LIAM NEE­SON DANS SON PROPRE EN­FER

LOS AN­GELES | Quand on re­garde Liam Nee­son jouer dans ses films, il est im­pos­sible de ne pas pen­ser à la tra­gé­die qui a pro­vo­qué le dé­cès de sa femme, Na­ta­sha Ri­chard­son.

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Bruce Kirk­land Agence QMI

Ce sont les pe­tits dé­tails qui le tra­hissent. Un geste, un sou­pir ou l’ombre d’une émo­tion qui tra­verse son vi­sage le temps d’une pause semblent tout à coup lui rap­pe­ler l’ac­ci­dent qui a em­por­té sa femme en 2009. Dans cha­cun de ses films, Nee­son semble por­ter ce far­deau sur ses épaules. Comme si c’était de­ve­nu une par­tie de son ADN d’ac­teur. Ce­la rend ses ap­pa­ri­tions en­core plus poi­gnantes, et ce, même dans les films d’ac­tion. C’est d’au­tant plus juste pour le film

Peur grise, le der­nier pro­jet au­quel il a par­ti­ci­pé. En voyant la bande-an­nonce, vous se­rez ten­té de pen­ser que ce n’est qu’un autre film d’ac­tion hol­ly­woo­dien au su­jet d’un groupe d’hommes qui tentent d’échap­per à une meute de loups af­fa­més après que leur avion s’est écra­sé au coeur de l’alas­ka sau­vage. En voyant le film dans sa to­ta­li­té, ce­pen­dant, vous com­pren­drez que le per­son­nage de Nee­son est sui­ci­daire tel­le­ment il est ac­ca­blé par un sen­ti­ment de perte ai­gu dû à la mort de la femme qu’il ai­mait.

Ce film étant une fic­tion, la femme en ques­tion n’est évi­dem­ment pas Na­ta­sha Ri­chard­son. Mais on se sur­prend quand même à faire la comparaison, cette der­nière étant dé­cé­dée le 19 mars 2009. Dans Peur grise, le rôle de la femme est joué par Anne Open­shaw, une obs­cure ac­trice qui res­semble presque à Ri­chard­son, du moins dans les scènes où elle ap­pa­raît en flash-back. « Je ne cher­chais pas à connec­ter les deux his­toires, ou quoi que ce soit d’autre », a sou­te­nu Liam Nee­son quant à sa per­for­mance dans Peur grise.

UNE QUES­TION DE SUR­VIE

Tout juste avant ce seg­ment de l’en­tre­vue, l’ac­teur s’était fait de­man­der ce qu’il avait per­son­nel­le­ment ap­pris du tour­nage dans le bliz­zard des mon­tagnes près de Smi­thers, en Co­lom­bieB­ri­tan­nique, à 40 de­grés sous zé­ro. « Je ne suis pas cer­tain », a sim­ple­ment af­fir­mé l’ir­lan­dais de 59 ans, ré­flé­chis­sant tout haut avant de plon­ger dans une sorte de rê­ve­rie phi­lo­so­phique.

« Plus on vieillit, plus on se ques­tionne au su­jet de la vie et de la mort, ce que ça si­gni­fie et ce qu’on est ve­nu faire sur cette pla­nète. Et plus on s’en­fonce, plus les ques­tions se mul­ti­plient. Mon per­son­nage dans le film vit cer­tai­ne­ment quelque chose de si­mi­laire. Pour­tant, à la fin du film, il se tient tou­jours de­bout. C’est signe qu’il y a de l’es­poir. »

Alors, je lui ai de­man­dé si cette « phi­lo­so­phie » de la sur­vie s’ap­pli­quait aus­si à lui. « Je crois bien, oui. »

Peur grise a été réa­li­sé par l’ex­cen­trique Joe Car­na­han ( L’agence tous

risques). Dès que Brad­ley Cooper, l’ac­teur ini­tia­le­ment en­ga­gé pour te­nir le rôle de John Ott­way, a lais­sé tom­ber le pro­jet, Car­na­han a pro­po­sé le rôle à son ami Nee­son.

« Vous sa­vez, a com­men­té Car­na­han lors d’une tout autre en­tre­vue, j’ai été at­ti­ré par Nee­son en rai­son de sa force de ca­rac­tère et de sa pro­fon­deur comme ac­teur et comme homme éga­le­ment. Liam n’est ab­so­lu­ment pas pré­ten­tieux. Il a une ap­proche de col bleu ado­rable de­vant le jeu. Toute cette ma­gni­fique éner­gie émane de lui et de ses per­son­nages. »

Dans Peur grise, le per­son­nage de Nee­son de­vient le chef des sur­vi­vants, un rôle qu’il a aus­si te­nu sur le pla­teau au­près des ac­teurs eux-mêmes, tous plus jeunes que lui. Se­lon eux, Nee­son ne s’est ja­mais plaint des condi­tions de tour­nage. Main­te­nant que c’est ter­mi­né, l’ac­teur re­con­naît tou­te­fois que la tâche était ex­trê­me­ment dif­fi­cile. « Smi­thers, ce pe­tit bled in­con­nu et in­of­fen­sif. Smi­thers, mon Dieu qu’il a été rude avec nous! », a confié l’ac­teur.

PEUR GRISE

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