, Alexandre Goyette, Ger­main Houde, San­drine Bis­son, Isa­belle Cyr. La peur de l’eau pren­dra l’af­fiche dès le 27 jan­vier 2012.

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1. Pierre-fran­çois Le­gendre et Bri­gitte Po­go­nat, deux agents très spé­ciaux. 2. Sté­pha­nie La­pointe et Pascale Bus­sières en plein tour­nage. 3. Pierre-fran­çois Le­gendre dans le rôle de l’agent Sur­pre­nant. 4. Pierre-fran­çois Le­gendre et le réa­li­sa­teur Ga­briel Pel­le­tier. 5. Sté­pha­nie La­pointe dans une scène du film.

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