PE­TER UN PAR­KER BRI­TAN­NIQUE

Al­lons droit au but : pour­quoi faire un autre film sur Spi­derMan ? Il y a dé­jà eu trois films au cours de la der­nière dé­cen­nie con­cer­nant ce su­per­hé­ros avec To­bey Ma­guire dans le rô­le­titre et Sam Rai­mi à la barre. « Nous avons par­lé, bien ou­ver­te­ment, de

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Jim Slo­tek Agence QMI

« La force de ce per­son­nage, c’est qu’il ap­par­tient à tout le monde et qu’il peut être in­ter­pré­té de plu­sieurs fa­çons. Nous avons ado­ré tra­vailler avec Sam, mais nous sa­vions que Spi­der-Man est éter­nel. Nous nous sommes sen­tis par­fai­te­ment à l’aise de ré­in­ter­pré­ter ce per­son­nage ico­nique, qui a d’ailleurs été ré­in­ter­pré­té de si nom­breuses fa­çons, au fil des ans et des bandes des­si­nées. »

DIF­FÉ­RENT

Ils n’au­raient pas pu faire plus dif­fé­rent, en se tour­nant vers un ac­teur bri­tan­nique pour in­car­ner le col­lé­gien new-yor­kais aux pou­voirs d’arai­gnée Pe­ter Par­ker et en confiant la di­rec­tion du film à Marc Webb, un réa­li­sa­teur qui ne donne pas du tout dans les su­per­pro­duc­tions d’ac­tion. On le connaît, entre autres, pour sa co­mé­die ro­man­tique ado­rable et chro­no­lo­gi­que­ment déjantée 500 jours en­semble. On a même per­mu­té la co­pine de Spi­der-Man, pas­sant de la guille­rette Ma­ry Jane Wat­son (Kirs­ten Dunst) à la tra­gique fille de com­mis­saire de po­lice Gwen Sta­cy (Em­ma Stone).

Si l’on dit que la per­mu­ta­tion s’est faite de fa­çon har­mo­nieuse (Ma­guire a même trans­mis ses meilleurs voeux par cour­riel à la nou­velle équipe), Gar­field laisse en­tendre qu’il était temps pour un re­nou­veau, que de nou­velles per­sonnes au­di­tionnent pour le rôle.

Gar­field ( Le ré­seau so­cial) a dit : « j’ai dû au­di­tion­ner pour tous les rôles qui m’in­té­res­saient. Il y a par­fois des ac­teurs qui at­teignent une re­nom­mée ou une vi­si­bi­li­té telle qu’ils se voient of­frir des rôles en fonc­tion de leur pou­voir d’at­trac­tion en salle, alors qu'ils ne sont peut-être pas la per­sonne idéale pour le rôle ou qu'ils ne ren­dront peut-être pas jus­tice à l’his­toire.

« Il y a une va­leur cer­taine à mé­ri­ter quelque chose, plu­tôt que d’être choi­si en fonc­tion de sa ré­pu­ta­tion. C’est une belle forme de ré­com­pense, parce que vous sa­vez qu’ils croient en vous et que vous êtes la per­sonne idéale pour cette his­toire. »

RÉA­LI­TÉ ADO­LES­CENTE

Cette fois, in­sistent tous ceux qui s'y sont im­pli­qués, l’his­toire s’ar­ti­cule plus au­tour de Pe­ter Par­ker que de Spi­der-Man, et in­tègre des pa­rents scien­ti­fiques ja­mais men­tion­nés au­pa­ra­vant (et un père qui a col­la­bo­ré avec le gé­né­ti­cien Kurt Con­nors, le fu­tur mé­chant Lé­zard), et aborde les pro­blèmes et les com­plexes propres aux ado­les­cents.

« Pe­ter cherche à fuir sa dou­leur et sa culpa­bi­li­té, et il pro­jette ses émo­tions né­ga­tives dans le monde phy­sique, d’ex­pli­quer Gar­field. Il y a une pé­riode au cours de la­quelle il suit ces puis­santes im­pul­sions, et dé­couvre ac­ci­den­tel­le­ment des pou­voirs pou­vant être mis au ser­vice du bien. “Je me sen­tais comme un per­dant, ce que je ne suis plus.” »

Jus­qu’à un cer­tain point, de pour­suivre Gar­field, « je me suis fié à mon vé­cu pour re­dé­cou­vrir l’es­sence de la réa­li­té ado­les­cente. Per­son­nel­le­ment, j’ai tou­jours sou­hai­té être plus char­pen­té, parce que c’est ce que nous dit la so­cié­té. J’ai tou­jours joué au rugby, mais j’étais constam­ment bles­sé, vu ma frêle cons­ti­tu­tion. Ce trait com­mun m'a four­ni une belle fe­nêtre sur le per­son­nage de Pe­ter, parce qu’il s’est tou­jours sen­ti plus fort in­té­rieu­re­ment qu’ex­té­rieu­re­ment. »

Pour les be­soins du per­son­nage, l'ac­teur s’est ren­du dans le quar­tier Queens, à New York, où il a fré­quen­té des ado­les­cents, s’im­bi­bant de leur fa­çon de s’ex­pri­mer et s’im­pré­gnant de dé­tails dont ils n'étaient peut-être même pas conscients, comme le mal- aise, la ti­mi­di­té et les hé­si­ta­tions propres aux jeunes de leur âge.

« Je me suis éga­le­ment ins­pi­ré d’un livre gé­nial, in­ti­tu­lé Tee­nage. C’est un livre de pho­tos. C’est une oeuvre in­croyable, pleine de cette éner­gie que je cher­chais à cap­ter. On y trouve ce be­soin ir­ré­pres­sible de s’ex­pri­mer, de faire tom­ber les murs de fa­çon ir­ra­tion­nelle. En re­gar­dant les pho­tos, on ne peut s’em­pê­cher de se dire, “Je me rap­pelle avoir res­sen­ti ça !” »

FI­GURE PA­TER­NELLE

Bon, as­sez de sen­ti­men­ta­li­té. Qu’en est-il de ses aven­tures de haute vol­tige (dont une scène où le hé­ros mas­qué se sert d’une sé­rie de struc­tures en construction comme d’une au­to­route des airs) ? Il se sent très re­de­vable au cas­ca­deur lé­gen­daire Vic Arm­strong. « Chaque fois qu’il est ques­tion de Vic Arm­strong, mon coeur fond, a dit Gar­field. Il est de­ve­nu en quelque sorte, et de fa­çon du­rable, une fi­gure pa­ter­nelle. Un jour, j’écri­rai un livre à son su­jet. Son équipe réus­sit, comme nulle autre, à vous faire sen­tir en sé­cu­ri­té. Ils sont pas­sion­nés, at­ten­tifs et ai­mants ; c’est une vé­ri­table tri­bu qu’il a au­tour de lui. Et il a eu la bon­té de me lais­ser in­té­grer cette tri­bu. J’ai été trai­té exac­te­ment comme les autres. »

« Nous avons eu un plai­sir fou et il m’a tou­jours en­cou­ra­gé. Il y a des cho-

ses qui m’ef­frayaient et comme tout bon père, il m’a dit, “Va au-de­là de ce que tu te crois ca­pable de faire, parce que tu pour­rais te sur­prendre toi-même.” Pour cette rai­son, tra­vailler avec lui a été pour moi une sorte de voyage spi­ri­tuel. »

« Outre ces as­pects in­té­rieurs, le tra­vail avec câble et har­nais m’a pro­cu­ré la sen­sa­tion de vo­ler dont je rê­vais de­puis l’âge de trois ans, comme tous les pe­tits en­fants. Pour ça, je se­rai éter­nel­le­ment re­con­nais­sant. »

Le vé­ri­table dé­fi phy­sique, dit-il, a été in­té­rieur. « Je n’ar­ri­vais pas à dor­mir. C’est bi­zarre, parce que nous avons tous un per­son­nage qui nous at­tire et nous pré­oc­cupe, vis­cé­ra­le­ment. Et lorsque vient le temps de l’in­ter­pré­ter, de lui rendre jus­tice, on se dit, “Oh ! Mon Dieu, je ne peux plus dor­mir, je n’ai plus le droit de ne rien faire d’autre.” Cette per­sonne (Pe­ter Par­ker) m’a tel­le­ment ap­por­té, que je vou­lais tout lui don­ner, au point de ne plus sa­voir com­ment me re­cen­trer. »

L'ex­tra­or­di­naire Spi­der-Man tis­se­ra sa toile dans les salles obs­cures du Qué­bec dès le 3 juillet.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.