La té­lé­vi­sion n’est plus ce qu’elle était

Le Journal de Quebec - Weekend - - TÉLÉVISION - Guy Four­nier Col­la­bo­ra­tion spé­ciale gfour­nier@jour­nalmtl.com

Non, je ne vous par­le­rai pas du « bon vieux temps » de la té­lé­vi­sion. Mon titre peut vous faire croire que j’ai un ac­cès de nos­tal­gie, mais ce n’est pas du tout le cas. Je veux sim­ple­ment que vous consta­tiez avec moi à quel point nous avons chan­gé comme té­lé­spec­ta­teurs !

Rap­pe­lez-vous les cotes d’écoute qu’avait une sé­rie comme La pe­tite vie. Jus­qu’à trois mil­lions de té­lé­spec­ta­teurs ! Dans le « bon vieux temps », de quoi par­lait-on dans les bu­reaux ou au té­lé­phone le len­de­main de sé­ries comme Les belles his­toires des pays d’en haut, Moi et l’autre, Les filles d’ève ou Les dames de coeur ? On dis­cu­tait des si­tua­tions dans les­quelles étaient plon­gés les per­son­nages, on avait hâte à la se­maine sui­vante et on pes­tait contre le mau­dit ma­cho de JeanPaul Bel­leau.

Quand avez-vous dis­cu­té pour la der­nière fois avec un col­lègue ou une consoeur des Har­ri­son et des Car­pen­tier, d’edith Beau­champ et de Laurent La­voie ou de So­phie Paquin ? Je gage que plu­sieurs de ceux qui me lisent ignorent même qui sont ces per­son­nages, pour­tant tous ti­rés de té­lé­ro­mans po­pu­laires.

UN PHÉ­NO­MÈNE UNI­VER­SEL

Il n’y a pas si long­temps, sé­ries et té­lé­ro­mans étaient en tête des cotes d’écoute, mais on est loin des beaux jours où deux mil­lions et même trois mil­lions de Qué­bé­cois re­gar­daient La bonne aven­ture ou Scoop. Le phé­no­mène n’est pas qué­bé­cois, il est uni­ver­sel. À moins que je fasse er­reur, il faut re­mon­ter à 2003, aux ÉtatsU­nis, pour re­trou­ver une sé­rie dra­ma­tique en tête des cotes d’écoute. CSI semble bien être la der­nière à avoir réus­si cet ex­ploit.

Que re­trouve-t-on aux som­mets ? Du sport, hockey et foot­ball en par­ti­cu­lier, des té­lé­réa­li­tés comme Star Aca­dé­mie ou Oc­cu­pa­tion double, des jeux comme Le ban­quier ou On connaît la chan­son, des émis­sions spé­ciales comme Bye Bye, quelques ga­las et l’in­con­tour­nable Tout le monde en parle. Quand une sé­rie dra­ma­tique re­joint un mil­lion de té­lé­spec­ta­teurs, les di­rec­teurs de pro­gramme sablent le cham­pagne. À 600 ou 700 000, on se tape sur les cuisses et on crie au suc­cès.

LES TÉ­LÉ­RÉA­LI­TÉS SONT AU SOM­MET

Aux États-unis, de­puis quelques an­nées, la sé­rie culte est sans contre­dit Mad Men. Pour­tant, elle est dif­fu­sée sur une chaîne câ­blée et l’au­dience ne dé­passe ja­mais trois mil­lions de té­lé­spec­ta­teurs. Sur les quatre grands ré­seaux, les bonnes sé­ries re­joignent en moyenne 8 à 10 mil­lions de per­sonnes et les « tops » comme NCIS : Los An­geles, The Men­ta­list ou Cri­mi­nal Minds, quatre à cinq mil­lions de plus. Presque mi­nable à cô­té des au­di­toires que réunissent Ame­ri­can Idols ou Dan­cinq with the Stars. Bien loin des chiffres d’au­dience fa­ra­mi- neux du foot­ball ou des ga­las comme ce­lui des Os­cars ou des Golden Globes.

ON N’A PLUS LE MÊME AP­PÉ­TIT

Même si ça semble contra­dic­toire, les Qué­bé­cois comme tous les autres, re­gardent la té­lé­vi­sion au­tant qu’avant, peu­têtre plus, mais leurs ha­bi­tudes ont chan­gé pro­fon­dé­ment. Ja­dis presque in­sa­tiable, notre ap­pé­tit pour les té­lé­ro­mans et les sé­ries dra­ma­tiques s’est cal­mé. On ne les re­garde plus uni­que­ment au mo­ment de la dif­fu­sion, mais on les vi­sionne en dif­fé­ré, sou­vent sur une ta­blette ou sur son or­di­na­teur, ou on les re­garde sur DVD, par­fois trois ou quatre heures d’af­fi­lée.

C’est la rai­son pour la­quelle les an­non­ceurs sont moins em­pres­sés de les com­man­di­ter. Ils pré­fèrent re­joindre le maxi­mum de clients au même mo­ment, ce qu’ils réus­sissent lors­qu’ils dif­fusent leurs mes­sages pen­dant le Bye Bye, une par­tie des Ca­na­diens de Mon­tréal ou un ga­la de Star Aca­dé­mie.

Au­jourd’hui, le di­lemme des di­rec­teurs de pro­grammes, c’est de dé­ni­cher des concepts d’émis­sion que le grand pu­blic sou­haite voir et, de toute évi­dence, les sé­ries dra­ma­tiques ne sont plus le pre­mier choix !

Au­tre­fois presque in­sa­tiable, notre ap­pé­tit pour les té­lé­ro­mans et les sé­ries dra­ma­tiques s’est cal­mé.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.