DE BONS AC­TEURS POUR UNE HIS­TOIRE DÉ­COU­SUE

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Isa­belle Hontebeyrie Agence QMI

Film de To­mas Al­fred­son met­tant en ve­dette Ga­ry Old­man, Be­ne­dict Cum­ber­batch, Co­lin Firth et Mark Strong. À l’af­fiche

MON­TRÉAL | Ga­ry Old­man, Mark Strong et Co­lin Firth sont ir­ré­pro­chables dans La taupe. Le scé­na­rio, par contre, est com­pli­qué pour rien.

Cer­tains ro­mans d’es­pion­nage de John Le Car­ré se dis­tinguent par leur com­plexi­té. L’au­teur y met tel­le­ment de dé­tails qu’on s’y perd. Au contraire de Le tailleur de Pa­na­ma qui était simple à suivre, La taupe est net­te­ment plus dif­fi­cile.

Nous sommes en pleine guerre froide. Le « cirque » (nom de code don­né aux ser­vices se­crets bri­tan­niques) est en émoi. Il y au­rait un traître par­mi eux, qui four­ni­rait aux So­vié­tiques tous les se­crets du pays. Georges Smi­ley (Ga­ry Old­man, ab­so­lu­ment brillant) doit dé­bus­quer le cou­pable.

Sur pa­pier, dit comme ça, ça a l’air simple. Mais pas du tout. On a droit à des re­tours dans le temps mé­lan­geant, puisque nous ne dis­po­sons d’au­cun point de re­père, si­non de lé­gers chan­ge­ments de coif­fure et d’ac­ces­soires. De nou­veaux pro­ta­go­nistes font leur ap­pa­ri­tion sans qu’on com­prenne d’où ils sortent et comment ils s’in­sèrent dans l’his­toire.

ÉQUIPE TECH­NIQUE

Le réa­li­sa­teur To­mas Al­fred­son (à qui l’on doit le film d’hor­reur Let the Right One In, sor­ti en 2008) ef­fec­tue néan­moins un tra­vail digne de men­tion en col­la­bo­ra­tion avec son équipe tech­nique.

Le di­rec­teur de la photographie Hoyte Van Hoy­te­ma (vous avez pu ad­mi­rer son tra­vail dans Le lut­teur avec Mi­ckey Rourke) par­vient mer­veilleu­se­ment bien à don­ner à La taupe cette froi­deur ca­rac­té­ris­tique du cli­mat po­li­tique de l’époque.

CA­MÉ­LÉON

Outre Mark Strong, c’est Ga­ry Old­man qui brille dans ce long mé­trage. L’ac­teur est un vé­ri­table ca­mé­léon — il re­pren­dra son rôle du com­mis­saire Gor­don dans le très at­ten­du The Dark Knight Rises l’été pro­chain, et son in­ter­pré­ta­tion de Dra­cu­la était mé­mo­rable — qui donne à Smi­ley une consis­tance ex­trê­me­ment par­ti­cu­lière. Froid, ana­ly­tique et émo­ti­ve­ment bles­sé, notre homme mè­ne­ra son en­quête avec doig­té et pers­pi­ca­ci­té, iden­ti­fiant le cou­pable au terme de 127 mi­nutes de re­cherches et de re­cou­pe­ments.

À moins d’être un ama­teur des ro­mans les plus tor­dus de John Le Car­ré (en comparaison, Le tailleur de Pa­na­ma était ex­trê­me­ment grand pu­blic), La taupe fi­nit par en­nuyer le spec­ta­teur.

Oui, on se perd dans les dé­dales des tra­hi­sons suc­ces­sives et non, on ne sent pas le sus­pense qui nous au­rait per­mis d’ap­pré­cier ce film à sa juste va­leur. Dom­mage.

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