NORCIA, entre le sa­cré et le pro­fane

NORCIA, Om­brie (Italie) | Par la porte mo­nu­men­tale amé­na­gée dans la mu­raille, on entre dans la pe­tite ci­té comme dans un sanc­tuaire. Par­tout, l’am­biance y al­terne entre le sa­cré, avec l’em­preinte de deux saints et le pa­tri­moine re­li­gieux, et le pro­fane, a

Le Journal de Quebec - Weekend - - VACANCES - Paul Si­mier Col­la­bo­ra­tion spé­ciale paul.si­mier@que­be­cor­me­dia.com fa­ce­book.com/ paul­si­mier

Deux saints, des ju­meaux, ont vu le jour à Norcia en l’an 480. Saint Be­noît est le fon­da­teur de l’ordre mo­nas­tique des Bé­né­dic­tins. Sainte Scho­las­tique, elle, est la fon­da­trice d’un ordre si­mi­laire des­ti­né aux femmes.

DEUX SAINTS

Chez nous, des com­mu­nau­tés bé­né­dic­tines, on en compte en­core dans notre en­vi­ron­ne­ment proche.

Les moines bé­né­dic­tins sont te­nus de res­pec­ter quatre règles : la mo­dé­ra­tion dans les usages quo­ti­diens de la nour­ri­ture, de la bois­son et du som­meil ; la gra­vi­té à tra­vers le si­lence ; l’aus­té­ri­té à tra­vers l’éloi­gne­ment du monde et le re­non­ce­ment à la pos­ses­sion ; la dou­ceur à tra­vers la bon­té, l’amour évan­gé­lique, l’hos­pi­ta­li­té en­vers les humbles.

As­treints à la lec­ture et au tra­vail manuel, les moines bé­né­dic­tins se consacrent au ser­vice de Dieu qui culmine dans l’of­fice di­vin.

À Norcia, aux abords de la place San Be­ne­det­to (saint Be­noît) plu­sieurs mo­nu­ments té­moignent de l’hé­ri­tage re­li­gieux du vil­lage. La crypte de l’église San Be­ne­det­to ren­ferme des ves­tiges d’une construc­tion du Ve siècle qui se­rait la mai­son na­tale des deux saints lo­caux.

Norcia, compte te­nu de son his­toire re­li­gieuse, consti­tue une des­ti­na­tion de pè­le­ri­nages chré­tiens que les fi­dèles peuvent fa­ci­le­ment com­bi­ner avec As­sise, ville na­tale de saint Fran­çois, si­tuée non loin de là, éga­le­ment dans la ré­gion de l’Om­brie.

TRUFFES ET PROS­CIUT­TO

Haut lieu de la gas­tro­no­mie ré­gio­nale et même pan-italienne, le vil­lage de Norcia est ré­pu­té en pre­mier lieu pour sa char­cu­te­rie. Elle est pro­duite à base de viande, au goût sans pa­reil, de san­glier sau­vage et de porc nour­ri aux glands de chêne.

Dans la pe­tite ci­té comme ailleurs dans le centre de l’Italie, la bou­tique de char­cu­te­rie se dit nor­ci­ne­ria, comme si ce mé­tier avait été in­ven­té à Norcia. Don­nant sur la place et sur les rues at­te­nantes, de nom­breuses char­cu­te­ries af­fichent leurs spé­cia­li­tés. Des

têtes de san­glier sont ac­cro­chées chaque ma­tin en de­van­ture, tout comme les jam­bons en­tiers et les cha­pe­lets de sau­cis­sons. Ici, les char­cu­tiers sont ap­pe­lés des

nor­ci­ni. Ja­dis, ils voya­geaient même à tra­vers toute l’Italie, entre no­vembre et avril, pour exer­cer leur mé­tier, soit s’adon­ner à la sa­lai­son des jam­bons et à la fa­bri­ca­tion d’autres char­cu­te­ries. Les murs des bou­tiques sont ta­pis­sés de jam­bons secs que l’on peut ache­ter à la pièce ou en tranches. Dès que vous y poin­tez le nez, le char­cu­tier au­ra tôt fait de vous faire goû­ter ses co­chon­nailles. Et il en a tou­jours une autre, dif­fé­rente, à vous faire dé­cou­vrir, quel- le que soit l’heure.

Par­mi les spé­cia­li­tés, il y a aus­si les truffes, les unes noires, les autres blanches. Cer­taines truffes noires sont ré­col­tées l’hi­ver. Elles ont un goût plus af­fir­mé que celles que l’on ré­colte l’été. Ces der­nières, moins goû­teuses, sont aus­si moins chères.

Et puis, il y a les fro­mages de la ré­gion, de lait de vache, et aus­si de lait de bre­bis des pla­teaux. En­fin, dans les spé­cia­li­tés lo­cales fi­gurent les len­tilles de Cas­tel­luc­cio di Norcia, une ap­pel­la­tion contrô­lée.

Don­nant sur la place cen­trale de Norcia, un res­tau­rant pro­pose à son me­nu une sé­rie de plats, tous agré- men­tés de truffes, mais l’éta­blis­se­ment ayant des heures de ser­vice strictes, je n’ai pu m’en dé­lec­ter.

Par contre, au res­tau­rant de l’hô­tel Grot­ta Az­zu­ra, j’ai dé­gus­té un soir un dé­li­cieux plat de pâtes gé­né­reu­se­ment gar­ni de truffes noires dont je garde en­core le goût vo­lup­tueux.

LE PARC DES MONTS SI­BILLI­NI

Le ter­ri­toire mu­ni­ci­pal de Norcia com­prend éga­le­ment le vil­lage de Cas­tel­luc­cio si­tué à une al­ti­tude de 1 452 m dans les monts Si­billi­ni. Les hauts pla­teaux que borde la chaîne des Apen­nins, dont un mont culmine à 2 476 m, sont d’une beau­té à cou­per le souffle.

J’y suis al­lé au prin­temps, il y a quelques an­nées. Les pâ­tu­rages, où règnent les bre­bis, étaient cou­verts de fleurs sau­vages aux nuances in­fi­nies. Consa­cré parc na­tio­nal, ce ter­ri­toire se prête ad­mi­ra­ble­ment aux ran­don­nées dans un dé­cor gran­diose.

La zone du parc na­tu­rel est peu­plée no­tam­ment de loups, de chats sau­vages, de pu­tois, de re­nards, de cha­mois des Abruzzes, de lièvres, d’écu­reuils, de loirs et de san­gliers.

La salle des fêtes de Norcia, au pied des monts Si­billi­ni.

Vil­lage for­ti­fié, Norcia n’est ac­ces­sible que par une porte.

I TA L I E

La place San Be­ne­det­to, au centre de Norcia, en Om­brie.

La fa­çade des com­merces est uti­li­sée pour ex­hi­ber les spé­cia­li­tés. Pros­ciut­to et cha­pe­lets de sau­cisses de Norcia.

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