Har­ry Lloyd, le ma­ri dis­cret de That­cher

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Jim Slo­tek Agence QMI

La der­nière fois qu’il s’est re­trou­vé sur les écrans nord-amé­ri­cains – jouant le roi Vi­se­ry Tar­ga­ryen dans Game Of Th­rones –, l’ac­teur bri­tan­nique Har­ry Lloyd a souf­fert d’une mort hor­rible; on lui a ver­sé de l’or fon­du sur la tête en guise de cou­ronne.

« C’est en ef­fet tout un chan­ge­ment », a af­fir­mé l’ac­teur qui in­ter­prète le jeune De­nis Tat­cher vo­lant le coeur de la jeune Mar­ga­ret, la fille de l’épi­cier (Alexan­dra Roach), dans le film La dame de fer. Et si la bonne hu­meur na­tu­relle de Lloyd est perturbée à l’idée de ter­mi­ner une sé­rie pour la­quelle « il a com­plè­te­ment flip­pé », sa car­rière est ce­pen­dant bien en selle.

Bien sûr, tous ont le re­gard tour­né vers Me­ryl Streep (qui se­ra vrai­sem­bla­ble­ment sé­lec­tion­née aux Os­cars) et Jim Broadbent, qui joue l’ai­mable fan­tôme de De­nis. Mais la so­lide contri­bu­tion d’har­ry Lloyd et d’alexan­dra Roach est peu à peu re­con­nue, alors qu’ils ont pris part à cette sa­ga ci­né­ma­to­gra­phique re­la­tant l’his­toire de la pre- mière femme à avoir été élue à la tête d’un pays oc­ci­den­tal et de son ma­ri.

PAS DE PRÉ­JU­GÉS

Quand Mar­ga­ret Tat­cher s’est fi­na­le­ment re­ti­rée de la vie po­li­tique, après 11 ans d’un « règne » contro­ver­sé, Lloyd n’avait que 8 ans.

En ac­cep­tant de te­nir le rôle du dis­cret ma­ri Tat­cher, il était donc libre de pré­ju­gés po­li­tiques et de tout ba­gage à l’égard du couple. « J’ai lu Be­low the Pa­ra­pet, la très bonne bio­gra­phie que la fille de Tat­cher (Ca­rol Tat­cher) a écrite à son su­jet, et j’ai vu le sur­pre­nant do­cu­men­taire Mar­ried to Mag­gie », a dit l’ac­teur.

« Mais il n’existe pas beau­coup de do­cu­men­ta­tion au su­jet de De­nis Tat­cher lors­qu’il était jeune homme, a dit Lloyd. Quand je m’en suis ren­du compte, une par­tie de moi a pa­ni­qué. Tout ce dont je dis­po­sais, c’était des en­re­gis­tre­ments de lui dé­jà âgé… Et j’ai fi­ni par réa­li­ser que j’avais une cer­taine marge de ma­noeuvre. La per­cep­tion que les gens ont de sa jeu­nesse est moins ri­gide, puisque moins do­cu­men­tée. »

Har­ry Lloyd et Alexan­dra Roach ar­rivent ain­si à in­ter­pré­ter de jeunes ma­riés cré­di- bles, comme une pre­mière ver­sion de ce cé­lèbre couple des­ti­né à pas­ser à l’his­toire. Au centre de cette union se trou­vait un jeune homme bien au fait des am­bi­tions brû­lantes de son épouse, contraint de la lais­ser oc­cu­per l’avant-plan.

« Je ne crois pas qu’il per­ce­vait la si­tua­tion de cette ma­nière, a ex­pli­qué Lloyd au su­jet de son per­son­nage. Quand il a de­man­dé sa main en ma­riage, elle lui a ré­pon­du qu’elle ne vou­lait pas être une épouse qui, as­sise dans un coin, ne sert qu’à net­toyer les tasses de thé. Il a alors ré­tor­qué que c’était la rai­son pour la­quelle il vou­lait la ma­rier. Je ne crois pas que c’était pour lui une ma­nière de dire “d’ac­cord, tu se­ras nu­mé­ro un et je se­rai nu­mé­ro deux” », a confié Lloyd.

HOMME D’AF­FAIRES

« On n’en fait pas men­tion dans le film, mais il était un homme d’af­faires qui réus­sis­sait très bien. Plus vieux que Mar­ga­ret, il avait été ma­rié une pre­mière fois. Il avait un sens pra­tique beau­coup plus dé­ve­lop­pé. Il sa­vait quoi faire pour vivre un ma­riage heu­reux, puis­qu’il avait dé­jà vé­cu un pre­mier échec », a sou­li­gné l’ac­teur.

« C’est ain­si qu’il a été ins­pi­ré par une fem- me qu’au­cun re­fus ne fai­sait re­cu­ler. Pas qu’il ait eu des am­bi­tions po­li­tiques, mais il était in­té­res­sé par la po­li­tique, même s’il n’ai­mait pas né­ces­sai­re­ment les po­li­ti­ciens. »

« À tra­vers tout, ils sont ar­ri­vés à pré­ser­ver leur re­la­tion amou­reuse, a ré­vé­lé Lloyd. Ils s’ac­cor­daient le temps né­ces­saire pour me­ner les vies pro­fes­sion­nelles. Ils re­ve­naient en­suite l’un vers l’autre et avaient ces su­perbes conver­sa­tions tar­dives où ils par­ta­geaient leurs se­crets. Ils ne se mar­chaient ja­mais sur les pieds. »

INS­PI­RA­TION

Pour son rôle, Me­ryl Streep a af­fir­mé avoir été ins­pi­rée par Har­ry Lloyd et Alexan­dra Roach, sur­tout lors des ré­pé­ti­tions avant les scènes où le jeune couple Tat­cher danse avec le plus âgé. Pour une scène pré­cise, tout le monde de­vait dan­ser dans la même salle et « j’ai été com­plè­te­ment sub­mer­gée, a af­fir­mé Streep. J’étais tel­le­ment plon­gée dans la vieillesse et la sé­ni­li­té de Tat­cher que de voir ce glo­rieux couple dan­ser si li­bre­ment, c’était comme de voir le fil de ma propre vie se dé­rou­ler de­vant mes yeux. »

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.