L’af­faire d’ou­treau au grand écran

PA­RIS | Les er­reurs ju­di­ciaires ont la cote au ci­né­ma par les temps qui courent. Alors que le ci­néaste qué­bé­cois Podz vient de tour­ner un film sur le long com­bat ju­di­ciaire de Mi­chel Du­mont, le réa­li­sa­teur fran­çais Vincent Ga­renq re­vient sur la tris­te­ment

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Maxime De­mers MAXIME.DE­MERS@JOUR­NALMTL.COM

Prix du meilleur film eu­ro­péen à la Mos­tra de Ve­nise en sep­tembre der­nier, Pré­su­mé cou­pable re­trace la ter­rible des­cente aux en­fers d’alain Ma­ré­caux, une des nom­breuses vic­times de cette af­faire d’ou­treau.

Ce th­riller ju­di­ciaire de Vincent Ga­renq ( Comme les autres) est adap­té du ré­cit au­to­bio­gra­phique Chro­nique de mon er­reur ju­di­ciaire, qu’alain Ma­ré­caux a écrit alors qu’il pur­geait sa peine en pri­son.

Huis­sier de jus­tice à la vie tran­quille et père de fa­mille heu­reux, Alain Ma­ré­caux (cam­pé par l’ac­teur Phi­lippe Torreton) re­çoit la vi­site in­at­ten­due de la po­lice par un ma­tin de no­vembre 2001. Lui et sa femme ap­prennent, me­nottes à la main, qu’ils sont ac­cu­sés, comme une dou­zaine d’autres per­sonnes, d’hor­ribles actes pé­do­philes qu’ils n’ont ja­mais com­mis. Ils se re­trouvent aus­si­tôt plon­gés dans un in­ter­mi­nable cau­che­mar sur le­quel ils n’ont ab­so­lu­ment au­cun contrôle.

Pré­su­mé cou­pable est le pre­mier film qui traite de cette af­faire qui a don­né lieu à un des plus grands scan­dales ju­di­ciaires des der­nières an­nées. « Je sais qu’il y a eu au moins un autre pro­jet de film qui trai­tait de la glo­ba­li­té de l’af­faire d’ou­treau, mais je crois que c’était im­pos­sible à faire, ob­serve le réa­li­sa­teur Vincent Ga­renq ren­con­tré il y a quelques jours à Pa­ris dans le cadre de jour­nées pro­mo­tion­nelles or­ga­ni­sées par Uni­france. « Il y avait quand même 14 per­sonnes ac­cu­sées et au­tant de fa­milles bri­sées. Il fal­lait trou­ver un angle pré­cis parce qu’il au­rait été im­pos­sible de trai­ter de toutes ces his­toires dans le même film. »

C’est en li­sant le ré­cit d’alain Ma­ré­caux que Vincent Ga­renq a vu le po­ten­tiel ci­né­ma­to­gra­phique de cette his­toire.

« J’avais dé­jà lu sur l’af­faire d’ou­treau, comme tous les Fran­çais, mais je ne m’y étais pas in­té­res­sé plus spé­cia­le­ment. C’est le livre d’alain qui m’a don­né le vrai éclai­rage sur cette af­faire. Dans les mé­dias, en France, on en par­lait dans sa glo­ba­li­té. Ce n’était pas très pré­cis. C’est le livre d’alain qui m’a ou­vert les yeux sur la com­plexi­té de l’af­faire.

« En li­sant le livre, j’ai tout de suite vu qu’il y avait un film à faire. Les gens ne connais­saient pas le fond de cette his­toire. On ne voit pas la mi­sère qu’il y a der­rière une er­reur ju­di­ciaire. »

FAILLES DU SYS­TÈME JU­DI­CIAIRE

Au-de­là du cal­vaire vé­cu par Alain Ma­ré­caux, le film de Ga­renq dé­nonce les failles du sys­tème ju­di­ciaire, à tra­vers l’in­com­pé­tence et l’er­rance du jeune juge d’ins­truc­tion char­gé du dos­sier.

« Ce qui a frap­pé les gens dans l’af­faire d’ou­treau, c’est qu’ils ont dé­cou­vert une caste, celle des ma­gis­trats. C’est une caste très pro­té­gée. Leur ré­pu­ta­tion a été sa­lie avec cette his­toire, mais ce qui est triste, c’est que ce­la ne va pas chan­ger pour au­tant. Ça va conti­nuer. Ils ne chan­ge­ront pas. »

Sous les traits d’alain Ma­ré­caux, Phi­lippe Torreton livre une per­for­mance in­tense pour la­quelle il s’est in­ves­ti à fond, al­lant jus­qu’à perdre une ving­taine de ki­los pour le rôle.

« J’ai­mais beau­coup Phi­lippe, mais je n’ai pas pen­sé à lui en pre­mier, ad­met le ci­néaste.

« Comme on a eu beau­coup de dif­fi­cul­tés à trou­ver des ac­teurs prêts à s’in­ves­tir dans le rôle au point d’ac­cep­ter de mai­grir au­tant, en par­lant à Phi­lippe, j’ai sen­ti tout de suite qu’il avait en­vie de le faire, plus qu’un autre. Je sa­vais qu’il ne pren­drait pas les choses à la lé­gère. »

Alain Ma­ré­caux a été consul­té pen­dant tout le pro­ces­sus de la fa­bri­ca­tion du film, de l’écri­ture du scé­na­rio au tour­nage. Il a vu le ré­sul­tat fi­nal lors d’une pro­jec­tion pri­vée, avec Ga­renq et Torreton.

« J’avais peur de la ré­ac­tion d’alain, ra­conte Ga­renq. Fi­na­le­ment, ça s’est très bien pas­sé. Il l’a vu avec Phi­lippe et c’était très émou­vant. Ils ont pleu­ré tous les deux. »

Pré­su­mé cou­pable prend l’af­fiche ven­dre­di (le 27 jan­vier).

Dans le th­riller ju­di­ciaire Pré­su­mé

cou­pable, l’ac­teur Phi­lippe Torreton prête ses traits à Alain Ma­ré­caux, une

des vic­times de l’af­faire d’ou­treau.

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