COL­LÉS À L’AC­TUA­LI­TÉ

Le Journal de Quebec - Weekend - - MUSIQUE -

Fi­dèles à leurs bonnes vieilles ha­bi­tudes, les membres de Lo­co Lo­cass ex­priment leurs convic­tions po­li­tiques haut et fort sur leur nou­vel al­bum. Le Qué­bec est mort, vive le Qué­bec! re­gorge de titres col­lés à l’ac­tua­li­té, à com­men­cer par [wi], un vé­ri­table hymne au prin­temps érable.

Sur Oc­cu­pa­tion double, le trio s’at­taque à l’an­gli­ci­sa­tion de Mon­tréal. Écrite il y a deux ans, la pièce parle d’une mé­tro­pole « en guerre », où « chaque rue est une tran­chée ». Des pa­roles qui ré­sonnent d’au­tant plus de­puis l’éclo­sion du mou­ve­ment étu­diant sur la hausse des frais de sco­la­ri­té. « Au­jourd’hui, la té­lé nous montre des images d’af­fron­te­ments entre les forces de l’ordre et les ma­ni­fes­tants. Mon­tréal est lit­té­ra­le­ment en guerre », sou­ligne Bat­lam.

Le rap­peur croit tou­te­fois que le conflit entre les étu­diants et le gou­ver­ne­ment Cha­rest au­ra des ré­per­cus­sions po­si­tives sur la place du fran­çais dans la Belle Pro­vince.

« Au Qué­bec, le fran­çais n’est ja­mais aus­si vi­vant que lors­qu’il lutte pour sa sur­vie. De­puis le dé­clen­che­ment de la grève, Mon­tréal est plus fran­co­phone que ja­mais. La créa­ti­vi­té des slo­gans, l’élo­quence des lea­ders étu­diants… C’est le dé­but de quelque chose.

UN QUÉ­BEC MÉ­TIS­SÉ

La for­ma­tion traite aus­si d’im­mi­gra­tion sur

Le mé­moire de Lo­co Lo­cass, qui s’ouvre sur un ex­trait de la Com­mis­sion Bou­chard-Tay­lor.

« Notre Qué­bec est mé­tis­sé de­puis le dé­but. Ce n’est pas nou­veau », dit Cha­fiik.

« Se dé­ra­ci­ner de son pays, c’est dif­fi­cile, pour­suit Biz. Si on me de­man­dait de par­tir de mon beau Qué­bec pour m’exi­ler à l’autre bout du monde, je ne sais pas ce que je fe­rais. Quand j’en­tends le monde cri­ti­quer les im­mi­grants parce qu’ils res­tent chez eux avec des an­tennes pa­ra­bo­liques, j’ai en­vie de leur dire: “Peut-être que tu fe­rais la même af­faire. Peut-être que tu te fe­rais ve­nir du fro­mage en grains si on t’obli­geait à quit­ter le Qué­bec!”»

UN MES­SAGE QUI PREND DE LA PLACE

On re­proche à cer­tains ar­tistes de mi­ser sur leur look ex­tra­va­gant ou leur vie pri­vée crous­tillante pour vendre des disques. La mu­sique ne de­vient alors qu’un ac­ces­soire.

Quand on leur de­mande s’ils craignent que leur en­ga­ge­ment politique ne prenne le des­sus sur leurs chan­sons, les membres de Lo­co Lo­cass hé­sitent. Biz, Bat­lam et Cha­fiik re­doutent-ils le jour où le pu­blic se pré­oc­cu- pera da­van­tage de leurs po­si­tions sur tel dos­sier que de leur der­nier CD ?

Biz ad­met que le mes­sage vé­hi­cu­lé par le groupe fait par­fois om­brage aux mor­ceaux qu’il chante. « De­puis le dé­but, on parle sur­tout des textes de Lo­co Lo­cass. Il fau­drait que les gens portent da­van­tage at­ten­tion à la mu­sique… sur­tout sur [ Le Qué­bec est mort,

vive le Qué­bec]. Cha­fiik a fait un ex­cellent tra­vail de com­po­si­tion et d’ar­ran­ge­ments. »

Ce der­nier ne s’em­bar­rasse pas de toutes ces consi­dé­ra­tions. « J’aime mieux que les gens mettent l’em­phase sur notre pro­pos. Je pour­rais me pas­ser des : “Wow, les gars ! Bon p’tit beat sur votre der­nière toune !” Pour nous, la mu­sique est le vé­hi­cule d’un mes­sage qu’on veut faire en­tendre au plus grand nombre d’oreilles pos­sible. »

« On aime par­ler de sou­ve­rai­ne­té et les gens pensent sou­vent que c’est un vieux truc, un re­tour en arrière, une ré­gres­sion. C’est pour ça que, dans nos chan­sons, il y a tou­jours un cô­té mo­derne et mé­tis­sé… On veut que les gens qui écoutent nos tounes as­so­cient le dis­cours en­tou­rant l’in­dé­pen­dance à quelque chose de frais, de nou­veau. »

Marc-an­dré Le­mieux

MARC-ANDRE.LE­MIEUX@QUE­BE­COR­ME­DIA.COM

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