INS­PI­RÉE PAR LA RÉA­LI­TÉ

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES - Ma­rie-france Bor­nais Le Jour­nal de Qué­bec

Au fil de ses re­cherches, Ar­lette Cousture a réa­li­sé à quel point Mon­tréal était une ville dé­ve­lop­pée dans la se­conde moi­tié du 19e siècle.

« C’était une vraie ville, une ville grouillante. C’était l’époque où les gens ve­naient à Mon­tréal. C’était un pe­tit peu avant le pas­sage de Sa­rah Bern­hardt. Mon­tréal était une ville ou­verte, une mé­tro­pole. Ce qu’elle n’est plus. On se fai­sait un plai­sir de ve­nir à Mon­tréal », ob­serve la ro­man­cière.

« Je ne donne pas de nom... mais je connais une dame qui a 100 ans. Elle est née en 1912. Elle avait un oncle qui pre­nait le train à Mon­tréal et al­lait voir sa maî­tresse à New York, puis re­ve­nait. Quand même... je n’ai rien

in­ven­té. C’est au­then­tique ce que je dis! »

HIS­TOIRES VRAIES

Dans Pe­tals’ Pub, Ar­lette Cousture s’est ins­pi­rée de quelques his­toires vraies, comme celle de Mon­sieur Adam, mort les pattes de­hors, de la lo­co­mo­tive qui a plon­gé dans le fleuve Saint-laurent, dans le bout d’ho­che­la­ga, des hor­se­boats, des cas­seurs de glace. « Dans le port de Mon­tréal, c’était for­mi­dable à ce mo­ment. Il y avait des voi­liers et des roues à aube. »

Elle a pris cer­taines li­ber­tés par rap­ports aux dates et aux faits his­to­riques, pour le bé­né­fice du ro­man. « J’ai pris des li­ber­tés, mais je pré­fère le dire plu­tôt que de me faire trai­ter de men­teuse! », pré­cise-t-elle.

Cer­tains per­son­nages ont été ins­pi­rés de vraies per­sonnes. C’est le cas de Ri­na Mé­nard, qui lui a four­ni la ma­tière ex­tra­or­di­naire de Soeur Ma­rie-saint-coeur-du-mes­sie, qui li­sait les cartes. « Je l’ai ren­con­trée, mais elle est dé­cé­dée main­te­nant. Elle a été dans trois com­mu­nau­tés dif­fé­rentes parce qu’elle était trop flyée. Elle s’oc­cu­pait des pos­tu­lantes, li­sait les cartes et di­sait : c’est ta place ou c’est pas ta place. »

LA GROSSE-ÎLE

Ar­lette Cousture s’est ren­due au lieu his­to­rique na­tio­nal du Ca­na­da de la Grosse-îleet-du-mé­mo­rial-des-ir­lan­dais, dans l’ar­chi­pel de Mont­ma­gny. «Ah, que j’ai ai­mé ça! J’ai pas dit de faus­se­tés. Le Dr Mon­ty Lam­bert s’ap­pe­lait vrai­ment comme ça cette an­née-là. J’aime la ré­flexion de ce mé­de­cin quand il donne les sta­tis­tiques sur les Ir­lan­dais. Il donne l’heure juste. » En ef­fet : « Par­ti de Li­ver­pool ou de Cork, un Ir­lan­dais sur cinq, après une tra­ver­sée de 45 jours, ne connaî­trait ja­mais le pays qui l’avait ac­cueilli. » Comme la pauvre Kit­ty Ho­gan du ro­man.

Il n’y a pas de sang ir­lan­dais qui coule dans les veines d’ar­lette Cousture, dont la fa­mille, tant du cô­té ma­ter­nel que pa­ter­nel, est ar­ri­vée de France. Ce­pen­dant, elle a une cou­sine ger­maine âgée de plus de 80 ans, dont la mère et la grand-mère étaient ir­lan­daises. « Je lui ai de­man­dé comment s’ap­pe­lait sa grand-mère. Elle s’ap­pe­lait Kit­ty Ho­gan. C’est la mère de Mar­ga­ret. J’ai gar­dé le nom de Kit­ty Ho­gan pour faire un clin d’oeil à ma cou­sine.

« J’ai aus­si des cou­sins ger­mains qui ha­bitent au Ma­ni­to­ba et qui sont des ju­meaux. De­vi­nez comment ils s’ap­pellent? Gé­rald et Gé­rard. Ils ont été tel­le­ment tou­chés que j’ai pris leurs noms... Ça m’a fait plai­sir! »

Vio­lette et Mar­gue­rite étaient ve­nues pour l’évé­ne­ment et avaient chauf­fé l’eau pour le bain d’angélique. La­vée, sé­chée et par­fu­mée, celle-ci fut même coif­fée comme ces dames qui res­sem­blaient à des images saintes tant elles étaient belles. « C’est fou, les filles, mais je me dis que vous m’avez ar­ran­gée trop belle. C’est pas à ça que je res­semble. J’ai l’air d’une pé­teuse de la haute qui manque d’hu­mi­li­té. — C’est ça, nous, on pense que tu vas de­ve­nir une pé­teuse de la haute. Cesse de faire ton humble puis de te cou­cher par terre, les bras en croix, tu sais que tu es belle. — Non, je suis une bou­lan­gère qui a été pieuse et re­li­gieuse. — C’est ça. Cesse de bou­ger et laisse-nous faire. — You are ve­ry belle, Angélique. Ve­ry… très belle. » Lorsque Étienne eut la per­mis­sion de re­ve­nir dans la chambre, il re­gar­da sa cou­sine et la man­di­bule lui dé­cro­cha. « Les filles, je viens de com­prendre qu’angélique se fe­ra pas ai­mer. Elle est la plus belle per­sonne que j’aie vue de ma vie, après ma fleur, évi­dem­ment.» — Tu penses qu’eu­gène ne va pas m’ai­mer ? — Voyons, Angélique. T’es sa blonde. Mais si tu veux mon avis de gars, il va ja­mais te ma­rier. — Pas be­soin d’être un gars pour avoir cet avis-là. » Mine de rien, Étienne, Vio­lette et Mar­gue­rite se pro­me­nèrent de­vant l’église, tout en ne per­dant pas des yeux Angélique, qui fai­sait les cent pas, une om­brelle à la main. Elle était si belle que les gens lui cé­daient le pas, ne re­mar­quant pas ses chaus­sures, heu­reu­se­ment ca­chées par la robe. Vio­lette se di­sait que la beau­té im­pres­sion­nait tou­jours. Elle sa­vait qu’elle était la moins jo­lie des trois – quoique sa peau blanche lui don­nât un pe­tit air de ma­done, comme le lui avait dé­jà af­fir­mé une re­li­gieuse –, mais elle consi­dé­rait que, sa beau­té, elle la te­nait de ses yeux aux cils si longs que la pous­sière s’y dé­po­sait constam­ment lors­qu’elle tra­vaillait dans l’ate­lier de cou­ture. Angélique se fi­gea, et Vio­lette, Étienne et Mar­gue­rite tour­nèrent la tête. Les de la Du­ran­taye s’ap­pro­chaient de l’es­ca­lier. Eu­gène fut près de sa bien-ai­mée aus­si ra­pi­de­ment qu’un pi­geon peut vo­ler la même dis­tance. Le conseil de fa­mille, c’est-à-dire Étienne et Mar­gue­rite, Eu­gène et Angélique, et fi­na­le­ment Vio­lette sans Gé­rald, avait dé­ci­dé qu’il se­rait pré­fé­rable qu’angélique leur ap­pa­raisse dans toute sa splen­deur – elle avait ra­geu­se­ment nié ce terme – plu­tôt qu’as­sise et morte de ti­mi­di­té dans la voi­ture. Les trois com­pa­gnons virent les pré­sen­ta­tions. Angélique fit une pe­tite ré­vé­rence de­vant le père et la mère, mais ne bron­cha pas de­vant le frère et la Isa­belle, qui ne ces­sa de tour­ner son om­brelle avant de la fer­mer d’un geste brusque. Angélique fit de même avec la sienne. Les de la Du­ran­taye pé­né­trèrent dans l’église, et les trois amis les imi­tèrent, mais ils furent contraints de res­ter à l’ar­rière, les gens bien, jus­ti­fiés par le mon­tant de la dîme qu’ils ver­saient, s’ap­pro­priant les bancs du de­vant. Ce­pen­dant, ils purent tout ob­ser­ver.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.