La double vie de Ch­ris Rock

Au té­lé­phone, Ch­ris Rock éla­bo­rait mé­ca­ni­que­ment sur son zèbre in­té­rieur, mis de nou­veau en scène dans Ma­da­gas­car 3 — Bons bai­sers d’eu­rope, lors­qu’il s’est ar­rê­té brus­que­ment pour dire : « Wow! Je crois que John Ed­wards vient de s’en sor­tir! »

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Jim Slo­tek Agence QMI

Vous dites? « Je n’en­tends pas le son, mais il est de­bout, sou­riant, dans les marches du pa­lais de justice. Per­sonne ne l’em­mène, les me­nottes aux poi­gnets, ce qui si­gni­fie qu’ils doivent l’avoir dé­cla­ré non cou­pable! »

« Que di­sions-nous? Ah oui, mon zèbre in­té­rieur… »

La voix de Ch­ris Rock s’élève per­cep­ti­ble­ment lorsque la réa­li­té ab­surde des adultes fait ir­rup­tion, par le biais de CNN, dans l’uni­vers de la pro­mo­tion d’un film d’ani­ma­tion pour en­fants. L’ac­quit­te­ment d’Ed­wards, ac­cu­sé d’avoir dé­tour­né des fonds de sa cam­pagne élec­to­rale à des fins… adul­tères, est le genre de choses que Rock in­té­gre­rait à un nu­mé­ro d’hu­mo­riste sur scène, bien as­sai­son­né de mots de quatre lettres.

VÉ­RI­TÉS IN­TER­DITES

Ce­la illustre par­fai­te­ment la double vie que mène Ch­ris Rock. Il est per­çu comme un des ob­ser­va­teurs les plus tran­chants dans le do­maine du stand-up, s’at­ta­quant de ma­nière in­ci­sive et ou­tran­cière (bruyante, éga­le­ment) aux vé­ri­tés in­ter­dites su les Noirs contre les Noirs, le ra­cisme ins­ti­tu­tion­na­li­sé, et même les tue­ries (sur Co­lum­bine : « Ces jeunes Blancs fous me ter­ro­risent! »).

Au grand écran, il est beau­coup plus ac­ces­sible et moins acerbe. Il ad­met que ses filles, main­te­nant âgées de huit et de dix ans, ont pu voir la plu­part de ses films sans ré­serve.

« Ils ont vu Grandes per­sonnes, Os­mo­sis Jones et Dr. Do­lit­tle. Je suis un ham­ster, dans ce­lui-là. Ils ont vu une par­tie de Good Hair (le do­cu­men­taire qu’il a fait sur l’ob­ses­sion mul­ti­mil­liar­daire des femmes noires pour les che­veux lisses). »

Rock ex­plique que la prin­ci­pale dis­tinc­tion entre son tra­vail sur scène et ses films en est une de contrôle.

« Le stand-up se fait en so­lo. Dans les films, je vais où sont les rôles. Je suis le gars qui a par­lé, sur scène, de vou­loir s’as­su­rer que sa fille ne fi­nisse pas comme dan­seuse sur un po­teau. Je ne suis pas cer­tain que les stu­dios lais­se­raient pas­ser un tel ma­té­riel. Quel­qu’un di­rait im­man­qua­ble­ment : “Croyez­vous qu’il soit ap­pro­prié de men­tion­ner que sa fille se­ra peut-être une ef­feuilleuse?” Non seule­ment cette phrase ne pas­se­rait pas, mais elle vous em­pê­che­rait éga­le­ment de dire les deux sui­vantes qui vous vien­draient à l’es­prit. »

Donc, il fait des films pour en­fants. Il y a pire em­ploi, dans la vie, que ce­lui de prê­ter sa voix à Mar­ty le zèbre, dans Ma­da­gas­car 3. Il est réuni, dans un cirque am­bu­lant, à ses amis Alex le lion, Mel­man la gi­rafe et Glo­ria l’hip­po­po­tame, dont les voix sont celles, res­pec­ti­ve­ment, de Ben Stiller, Da­vid Sch­wim­mer et Ja­da Pin­kett Smith.

Le mé­tier com­porte des avan­tages. « Ce que j’aime le plus, en ani­ma­tion, c’est qu’ils vous de­mandent d’en beur­rer épais. “Jouez vrai­ment gros et nous vous le di­rons, lors­qu’il y au­ra une scène dra­ma­tique.” Ils ont une his­toire, mais ils veulent que vous vous lais­siez al­ler de­dans. »

« UNE FORME D’ART »

Et le ré­sul­tat ne cesse de l’épa­ter. « C’est vé­ri­ta­ble­ment une forme d’art, a dit Rock. Ce­lui-ci a des airs de Sal­va­dor Da­li, de Da­vid La­Cha­pelle et de Baz Luhr­mann. La sen­sa­tion est bien meilleure qu’avec les autres. Bien sûr, j’ai ado­ré les autres. Mais l’al­lure de ce­lui-ci le dis­tingue avan­ta­geu­se­ment des pre­miers films. »

Com­ment a-t-il abou­ti dans le rôle du zèbre? « Vous de­vez de­man­der ça à Jeffrey Kat­zen­berg (le pa­tron de l’ani­ma­tion chez Dreamworks). Ils m’ont ap­pe­lé, nous nous sommes ren­con­trés, ils m’ont mon­tré les des­sins. Vous sa­vez, j’avais vu Sh­rek et je ne suis pas fou. J’ai dit, très bien. Si Ed­die (Mur­phy, le men­tor de Rock) peut in­car­ner un âne, je peux bien jouer un zèbre. »

Rock tourne ac­tuel­le­ment la suite de Grandes per­sonnes, dans un lieu de vil­lé­gia­ture près de Bos­ton, avec Adam Sand­ler, Ke­vin James et le reste de la dis­tri­bu­tion ori­gi­nale, à l’ex­cep­tion de Rob Sch­nei­der. Il au­rait eu une meilleure offre et se se­rait dé­sis­té. Al­lez com­prendre.

DO­CU­MEN­TAIRE SUR LE CRÉ­DIT

Entre-temps, Rock pré­pare un autre do­cu­men­taire in­ti­tu­lé Cre­dit Is The De­vil. Après le stand-up, dit-il, les do­cu­men­taires sont le cré­neau qui lui per­met d’avoir le plus de contrôle, sur le plan créa­tif. « Lors des tour­nages de do­cu­men­taires, il n’y a per­sonne pour vous em­bê­ter. HBO a payé pour Good Hair­met ab­so­lu­ment per­sonne ne s’en est mê­lé, du­rant tout le pro­ces­sus. »

Cre­dit Is The De­vil re­grou­pe­ra des his­toires in­ci­tant à la pru­dence, sur des gens qui ont été rui­nés par le cré­dit. « Je me rap­pelle avoir dis­cu­té avec Mi­chael Moore de son der­nier film sur la faune cu­pide de Wall Street. Et je lui ai dit : “Tu as tort, tu sais. Nous sommes tous cu­pides. Les gens sont cu­pides. On pour­rait rem­pla­cer tous ces types de Wall Street par des gens de la rue et la même chose se pro­dui­rait.” »

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