CHARLES BI­NA­MÉ HA­BI­TÉ par son ami Pierre Gau­vreau

MON­TRÉAL | Il y a moins d’un an que Charles Bi­na­mé a per­du son grand chum, Pierre Gau­vreau, et voi­là que la col­lec­tion pri­vée du peintre se re­trouve au Mu­sée de la ci­vi­li­sa­tion de Qué­bec grâce à sa femme qui en a fait don. Le ci­néaste, qui garde son ami s

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Agnès Gau­det

« C’est très étrange, avoue Charles Bi­na­mé d’em­blée, quand on lui de­mande ce que ça lui fait de voir les oeuvres de son ami réunies pour le pu­blic. C’est très étrange et très gri­sant à la fois. Ces pièces sont celles avec les­quelles Pierre et sa femme (l’ar­tiste peintre Ja­nine Car­reau) vi­vaient. Chez eux. Pour moi, elles ap­par­te­naient à leurs murs de mai­son, elles étaient leur uni­vers. Et tout à coup, elles se re­trouvent sur des murs ano­nymes. »

Par­mi ces oeuvres se trouvent, bien en­ten­du, plu­sieurs toiles de Pierre Gau­vreau lui­même. Mais on y trouve éga­le­ment des oeuvres de plu­sieurs autres, dont Serge Le­moyne et Jean-paul Mous­seau, ain­si que des pièces su­perbes d’ar­tistes de l’art po­pu­laire, dont quelques oi­seaux d’ed­mond Cha­ti­gny. Pierre Gau­vreau, homme de grande culture, était aus­si un mé­cène et il ado­rait l’art po­pu­laire.

« Je suis ex­trê­me­ment heu­reux qu’on dif­fuse sa li­ber­té d’es­prit », di­ra son ami Bi­na­mé.

40 ANS D’AMI­TIÉ

Charle Bi­na­mé et Pierre Gau­vreau avaient 30 ans de dif­fé­rence. Le pre­mier était en­tré à L’ONF pour s’oc­cu­per des pre­mières vi­déos por­ta­tives, en 1972, à l’âge de 21 ans, après s’être « em­mer­dé » à L’UQAM. Le se­cond avait dé­jà 50 ans et était un des grands pa­trons de la boîte. Le plus jeune, « le ti-cul », di­ra Charles Bi­na­mé, vou­lait faire la cap­ta­tion de la pièce Les Oranges sont vertes de Claude Gau­vreau, et sai­sir ce mo­ment de théâtre. Le plus vieux, avait at­ten­ti­ve­ment écou­té le jeune homme et dès lors, ils étaient de­ve­nus des co­pains.

« Avec les gens, Pierre n’avait pas de bar­rière, pas de pré­ju­gés, pré­cise Charles Bi­na­mé. C’était la même chose pour l’art po­pu­laire. »

Du­rant plus de 40 ans, Pierre Gau­vreau et Charles Bi­na­mé se sont fré­quen­tés de fa­çon constante. Ils sa­vaient à peu près tout l’un de l’autre.

« Pierre était un peintre dans l’âme, confirme Charles Bi­na­mé. S’il n’avait pas eu de res­pon­sa­bi­li­tés fa­mi­liales, j’ai l’im­pres­sion qu’il se­rait par­ti avec les autres (du Re­fus glo­bal, les Bor­duas et Rio­pelle) faire une car­rière de peintre à Pa­ris. Mais je m’avance sur une glace mince. »

UN PRÉ­CUR­SEUR

Pierre Gau­vreau a dé­lais­sé la pein­ture pour faire car­rière à Ra­dio-ca­na­da, où il a été réa­li­sa­teur et au­teur. On le connaît sur­tout pour ses té­lé­ro­mans Le Temps

d’une paix, Cor­mo­ran et Le Vol­can tran­quille. Cer­tains lui ont re­pro­ché son pas­sage à la té­lé­vi­sion.

« Les gens ont dit qu’il n’était pas un vrai peintre, dé­plore son ami, parce qu’il a aus­si fait autre chose. Au Qué­bec, on a de la dif­fi­cul­té avec les ar­tistes mul­ti­dis­ci­pli­naires.

« Mais Pierre a mal­gré tout été un pré­cur­seur dans tout ce qu’il a fait. Il a réa­li­sé les pre­mières émis­sions de té­lé sur film,

Rue de l’anse, D’iber­ville. Il a tour­né des trucs en stu­dio et à l’ex­té­rieur et cô­té écri­ture, il a tou­ché à trois mo­ments im­por­tants de l’his­toire du Qué­bec. »

TOU­JOURS EN LUI

Charles Bi­na­mé en­vi­sa­geait la mort de son ami Pierre Gau­vreau, ma­lade de­puis des an­nées, avec crainte. Il ad­met qu’un ami comme ce­lui-là (dé­cé­dé le 7 avril 2011) ne se rem­place pas. Mais son ab­sence est dif­fé­rente de ce qu’il avait ima­gi­né.

« Cu­rieu­se­ment, je ne suis pas triste et je n’ai pas de peine tant il est en moi, sou­tient Charles Bi­na­mé. Je m’at­ten­dais au pire, je voyais le mur ve­nir. Mais, il est tel­le­ment en moi, que je ne le re­grette pas. Il ne me manque pas, parce qu’il est en moi. C’est vrai­ment fou. Ça ne m’est ja­mais ar­ri­vé. »

Comme Pierre Gau­vreau, Charles Bi­na­mé rêve de se consa­crer un jour à la pein­ture, mais il se con­tente pour l’ins­tant de des­si­ner à l’oc­ca­sion et de peindre à l’aqua­relle les sto­ry boards de ses tour­nages. En ce mo­ment, il tourne des sé­ries amé­ri­caines à gros bud­gets, sur­tout à Toronto, en at­ten­dant les longs mé­trages.

« On ne peut pas être fi­nan­cé chaque an­née et moi, j’ai deux en­fants à l’uni­ver­si­té. Il faut ga­gner sa vie. Je ne peux pas dire : je vais at­tendre le pro­chain long mé­trage. Je n’ai pas de for­tune sur la­quelle je peux vivre. Donc je tra­vaille. Ça me per­met de gar­der la main. »

Charles Bi­na­mé a tour­né Fla­sh­point, Being hu­man, Du­rham coun­ty. Il tourne en ce mo­ment The Lis­te­ner. Il y a beau­coup de de­mandes pour un réa­li­sa­teur de mé­tier, comme lui qui compte « beau­coup d’heures de vol ». Néan­moins, le réa­li­sa­teur des Sé­ra

phin : Un homme et son pé­ché et Mau­rice Ri­chard a bien hâte de tour­ner un nou­veau long mé­trage au Qué­bec. Trois scé­na­rios sont en marche, l’un d’eux, co­écrit avec Ma­rie-sis­si La­brèche est dé­jà dé­po­sé, et en bonne pos­ture, semble-t-il.

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