Une prin­cesse QUI N’A PAS FROID AUX YEUX

Me­ri­da est une prin­cesse écos­saise qui, non seule­ment, est la pre­mière hé­roïne des stu­dios Pixar, mais qui se re­belle contre toute forme d’au­to­ri­té. Que se passe-t-il donc au pays des sor­cières et des ours en­chan­tés?

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Isa­belle Hon­te­bey­rie Agence QMI Re­belle sort au Qué­bec le 22 juin.

Ma ren­contre à To­ron­to avec le réa­li­sa­teur Mark An­drews et la pro­duc­trice Ka­the­rine Sa­ra­fian se dé­roule dans le dé­cor presque mé­dié­val de la Ca­sa Lo­ma, lieu tout in­di­qué pour par­ler d’un conte de fées écos­sais.

C’est à Ka­the­rine Sa­ra­fian que je pose la ques­tion qui me brûle les lèvres de­puis que le pro­jet a été an­non­cé par les stu­dios Pixar, ra­che­tés par Dis­ney en 2006. « Me­ri­da est la pre­mière prin­cesse Pixar. Pour­quoi avoir at­ten­du si long­temps ? » Elle éclate de rire. « Les films d’ani­ma­tion mettent énor­mé­ment de temps à se faire. Le pro­jet avait ini­tia­le­ment été pré­sen­té en... 2007 quand Bren­da Chap­man [NDLR : la cos­cé­na­riste et co­réa­li­sa­trice], qui ve­nait de ter­mi­ner Les ba­gnoles, était ar­ri­vée avec une idée ti­rée de son ex­pé­rience per­son­nelle, sa fille de six ans ayant un fort ca­rac­tère. »

HIS­TOIRE IN­HA­BI­TUELLE

Me­ri­da (voix de Kel­ly McDo­nald en ver­sion ori­gi­nale et de Ma­ri­lou en ver­sion dou­blée au Qué­bec) est une ado­les­cente, fille aî­née d’une noble fa­mille écos­saise, ar­chère re­dou­table. Alors qu’elle ne rêve que de par­cou­rir la lande à che­val, sa mère lui im­pose le­çons de ta­pis­se­rie, de bro­de­rie et de main­tien afin d’en faire une par­faite de­moi­selle. De plus, il est temps pour Me­ri­da de se ma­rier, les fils des chefs de clans s’af­fron­tant lors d’une épreuve d’agilité pour ob­te­nir sa main.

Im­pos­sible de ne pas se dire que cette pré­misse a dû être dif­fi­cile à vendre à un stu­dio qui ve­nait tout juste d’être ra­che­té par Dis­ney, spé­cia­liste, s’il en est, des prin­cesses rê­vant de princes char­mants ve­nus les sau­ver sur leurs fou­gueux des­triers.

« Au contraire, s’est ex­cla­mé Mark An­drews, l’his­toire a tout de suite plu jus­te­ment parce qu’elle est in­ha­bi­tuelle. Les prin­cesses nor­males ? Dis­ney l’a dé­jà fait ! Avec Re­belle, nous avions la chance d’ex­plo­rer une hé­roïne forte. Hors de ques­tion d’en faire une fille qui a be­soin d’un jeune homme pour se réa­li­ser ! En pre­nant cet angle, nous avions ain­si la pos­si­bi­li­té d’in­té­grer des idées ori­gi­nales et peu com­munes. »

Pour Mark An­drews, la clé de Me­ri­da – et son in­té­rêt – est jus­te­ment là : « Elle se dé­couvre elle-même et doit ap­prendre qu’elle n’est pas in­faillible, qu’elle com­met des er­reurs. »

Et ce ne sont pas les gaffes qui manquent. La jeune femme, ré­so­lue à ne pas se re­trou­ver pri­son­nière d’une union im­po­sée, s’adresse à une sor­cière pour qu’elle mo­di­fie son des­tin. Une po­tion ma­gique plus tard, la mère de Me­ri­da (voix d’Em­ma Thomp­son dans la ver­sion ori­gi­nale) est trans­for­mée en ours, une ca­tas­trophe que l’ado­les­cente de­vra ré­pa­rer.

« Avouez que d’avoir une prin­cesse qui manque de sup­pri­mer sa mère et de dé­truire le royaume est au­tre­ment plus ju­teux qu’une ado­les­cente qui at­tend l’homme de sa vie », a lan­cé le réa­li­sa­teur avec un air co­quin.

SI­GNA­TURE DIS­NEY

Le châ­teau, les lé­gendes, la sor­cière, le des­tin, la ba­taille contre soi-même sont au­tant de thèmes qui font, mal­gré l’en­ro­bage plus mo­derne, in­sen­si­ble­ment pen­ser à Dis­ney. Ka­the­rine Sa­ra­fian et Mark An­drews me confirment de ma­nière vé­hé­mente ce que disent tous les res­pon­sables de Pixar : les pontes de chez Dis­ney n’in­ter­viennent ja­mais dans le dé­ve­lop­pe­ment d’un film. Alors, com­ment ex­pli­quer cette res­sem­blance in­dé­niable ?

« Nous avons tous été éle­vés avec des des­sins ani­més de chez Dis­ney, a ré­pon­du Ka­the­rine Sa­ra­fian. Tout ce que nous avons ab­sor­bé dans notre en­fance se re­trouve for­cé­ment à l’âge adulte. En plus, les his­toires de royau­té sont fas­ci­nantes parce que les consé­quences d’er­reurs sont énormes et ca­tas­tro­phiques. »

Mark An­drews a ren­ché­ri. « Les contes de fées des frères Grimm, par exemple, mettent en scène le même type de per­son­nages. Pour­quoi ? Parce que qui est in­té­res­sé par la vie de gens du peuple ? Per­sonne ! »

Que dire des chan­sons ? Il y en a quand même trois dans Re­belle et s’il y a une si­gna­ture Dis­ney, c’est bien celle-là. « John Las­se­ter [NDLR : tête pen­sante chez Pixar, pro­duc­teur du film d’ani­ma­tion et homme der­rière les fran­chises His­toire de jouets et Les

ba­gnoles] adore les chan­sons. Quand on veut gé­né­rer une émo­tion, quoi de mieux que de la mu­sique ? Et moi aus­si je vou­lais que cer­taines choses soient mises en mu­sique afin que le pu­blic puisse se re­con­naître en Me­ri­da. En plus, les pièces mu­si­cales éco­no­misent les dia­logues. »

FOULE DE DÉ­TAILS

À tous ceux qui pensent qu’un film d’ani­ma­tion n’est qu’une agréable si­né­cure, les deux maîtres d’oeuvre de

Re­belle rap­pellent le nombre de dé­tails qui entrent dans la pro­duc­tion d’un long-mé­trage comme ce­lui-ci. Car non seule­ment l’équipe s’est ren­due en Écosse pour ef­fec­tuer des re­cherches his­to­riques – voyage au cours du­quel l’his­toire a consi­dé­ra­ble­ment chan­gé –, mais des ma­quettes ont été construites avant même que les ani­ma­teurs ne se penchent sur le film en tant que tel.

« Nous avons fait faire la ta­blette de pierre qui montre la ma­lé­dic­tion dont a été vic­time un prince il y a long­temps... et je l’ai gar­dée en sou­ve­nir », a conclu Ka­the­rine Sa­ra­fian avec un air de pe­tite fille ayant mis la main dans une boîte de bon­bons !

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