Béa­trice sur…

Le Journal de Quebec - Weekend - - COEUR DE PIRATE -

SES SPEC­TACLES DE­VANT UN PU­BLIC AN­GLO­PHONE

« Ce que j’ai trou­vé fou, c’est que les gens viennent me voir aux États-Unis, ou dans le Ca­na­da an­glais, et ils veulent m’en­tendre chan­ter en fran­çais. Ils ne veulent pas me voir faire des co­vers en an­glais. [...] C’est sûr que quand tu chantes en fran­çais, t’es li­mi­té, d’une cer­taine fa­çon. Mais là-bas, on m’a dit que ma mu­sique ne s’ar­rê­tait pas juste aux pa­roles. Ça va avec tout le pa­ckage, que ce soit la voix, la pro­duc­tion, les élé­ments mu­si­caux. »

SON AS­CEN­SION RA­PIDE

« Ça s’est pas­sé ra­pi­de­ment, mais gra­duel­le­ment, quand même. Quand j’ai sor­ti mon deuxième al­bum, ça s’est en­core bien pas­sé alors que ça au­rait pu être l’in­verse. Pour le pre­mier al­bum, je ne pas­sais pas à la ra­dio, au Qué­bec. Les gens ont com­men­cé à me connaître vrai­ment plus après que ce soit ar­ri­vé [le prix Vic­toire pour la chan­son de l’an­née, avec Com

me des en­fants, en France]. En France, ça pas­sait beau­coup à la ra­dio, mais pas ici, car ce n’était

pas un stan­dard ra­dio. »

LES QUATRE DER­NIÈRES AN­NÉES

PORT­LAND, ORE­GON

« C’est ma­lade comme ville. C’est un peu comme Mon­tréal, mais sur la côte Ouest. On di­rait que tout le monde est mixo­lo­gist là-bas, ils mé­langent les drinks. Ils font leur propre yo­gourt dans les res­tau­rants. C’est vrai­ment in­tense, tout est bio­lo­gique. Au ni­veau mu­si­cal, El­liott Smith, Brian Jo­nes­town Mas­sacre et Beth Dit­to, de Gos­sip, ont dé­jà ha­bi­té là. »

« J’ai 22 ans, je suis jeune. Je suis ex­trê­me­ment re­con­nais­sante, car je dois beau­coup à mon pu­blic. C’est un peu niai­seux de dire ça, mais je les aime vrai­ment. Si ce n’était pas grâce à eux, je ne sais pas si j’en sor­ti­rais, des disques. Les chan­sons, je les ai écrites à la base pour moi, pour es­sayer de pas­ser à tra­vers cer­taines choses. C’est ma thé­ra­pie per­son­nelle. Ce n’était pas mon but d’être connue dans la vie, de ve­nir une chan­teuse et une mu­si­cienne accomplie. »

LA MAI­SON SYM­PHO­NIQUE

L’IN­TER­NET ET LE PI­RA­TAGE

« C’est sûr que le pi­ra­tage me touche. Je me dis que si j’avais sor­ti mon al­bum il y a dix ans, le pi­ra­tage m’au­rait sû­re­ment moins tou­chée. D’un autre cô­té, peut-être que le pro­jet au­rait moins po­gné. Coeur de pi­rate est ar­ri­vé à un bon mo­ment. J’étais au bon mo­ment, à la bonne place. C’est grâce à In­ter­net que je fais plein de shows, c’est pour ça que les gens ailleurs connaissent la mu­sique. Je me suis re­trou­vée sur tel­le­ment de blogues, ç’a ai­dé. Si­non, les gens ne se­raient pas al­lés comme ça au HMV. »

LE CENTRE BELL

LE SAS­QUATCH FES­TI­VAL

« C’est dans l’État de Washington. C’est comme un canyon qui res­semble au dé­sert amé­ri­cain. C’est un fes­ti­val de fou. Tout le monde était là, que ce soit Beck, Jack White et The Ci­vil Wars. C’est su­per in­die. Il y avait plein de scènes. J’ai joué de­vant 300 per­sonnes pen­dant qu’un gros groupe jouait ailleurs en même temps. J’étais contente. »

« Ce n’est pas mon rêve d’y jouer. C’est sûr que si un jour, je me rends là et que j’ai un al­bum qui fait du sens, on ne sait ja­mais. Mais je ne fais pas as­sez “stade”. J’ai joué au Zé­nith de Pa­ris de­vant 5 000 per­sonnes et c’était ma li­mite, di­sons. C’était beau­coup pour moi. Il faut vrai­ment que tu livres quelque chose de puis­sant quand tu fais des shows de même. Ça de­mande beau­coup d’éner­gie, mais on di­rait que ma mu­sique n’est pas faite pour ça. Même que dans le fu­tur, j’ai­me­rais ça me cal­mer da­van­tage. Le deuxième al­bum était vrai­ment po­prock, tan­dis que pour le troi­sième, j’ai­me­rais faire ça plus acous­tique. »

« J’ai­me­rais ça y jouer. Ce se­rait su­per beau. J’es­père un jour que ça va ar­ri­ver. Mais en­core là, il faut que le show soit fait pour ça. Par exemple, le spec­tacle que j’ai fait en fé­vrier au Mé­tro­po­lis, je ne l’au­rais pas vu à la salle Wil­frid-Pel­le­tier. »

SON CÔ­TÉ « FILLE NOR­MALE »

« Je ne tombe pas dans une ca­té­go­rie de chan­teuses hot. Je tombe dans la ca­té­go­rie de filles nor­males qui chantent. Il n’y a ja­mais quel­qu’un qui m’a dit “Yo, Coeur de pi­rate est tel­le­ment hot !”. Per­sonne à part mon chum, haha! Quand on voit Rihanna ou Ka­ty Per­ry, c’est autre chose. »

PLACE DE LA RÉ­PU­BLIQUE

« C’est la pre­mière chan­son que j’ai écrite après la sor­tie du pre­mier disque. C’est donc la plus vieille pièce du deuxième al­bum. C’est celle que j’aime le plus de mes chan­sons. C’est comme mon Hal­le­lu­jah. Au ni­veau des pa­roles et de la mu­sique, c’est celle dont je suis la plus fière. Elle re­pré­sente exac­te­ment les sen­ti­ments du deuxième al­bum, qui sont la peur, la dé­cep­tion et le manque de confiance dans une re­la­tion qui est en train de mou­rir. »

LE PRO­JET AR­MIS­TICE ET CHAN­TER EN AN­GLAIS

« Ar­mis­tice, ç’a du­ré le temps que ç’a du­ré. On n’a rien fait après, seule­ment un show­case à Pa­ris quand c’est sor­ti, mais c’était tout. On n’a pas ame­né ça plus loin. [...] Si je trouve de quoi que j’ai en­vie de faire, que ça prend son sens et qu’il y a des gens qui croient en moi, oui ça me fe­rait plai­sir. J’aime ça écrire et chan­ter en an­glais. Mais Coeur de pi­rate, c’était là avant. C’était su­per im­por­tant et ça l’est en­core. »

LE CONFLIT ÉTU­DIANT ET LES CAS­SE­ROLES

« J’étais en France quand ç’a com­men­cé et je sui­vais les mes­sages sur Twit­ter. C’est as­sez alar­mant quand tu n’es pas là, car tu ne peux pas sa­voir ce qui se passe vrai­ment. On voit des mes­sages de gens qui se sont fait battre ou me­not­ter. C’est un peu la même chose avec les émeutes de Londres. On ne sa­vait plus trop quoi en pen­ser. Ça me dé­passe un peu et ça me fait de la peine. J’ai l’im­pres­sion de ne plus re­con­naître vrai­ment Mon­tréal. J’au­rais ai­mé ma­ni­fes­ter avec les cas­se­roles, mais je suis en­ceinte et j’ai quand même peur. Et mar­cher, mais c’est trop long, trop dur. En plus, je n’ai pas de bal­con, donc il fau­drait que j’aille sur mon toit! »

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