L’UNI­VERS SAN­GLANT des car­tels de drogue

Dans son nou­veau film, Oli­ver Stone se penche sur les car­tels de drogue, les per­son­nages de ce drame san­glant pre­nant vie sous les traits de Tay­lor Kitsch, Blake Li­ve­ly, Aa­ron John­son, John Tra­vol­ta, Be­ni­cio Del To­ro et Sal­ma Hayek.

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Isa­belle Hontebeyrie Agence QMI

Sous le so­leil de la Ca­li­for­nie du Sud, Ben (Aa­ron John­son) et Chon (Tay­lor Kitsch) vendent une ma­ri­jua­na d’une qua­li­té re­dou­table. Le duo – en fait, un trio puis­qu’Ophe­lia (Blake Li­ve­ly) est leur amour com­mun – at­tire l’at­ten­tion d’Elena (Sal­ma Hayek), pa­tronne du tout puis­sant car­tel La Ba­ja.

Les trois jeunes en­tre­pre­neurs ne songent pas un ins­tant à re­fu­ser la pro­po­si­tion de col­la­bo­ra­tion d’Elena, sur­tout que l’homme de main de cette der­nière (Be­ni­cio Del To­ro) et Alex (Da­mien Bi­chir), l’avo­cat, se font mé­cham­ment convain­cants.

Mais Ben, Chon et Ophe­lia n’ont en fait au­cune in­ten­tion de fi­nir sous la coupe d’Elena. Avec l’aide de Den­nis (John Tra­vol­ta), un agent cor­rom­pu de la DEA, et Spin (Emile Hirsch), un comp­table ima­gi­na­tif, le trio ten­te­ra d’échap­per à l’em­prise de la femme d’af­faires.

CRUELLE AC­TUA­LI­TÉ

Au vu de ce qui se passe au sud de la fron­tière amé­ri­caine – pas une se­maine ne s’écoule sans un bain de sang, les car­tels mexi­cains se li­vrant une guerre de pou­voir sans mer­ci –, on se dit que Sau­vages est d’une cruelle ac­tua­li­té.

« Il ne faut pas ou­blier que ce film est une fic­tion, pas la réa­li­té. Nous ne sommes pas dans Traf­fic. Rien de ce qui est dé­crit dans Sau­vages n’est en­core ar­ri­vé. Il n’y a pas en­core eu de vio­lence no­table de ce cô­té-ci de la fron­tière », a dé­taillé Oli­ver Stone lors d’une ren­contre à Los An­geles. « C’est dans l’in­té­rêt des car­tels mexi­cains de gar­der cette vio­lence de leur cô­té du Rio Grande, car, s’ils fonc­tion­naient de la même ma­nière ici, ils au­raient à en su­bir les consé­quences dé­vas­ta­trices. »

« Et oui, nous le sa­vons, les car­tels sont im­plan­tés chez nous et pros­pèrent. Nous sa­vons qu’ils ont ache­té des terres aux Amé­rin­diens et qu’ils ont des ac­ti­vi­tés en Ca­li­for­nie, où on trouve les meilleurs la­bo­ra­toires de fa­bri­ca­tion de drogue. Par contre, mal­gré toutes mes re­cherches, je n’ai rien trou­vé qui res­semble à ce qui est dé­peint dans le film. Nous avons en­core, aux États-Unis, un mar­ché presque fa­mi­lial de pro­duc­teurs in­dé­pen­dants, des gens très bien qui font pous­ser un pro­duit de haute qua­li­té... le meilleur que j’aie fu­mé en 40 ans ! »

« Comme l’ex­plique le per­son­nage de John Tra­vol­ta, l’ar­ri­vée des car­tels en sol amé­ri­cain se­rait com­pa­rable à celle de Wal­mart. Sau­vages sou­lève des hy­po­thèses », a-t-il ajou­té en rap­pe­lant que le long mé­trage est ti­ré – avec d’im­por­tants chan­ge­ments – du ro­man de Don Wins­low.

SO­CIAL ET PO­LI­TIQUE

Oli­ver Stone ne rate ja­mais une oc­ca­sion de vé­hi­cu­ler un mes­sage so­cial et po­li­tique dans ses films. C’est ain­si qu’il dresse un por­trait par­ti­cu­liè­re­ment sé­vère de la si­tua­tion au Mexique.

« Ce que j’ai vu là-bas : trop d’ar­gent qui cir­cule entre les car­tels et le gou­ver­ne­ment, d’où l’in­fluence du monde de la dro- gue sur le pou­voir. C’est ce­la qui m’a fait considérer Elena comme « morte ». Son in­fluence est en train de s’ef­fri­ter. En dé­cla­rant la guerre aux car­tels, le pré­sident ac­tuel, Fe­lipe Cal­derón, a créé un cau­che­mar, une guerre ci­vile au Mexique. » Élar­gis­sant le dé­bat, il a pré­ci­sé être vi­gou­reu­se­ment fa­vo­rable à la lé­ga­li­sa­tion de la ma­ri­jua­na. « Le Mexique et les États-Unis de­vraient dé­cri­mi­na­li­ser la drogue, je ne pense pas qu’on puisse en­core la lé­ga­li­ser. » « Les grands pa­trons des car­tels sont en­core libres, les gros re­ven­deurs ne vont ja­mais en pri­son. Par contre, les pe­tits payent. La moi­tié de la po­pu­la­tion car­cé­rale amé­ri­caine a été condam­née pour des crimes non vio­lents re­liés à la drogue. Ce sont les noirs qui sont les prin­ci­pales vic­times de cette in­éga­li­té de­vant la jus­tice. C’est d’ailleurs une forme d’es­cla­vage que de mettre de jeunes gens en pri­son, on gâche tout sim­ple­ment leur vie. » Sau­vages ar­rive dans les salles du Qué­bec le ven­dre­di 6 juillet.

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