LE PLAI­SIR CONTA­GIEUX DE BOU­CAR ET FRAN­CIS

Il est 7 h. Le Mar­ché Jean-ta­lon est calme. Les mar­chands placent fruits et lé­gumes. Au loin, un groupe de jeunes mu­si­ciens ré­chauffent leurs ins­tru­ments avant leur per­for­mance té­lé. Les in­gré­dients d’une re­cette sont mis en place sur le pla­teau. Fran­cis

Le Journal de Quebec - Weekend - - TÉLÉVISION - Em­ma­nuelle Plante Col­la­bo­ra­tion spé­ciale Des ki­wis et des hommes, du lun­di au ven­dre­di à 9 h, Ra­dio-ca­na­da

« C’est l’équi­valent d’un per­ron d’église, fait re­mar­quer Fran­cis Red­dy. Le mar­ché, c’est comme un vrai vil­lage. Tout le monde se connaît. Ça nous per­met d’être en contact avec les gens, de prendre des nou­velles. »

De­puis huit ans, l’ani­ma­teur passe tous ses ma­tins dans ce lieu d’échange qui vibre au gré des ar­ri­vages.

« Nous avons la chance de faire une émis­sion à l’ex­té­rieur des stu­dios, dans un mi­lieu ou­vert, au coeur de la vraie vie, ren­ché­rit Bou­car Diouf. Je viens d’une fa­mille d’agri­cul­teurs. Grâce à l’émis­sion, je me suis pro­me­né, j’ai vu les gens dans leurs mi­lieux. Main­te­nant, je ne vois plus seule­ment les pro­duits, je vois les gens qui les cultivent, j’ai vu leurs terres. »

« Le ma­tin, pour­suit-il, c’est le mo­ment de ma­ni­fes­ter notre plai­sir d’être là. Même les ma­tins où la fa­tigue se fait sen­tir, ce par­cours m’éner­gise. »

Ain­si, après le ca­fé avec les mar­chands, les deux ani­ma­teurs font le tour de l’équipe pour sa­luer tout le monde. « Nous sommes membres d’une même équipe, ajoute Fran­cis, c’est im­por­tant de com­men­cer la jour­née en créant des liens. » Puis, ils filent vers la salle de ma­quillage amé­na­gée dans un coin au se­cond étage.

C’est là que Fran­cis, Bou­car et les in­vi­tés sont ac­cueillis par Gilles et Fran­çois qui veillent à les mettre beaux pour les ca­mé­ras. C’est aus­si là que nos deux com­plices ont amé­na­gé leurs lo- ges de for­tune, bap­ti­sées la Sainte-Fé­li­ci­té et chez Willie, où ils ac­cu­mulent les sou­ve­nirs chi­nés ça et là, une dé­cou­verte trou­vée dans un com­merce de quar­tier ou des pho­tos de voyage.

PLA­TEAU MO­BILE

Un as­cen­seur mène au pla­teau. Dès 6h, les pre­miers membres de l’équipe sont au poste. À 6h30, les tech­ni­ciens s’af­fairent à mon­ter quo­ti­dien­ne­ment le dé­cor. Ques­tion de ne pas nuire aux ac­ti­vi­tés ré­gu­lières au Mar­ché, le pla­teau de té­lé est en­tiè­re­ment dé­mon­té après chaque dif­fu­sion. En moins d’une de­mi-heure, le dé­cor est prêt. Chaque ma­tin, l’ac­ces­soi­riste Luc Ber­trand fait le tour du mar­ché afin d’in­té­grer au dé­cor les pro­duits de la jour­née. « En dé­but de sai­son, c’est plus dif­fi­cile de trou­ver des pro­duits qué­bé­cois, note-t-il. Il ne faut pas se ré­pé­ter. Il faut être créa­tif. Là, ça com­mence à être le fun. Le dé­fi est aus­si d’in­té­grer des pro­duits qu’on uti­lise dans la re­cette dans le dé­cor, ou de ré­cu­pé­rer des par­ties d’ali­ments qu’on n’a pas cui­si­nées. » C’est aus­si Luc qui est res­pon­sable des belles tables qui sus­citent beau­coup de com­men­taires. « Moi je viens du té­lé­ro­man, c’est une nou­velle ex­per­tise que j’ai dû dé­ve­lop­per. On me parle beau­coup de mes centres de table. »

CUI­SI­NER EN DI­RECT

En en­trant sur le pla­teau, on ne peut man­quer la pré­sence de Marc Mau­là, sty­liste cu­li­naire de l’émis­sion et chef de for­ma­tion, qui s’ac­tive au­tour du grand comp­toir éclai- ré. Il est à l’image de l’émis­sion : cha­leu­reux et gé­né­reux. Chaque ma­tin, Mau­là s’as­sure que tout est prêt pour la re­cette qui se­ra pré­pa­rée en ondes. Il veille aus­si à l’es­thé­tisme des pré­sen­ta­tions et des pro­duits et à bien ou­tiller les in­vi­tés. Ré­gu­liè­re­ment, ce pas­sion­né de cui­sine par­ti­cipe lui-même à l’émis­sion. Il est donc fa­cile pour lui d’en­ca­drer cer­tains chefs moins fa­mi­liers avec l’en­vi­ron­ne­ment té­lé­vi­suel et tout ce qu’il com­porte.

Des ki­wis et des hommes est une des rares émis­sions où l’on cui­sine en di­rect. « Chaque re­cette est dé­cor­ti­quée, ex­plique-t-il. On doit la re­cons­truire un seg­ment à la fois du dé­but à la fin puis­qu’elle se­ra exé­cu­tée en temps réel. Je dois aus­si m’as­su­rer de l’er­go­no­mie du pla­teau et que le chef in­vi­té n’au­ra qu’à vivre un mo­ment agréable. »

Ai­dé de Li­sa Bir­ri, éga­le­ment fille d’un mar­chand, Mau­là place chaque in­gré­dient dans une lo­gique ir­ré­pro­chable et s’adapte aux be­soins des in­vi­tés.

« C’est tel­le­ment agréable, ra­conte-t-il, on ren­contre des grands chefs, des Afri­cains, des Al­sa­ciens, des gens de par­tout. On peut cui­si­ner la sauce de grand-ma­man comme la re­cette d’une grande table. En plus, ici, l’at­mo­sphère n’a rien à voir avec la com­pé­ti­tion que l’on sent ha­bi­tuel­le­ment dans les cui­sines. Le but est d’avoir du plai­sir et de trans­mettre le plai­sir de cui­si­ner. En ce sens, je fais aus­si un peu de psy­cho­lo­gie. »

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