RAY MAN­ZA­REK SE SOU­VIENT

« Nous ne nous sommes pas dou­tés que ce se­rait notre der­nier al­bum »

Le Journal de Quebec - Weekend - - MUSIQUE - Cédric Bé­lan­ger CE­DRIC.BELANGER@JOURNALDEQUEBEC.COM

Consi­dé­ré par de nom­breux cri­tiques comme le chefd’oeuvre des Doors, l’al­bum L. A. Wo­man fête son 40e an­ni­ver­saire avec les artifices ha­bi­tuels de l’in­dus­trie

mu­si­cale : ré­édi­tion de l’al­bum, DVD, chan­son in­édite. Vec­teur des clas­siques L. A. Wo­man, Ri­ders on the Storm et Love Her Mad­ly, ce sixième opus du groupe ca­li­for­nien s’est aus­si, et mal­heu­reu­se­ment, avé­ré le der­nier pro­jet des Doors avec Jim Mor­ri­son.

« En l’en­re­gis­trant, ja­mais nous ne nous sommes dou­tés que ce se­rait notre der­nier al­bum. Nous ne sa­vions même pas que Jim pla­ni­fiait de par­tir pour Pa­ris. »

Le cla­vié­riste Ray Man­za­rek de­meure un in­ter­lo­cu­teur pas­sion­nant quand vient le temps de se re­mé­mo­rer la for­mi­dable épo­pée des my­thiques Doors. Dans un en­tre­tien ré­cent avec Le Jour­nal de

Qué­bec, le co­fon­da­teur du groupe est re­ve­nu sur l’en­re­gis­tre­ment de L. A.

Wo­man, ses der­niers mo­ments avec son ami Jim Mor­ri­son, dé­cé­dé quatre mois après son dé­part pour Pa­ris, en 1971, et l’im­pact que la mu­sique du groupe a en­core en 2012.

Q quels sou­ve­nirs gar­dez­vous de l’en­re­gis­tre­ment de L. A. Wo­man, qui a été bou­clé en 10 jours en dé­cembre 1970 et jan­vier 1971? R Ce fut très ra­pide, en ef­fet. Nous l’avons en­re­gis­tré au Doors Work­shop, notre stu­dio d’en­re­gis­tre­ment si­tué à l’angle de La Cie­ne­ga et du bou­le­vard San­ta Mo­ni­ca, à West Hol­ly­wood. Les bu­reaux de notre la­bel Elek­tra étaient si­tués de l’autre cô­té, où il y avait un gros pia­no droit Ya­ma­ha. Nous, les gars des Doors, l’avons rou­lé jus­qu’à nos stu­dios, de l’autre cô­té de la rue, en ar­rê­tant la cir­cu­la­tion. Nous avions eu l’aide de quelques poids lourds à gros muscles et je m’oc­cu­pais de di­ri­ger la cir- cu­la­tion. Nous avions aus­si dé­mé­na­gé la console que nous avions uti­li­sée pour nos deux pre­miers al­bums, à Sun­set Sound. Nous avons mis le pia­no au rez-de-chaus­sée et la console à l’étage. Jim chan­tait dans la salle de bain, pour l’iso­la­tion. Il était donc le vo­ca­liste de la salle de bain (rires).

Q d’où vient la chan­son in­édite She Smells So Nice, l’in­édite qui se re­trouve sur l’édi­tion 40e an­ni­ver­saire de l’al­bum? R Nous avions com­plè­te­ment ou­blié que nous avions en­re­gis­tré cette chan­son. Per­sonne ne sa­vait qu’elle exis­tait. Après tout, ça fait plus de 40 ans. Bruce (Bot­nick, le pro­duc­teur) l’a en­ten­due en ré­écou­tant toutes les bandes et nous a dit de tous ve­nir au stu­dio pour en­tendre ce tré­sor en­foui. Ce fut une sur­prise to­tale pour nous tous.

Q existe-t-il d’autres tré­sors en­fouis? R Je ne vous le di­rai pas. Ce se­ra une sur­prise. Un mys­tère.

Q croyez- vous que L. A. Wo­man est le meilleur al­bum des Doors, comme plu­sieurs le sou­tiennent? R Non. Mon fa­vo­ri est Strange Days. C’est ce­lui que j’ai eu le plus de plai­sir à faire. Nous avions ap­pris à ma­ni­pu­ler un stu­dio d’en­re­gis­tre­ment. On avait fait plein de trucs com­plè­te­ment fous. Jim hur­lait ses pa­roles tan­dis que le groupe créait des sons de chaos et de désordre. Nous avions un son in­croyable. Tech­ni­que­ment, c’est mon al­bum fa­vo­ri.

Qquand

avez-vous vu Jim pour la der­nière fois?

R Nous en étions au mixage de L. A.

Wo­man et tout al­lait comme sur des rou­lettes. La voix de Jim était un peu rauque, mais il avait don­né tout ce qu’il pou­vait. Puis, il nous a dit qu’il avait une an­nonce à nous faire. Il s’en al­lait à Pa­ris dans les jours sui­vants. Mais, voyons, lui a-t-on dit, nous n’avons pas fi­ni l’al­bum! Il nous a dit qu’on se dé­brouillait très bien et il a quit­té. Je ne l’ai plus ja­mais re­vu. J’étais content de le voir par­tir pour Pa­ris. De grands poètes et écri­vains amé­ri­cains y sont al­lés, He­ming­way et Fitz­ge­rald. Il avait be­soin d’une pause du groupe et de ses com­pa­gnons de beu­ve­rie. Je lui ai dit : « Vas-y et écris des poèmes. Re­tourne à l’écri­ture et re­de­viens un poète plu­tôt qu’une personnalité. Sois Jim Mor­ri­son, non plus le “Roi Lé­zard”. » Qest-

ce qu’il vous manque?

R Oh, oui! Je fais le même rêve tous les six mois. Jim re­vient. John, Rob­by et moi sommes dans notre stu­dio en train de ré­pé­ter. La porte cou­lis­sante s’ouvre et ar­rive Jim Mor­ri­son avec son ca­hier de notes. On lui de­mande comment il va et il ré­pond: « Je vais bien et j’ai de nou­velles chan­sons. » Nous di­sons tous: « Très bien, met­tons-nous au tra­vail. » Et c’est tout. Le rêve est ter­mi­né, je me ré­veille. Je n’ai ja­mais en­ten­du les nou­velles chan­sons. Si ça avait été le cas, nous en au­rions fait un nou­vel al­bum. Dans mon rêve, il est en san­té, comme s’il re­ve­nait après un an d’exil à Pa­ris. Comme ce­la au­rait dû se pas­ser.

QOÙ

si­tuez-vous les Doors par­mi les grandes for­ma­tions mu­si­cales des an­nées 60 ?

R Dans le top 2 avec les Beatles. Je ne suis pas un grand fan des Beach Boys, bien qu’ils soient brillants. Ces har­mo­nies sont gé­niales. Mais ça fait trop

surf shop ca­li­for­nien pour moi. Pas mon genre de mu­sique.

Qcomment

ex­pli­quez-vous que la mu­sique des Doors tra­verse les gé­né­ra­tions et soit tou­jours po­pu­laire en 2012?

R Parce que le groupe sym­bo­lise la li­ber­té pour les jeunes. Les Doors sont pas­sés de l’autre cô­té. Et les jeunes ont dé­ce­lé une re­cherche de li­ber­té dans ce groupe. Ils ont be­soin de leur propre li­ber­té et ils la trouvent dans les Doors. Je suis très heu­reux que nous ayons créé un art que les gens ap­pré­cient en­core.

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