Le chant du cygne

MON­TRÉAL | Ber­nard Dan­se­reau et An­nie Pié­rard, au­teurs et créa­teurs de la sé­rie ju­di­ciaire Toute la vé­ri­té, savent bien s’en­tou­rer. Une conver­sa­tion avec les trois avo­catss­cé­na­ristes qui les en­tourent n’est pas ba­nale. Bien­ve­nue dans l’uni­vers de ces verb

Le Journal de Quebec - Weekend - - TÉLÉVISION - Em­ma­nuelle Plante Col­la­bo­ra­tion spéciale

MON­TRÉAL | En 2010, Roy Du­puis si­gnait son grand re­tour au pe­tit écran dans Les res­ca­pés, une sé­rie mê­lant fan­tas­tique, sus­pense et co­mé­die. En 2012, le co­mé­dien ré­vèle que l’oeuvre de Fré­dé­ric Ouel­let pour­rait aus­si mar­quer son chant du cygne té­lé­vi­suel. « Les sé­ries té­lé de­mandent beau­coup plus d’ef­forts parce qu’on les tourne beau­coup plus vite qu’avant, ob­serve-t-il. C’est quelque chose qui m’a frap­pé quand j’ai re­noué avec le mi­lieu il y a deux ans. » De son propre aveu, Roy Du­puis re­fu­se­rait de s’em­bar­quer dans une aven­ture sem­blable si on lui en fai­sait l’offre. Il tient tou­te­fois à ho­no­rer son contrat avec les pro­duc­teurs des Res­ca­pés si Ra­dio-ca­na­da leur com­man­dait une troi­sième sai­son d’ici la fin de l’an­née. « J’aime ce que je fais, j’aime la gang et j’ai en­vie d’al­ler au bout de cette his­toire-là. Mais après ça, fi­ni. »

AU MAS­CU­LIN

Dans la deuxième sai­son des Res­ca

pés, Roy Du­puis re­prend son per­son­nage de Gé­rald Boi­vin, cet ins­pec­teur de po­lice et père de fa­mille de 1964, pa­ra­chu­té en 2010. Le co­mé­dien de 48 ans dé­crit son al­ter ego comme un « homme très mas­cu­lin ». « Je me suis beau­coup ins­pi­ré de mon père pour com­po­ser le per­son­nage, in­dique-t-il. Dans ce temps-là, les gars étaient plus gars. Ils n’avaient pas peur d’af­fir­mer leur mas­cu­li­ni­té. Ils pre­naient de la place. C’était l’époque où les hommes ren­traient à la mai­son, s’as­soyaient sur le so­fa, sor­taient leur jour­nal, pis leur bière ar­ri­vait toute seule ! Per­sonne ne po­sait de ques­tions. Ils l’ont eu plus fa­cile que nous autres. »

Quand on lui men­tionne les cri­tiques des Res­ca­pés, qui re­pro­chaient à la sé­rie sa trop grande com­plexi­té, Roy Du­puis s’em­balle. « Tu ne peux pas tex­ter pen­dant un épi­sode. Tu dois être at­ten­tif, dit-il. Mais il ne faut pas cher­cher à tout com­prendre non plus, parce qu’il y a en­core plein de mys­tères qui n’ont pas été ré­so­lus. On a ou­vert plu­sieurs portes dans la pre­mière sai­son. Cette an­née, on com­mence à ex­pli­quer cer­taines choses… »

AU CI­NÉ­MA

En mai pro­chain, Roy Du­puis tour­ne­ra aux cô­tés de Fan­ny Mal­lette, Sa­mian et Ro­ger Lé­ger dans Roche-pa

pier-ci­seaux, le pre­mier long mé­trage de Yan La­nouette-tur­geon. Le film bros­se­ra le por­trait d’un jeune Amé­rin­dien qui quitte son vil­lage pour s’ins­tal­ler à Mon­tréal.

« Mais avant ça, je pars deux mois en Inde », in­dique l’ama­teur de voyages.

Quant à Ada, ce pro­jet de film avec Coeur de pi­rate, Roy Du­puis n’en a pas eu d’échos de­puis plu­sieurs mois. « Le pro­jet n’est sû­re­ment pas mort, mais ça fait un pe­tit bout que j’en ai eu des nou­velles. »

La nou­velle of­frande de Pierre Ma­gny ra­conte l’his­toire d’une jeune Mont­réa­laise de 18 ans (Coeur de pi­rate) qui part à l’aven­ture en Afrique pour re­trou­ver son père pa­léon­to­logue qu’elle n’a ja­mais connu. Roy Du­puis tien­dra aus­si l’af­fiche de

Cya­nure, un drame de Sé­ve­rine Cor­na­mu­saz dont le tour­nage s’est ter­mi­né le 16 dé­cembre der­nier. Cette co­pro­duc­tion Suisse-ca­na­da re­late le par­cours d’achille (Alexandre Etz­lin­ger), un jeune gar­çon de 13 ans qui at­tend la sor­tie de pri­son de son père. « C’est un film qui brise le mythe du gang­ster amé­ri­cain », ex­plique l’ac­teur.

« Le pu­blic est plus exi­geant en­vers les pro­cu­reurs de la Cou­ronne parce qu’ils re­pré­sentent la so­cié­té, avance Jacques Dia­mant, scé­na­riste et pro­cu­reur tou­jours ac­tif. La dé­fense a le man­dat de son client, mais la so­cié­té compte sur la Cou­ronne comme maillon cen­tral de notre sys­tème de jus­tice. » D’où l’in­té­rêt de po­ser notre re­gard chaque se­maine sur les faits et gestes des Bri­gitte (Hé­lène Florent), Do­mi­nique (Maude Guérin), Maxime (Émile Proulx-clou­tier), Syl­vain (Éric Bru­neau) et autres. Dans un monde où les mal­heurs des uns font la une des jour­naux, où les in­ci­dents pul­lulent et où les grands pro­cès font beau­coup ja­ser, il est d’au­tant plus fas­ci­nant d’en connaître les rouages. « Les gens ne re­gardent plus les jour­naux de la même fa­çon, confirme Guylaine Ba­chand, scé­na­riste et avo­cate en droit des mé­dias. Dans Toute la vé­ri­té, on com­prend le tra­vail, que la ma­tière est dé­li­cate. » Une ma­tière pre­mière ins­pi­rée une ac­tua­li­té nour­ris­sante. « Le su­jet est in­ta­ris­sable, note Jacques Dia­mant. On pour­rait écrire Toute la vé­ri­té pen­dant en­core 17 ans ! »

PLAI­DER POUR SA CAUSE

Pre­mière étape de créa­tion, les ren­contres de brains­to dans les­quelles chaque au­teur doit dé­battre de la cause qu’il sou­haite dé­ve­lop­per. « On ar­rive avec des sug­ges­tions, ex­plique Jacques Dia­mant. On se de­mande quel est l’in­té­rêt, le chal­lenge pour gar­der le spec­ta­teur. An­nie et Ber­nard ne laissent rien au ha­sard. Il faut trou­ver des causes qui vont sus­ci­ter des dis­cus­sions dans les sa­lons, les cor­ri­dors. Par exemple, l’eu­tha­na­sie, des gens sont pour, d’autres contre. C’est pas simple. On ne pour­rait pas faire une sé­rie avec seule­ment des vols de banque. »

« On sou­met sou­vent deux ou trois causes avec des éner­gies dif­fé­rentes, pour­suit Guylaine Ba­chand. Évi­dem­ment, on dé­ve­loppe nos idées, mais il faut aus­si les sim­pli­fier. Quand j’écris une plai­doi­rie pour Éric Bru­neau, par exemple, c’est 7-8 lignes alors que dans la vraie vie, ça peut du­rer deux jours. »

« Chaque fois qu’on traite d’un su­jet, il doit être lim­pide, ren­ché­rit Pa­trick Lowe, scé­na­riste et ex-pro­cu­reur de la Cou­ronne. Les no­tions sont com­plexes et doivent être com­prises. J’ai tou­jours la ju­ris­pru­dence ou­verte sur mon or­di­na­teur et je pense tou­jours au té­lé­spec­ta­teur type, ma mère. »

LA RÉA­LI­TÉ DÉ­PASSE LA FIC­TION

Pas be­soin de cher­cher bien loin pour trou­ver l’élé­ment dé­clen­cheur des causes abor­dées. L’ac­tua­li­té en dé­borde. Ré­cem­ment, plu­sieurs pro­cès ont sus­ci­té l’ar­deur de la po­pu­la­tion. On n’a qu’à pen­ser aux af­faires Tur­cotte ou Sha­fia. « L’af­faire Tur­cotte a sus­ci­té la sur­prise et a heur­té la po­pu­la­tion. On n’au­ra ja­mais abor­dé un tel su­jet et y don­ner cette fi­na­li­té. Il ar­rive sou­vent que la réa­li­té dé­passe la fic­tion, note Pa­trick Lowe. Je me sou­viens d’avoir écrit sur un en­fant kid­nap­pé dans une voi­ture, ra­conte Guylaine Ba­chand. J’avais lu l’his­toire d’une jeune fille en Eu­rope qui vi­vait sé­ques­trée et qui n’ar­ri­vait pas à ré­in­té­grer la vie nor­male avec sa fa­mille une fois re­trou­vée. L’in­té­rêt est de com­prendre ces com­por­te­ments. Il y a un in­té­rêt dra­ma­ti­que­ment in­té­res­sant pour la té­lé­vi­sion à ex­plo­rer la co­lère d’un ex-ven­deur qui entre dans son com­merce et tire sur des in­con­nus, ex­plique Jacques Dia­mant. » Un cas qui s’ap­pa­rente à l’af­faire Fa­bri­kant. Mais tous s’en­tendent, au­cun cas n’est re­pro­duit. L’écri­ture d’une cause de­mande beau­coup de re­cherche. L’his­toire de la conta­mi­na­tion au si­da, par exemple, a né­ces­si­té la lec­ture de plus de 80 cas au Ca­na­da avant de pondre la cause dé­bat­tue en ondes.

Et des col­lègues de tra­vail sont-ils dé­peints dans cer­tains épi­sodes ? « L’at­ti­tude de cer­tains juges, oui, avoue Jacques Dia­mant. Il faut don­ner une cou­leur aux juges, ajoute Pa­trick Lowe. Il n’y a pas qu’une seule fa­çon de ju­ger. Le ton peut être jo­vial, d’autres ont mau­vais ca­rac­tère. Des types qu’on a pu voir. »

SCÉ­NA­RISTE ET CONSEILLERS

Afin de s’as­su­rer de la vé­ra­ci­té des propos ex­po­sés dans cha­cune des causes, les au­teurs font ap­pel à une banque de col­lègues spé­cia­li­sés dans chaque do­maine de la jus­tice. Sur le pla­teau de Toute la vé­ri

té, un des scé­na­riste-avo­cat est sou­vent de garde, ques­tion de ré­pondre aux in­ter­ro­ga­tions des co­mé­diens. « Je suis agréa­ble­ment sur­prise des ques­tions des ac­teurs, avoue Guylaine Ba­chand. Ils ont le sou­ci du réa­lisme, de faire pas­ser des émo­tions vraies. Il faut en­ca­drer d’une cer­taine fa­çon les per­son­nages épi­so­diques aus­si, et les juges. Il y a tout un pro­to­cole à res­pec­ter, quand se le­ver, quel vo­ca­bu­laire uti­li­ser. C’est très for-

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