SOU­VE­NIRS JA­PO­NAIS

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Avec Les mille au­tomnes de Ja­cob de Zoet, l’écri­vain bri­tan­nique Da­vid Mit­chell en­traîne les lec­teurs dans une fas­ci­nante aven­ture, de la trempe des grands ro­mans d’alexandre Dumas, au coeur des comp­toirs éloi­gnés de la Com­pa­gnie néer­lan­daise des indes orien­tales. Vrai­ment éton­nant, ori­gi­nal et ma­gni­fique, comme un ob­jet rare qu’on rap­por­te­rait de voyage.

Da­vid Mit­chell, consi­dé­ré comme un des meilleurs écri­vains bri­tan­niques contem­po­rains, a vé­cu huit ans à Hi­ro­shi­ma, où il a en­sei­gné l’an­glais. Il a épou­sé une Ja­po­naise, s’est lan­cé dans l’écri­ture et connaît suc­cès après suc­cès de­puis quelques an­nées. Car­to­gra­phie des nuages, un de ses ro­mans pré­cé­dents, est en cours d’adap­ta­tion ci­né­ma­to­gra­phique, avec des ac­teurs comme Tom Hanks, Halle Ber­ry, Hugh Grant et Su­san Sa­ran­don.

Les mille au­tomnes de Ja­cob de Zoet se dé­roule au Ja­pon en 1799. L’île de De­ji­ma, près de Na­ga­sa­ki, sert de port d’at­tache à la Com­pa­gnie néer­lan­daise des Indes orien­tales. Ja­cob de Zoet, un jeune clerc en­voyé pour re­dres­ser les fi­nances de la com­pa­gnie, se butte à l’étran­ge­té des moeurs et à la cor­rup­tion. Il se croit pro­té­gé au­près d’ori­to, une jeune femme au vi­sage brû­lé, mais rien n’est simple puisque celle-ci est en­le­vée.

ÎLE AR­TI­FI­CIELLE

L’idée d’écrire Les mille au­tomnes est née lors­qu’il voya­geait avec son sac à dos sur la côte ouest du Ja­pon et qu’il a dé­cou­vert, presque par ha­sard, l’exis­tence de l’île ar­ti­fi­cielle de De­ji­ma, dans la baie de Na­ga­sa­ki. À l’époque co­lo­niale, seul les Néer­lan­dais avaient l’au­to­ri­sa­tion de com­mer­cer avec le Ja­pon. De plus, ils de­vaient im­pé­ra­ti­ve­ment de­meu­rer dans l’île. « C’est le ro­man plus dif­fi­cile que j’ai écrit. J’ai ap­pris beau­coup en écri­vant des ro­mans his­to­riques : j’ai ap­pris quels pro­blèmes pou­vaient se pré­sen­ter et comment les ré­soudre. Mais j’aime ces dif­fi­cul­tés. Quand vous avez un nou­veau pro­blème à ré­soudre en écri­vant, ce­la exige que vous soyez ori­gi­nal, que vous pen­siez au­tre­ment pour trou­ver de nou­velles so­lu­tions. On se sent très vi­vant quand on le fait, très sa­tis­fait. C’est le contraire de l’en­nui! », com­mente-t-il en en­tre­vue té­lé­pho­nique.

Le su­jet de Mille au­tomnes lui plai­sait énor­mé­ment. « De­ji­ma était la fe­nêtre par la­quelle le Ja­pon voyait le reste du monde et De­ji­ma était la fe­nêtre par la­quelle le reste du monde voyait le Ja­pon. Je vou­lais que le monde ait une meilleure com­pré­hen­sion du Ja­pon, parce que mon épouse est Ja­po­naise. L’igno­rance est mau­vaise pour tout le monde. »

« Pour com­prendre le Ja­pon, il faut chan­ger la ma­nière dont on voit la so­cié­té, que ce soit au point de vue de la vie, de la nour­ri­ture, des ma­nières, de l’éti­quette. Vous de­vez chan­ger la ma­nière dont vous voyez ces choses, si­non vous par­tez. J’ai ai­mé di­gé­rer len­te­ment les dif­fé­rences cultu­relles, pen­dant huit ans, en ex­tra­yant toutes les vi­ta­mines que je pou­vais en ti­rer. »

LA HOL­LANDE

« Écrire la par­tie ja­po­naise du livre a été fa­cile, car j’avais dé­jà une bonne connais­sance du Ja­pon. Mais je ne connais­sais rien du tout aux Pays-bas. Je ne sa­vais même pas ce que je ne sa­vais pas! », dit-il en écla­tant de rire. Par une sé­rie de ren­contres, il a ren­con­tré un his­to­rien néer­lan­dais de l’uni­ver­si­té de Leyde, qui l’a in­tro­duit aux re­gistres du chef des com­mer­çants des postes de traite en Asie.

Ja­cob de Zoet, le hé­ros, est ins­pi­ré d’un livre trans­mis de gé­né­ra­tion en gé­né­ra­tion dans la fa­mille de Hen­drik Doeff, qui était le chef de De­ji­ma pen­dant l’ère na­po­léo­nienne. « J’y ai trou­vé beau­coup de faits que je pou­vais uti­li­ser dans la fic­tion. »

AM­BIANCE

Le style re­mar­quable de Da­vid Mit­chell se ca­rac­té­rise par la pré­sence de dia­logues vifs, très réa­listes, en­tre­cou­pés d’im­pres­sions dé­fi­nis­sant l’at­mo­sphère par des images d’une fi­nesse et d’une jus­tesse ex­tra­or­di­naire. L’au­teur s’est d’ailleurs im­pré­gné de la ma­gie des hai­kus, ces courts poèmes ja­po­nais, pour créer la fa­bu­leuse am­biance de son ré­cit.

« Écrire est ma drogue. Même si j’aime ce que j’écris, ça ne veut pas dire que les autres vont l’ai­mer! », com­mente-t-il. Comme il a mis quatre ans à écrire Les mille au­tomnes, écrire est pour lui un acte de foi.

Les mille au­tomnes de Ja­cob de Zoet, de Da­vid Mit­chell, aux Édi­tions Al­to, se­ra en li­brai­rie dès le 31 jan­vier.

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