Quel en­fer de re­gar­der le Su­per Bowl en couple

Le Journal de Quebec - Weekend - - TÉLÉVISION -

Comme un mil­lion de Qué­bé­cois, j’avais l’ha­bi­tude de te­nir une «grande soi­rée Su­per Bowl». Tra­di­tion­nelle à mort: bière, pi­nottes, ca­chous, crottes de fro­mage, chips, na­chos, ailes de pou­let, spare ribs, brow­nies et gâ­teau aux ca­rottes. «Cette an­née, me dit Ma­ryse, pour­quoi on ne re­gar­de­rait pas le Su­per Bowl en couple, ça me don­ne­rait une chance de com­prendre le jeu?» J’ai ac­quies­cé. Mon pre­mier échap­pé!

Le me­nu fut un vrai re­vi­re­ment: Beck’s sans al­cool, ca­rottes crues, branches de cé­le­ri, pu­rée de pois chiches, ga­lettes de riz, rou­leaux de prin­temps, su­shi vé­gés, to­fu grillé, trem­pette de yo­gourt, pe­tits gâ­teaux au thé vert. Aus­si bien jouer au foot­ball avec des bal­lons dé­gon­flés!

Au lieu de re­gar­der l’émis­sion d’avant par­tie, j’avais dé­ci­dé de vi­sion­ner sur You­Tube les 67 mes­sages publicitaires dif­fu­sés aux États-Unis puis­qu’on ne pour­rait les voir ici. Ma­ryse a d’abord re­fu­sé net. -En v’là une af­faire: on va re­gar­der des pubs, alors qu’on es­saie tou­jours de les évi­ter! -Celles-là, c’est pas pa­reil. Elles sont bonnes. Re­garde!

AH! LE PE­TIT CHIEN

Elle s’est obs­ti­née à ne pas je­ter les yeux sur l’écran de mon or­di jus­qu’à ce qu’ap­pa­raisse le pe­tit chien per­du de Bud­wei­ser. Là, sa cu­rio­si­té l’a em­por­tée. J’ai dû vi­sion­ner le mes­sage quatre fois. À la fin, Ma­ryse es­suyait ses larmes et m’a fait pro­mettre d’ache­ter un chien. Pour­quoi pas des che­vaux, tant qu’à y être?

Ce dur mo­ment pas­sé, nous avons conti­nué le vi­sion­ne­ment. J’ai cra­qué une fois de plus (je l’avais dé­jà re­gar­dé plu­sieurs fois) du­rant le mes­sage de Carl’s Ju­nior. Quelle fille sexy! Quel syn­chro­nisme! Quand le mar­chand dé­pose dans le pla­teau de sa ba­lance deux melons tout ronds, on ju­re­rait les té­tons de la fille. -Ça, c’est sexiste pas or­di­naire, s’ex­clame Ma­ryse. J’es­père que toutes les femmes vont pro­tes­ter.

Ma­ryse a pres­sé ra­pi­de­ment la clé du cla­vier de l’or­di pour pas­ser au mes­sage sui­vant. Oupse! c’était ce­lui de Kim Kar­da­shian. Ma­ryse l’a «flu­shé» aus­si vite. -Cou­don, c’est juste des mes­sages sexistes!

UNE IN­SULTE AU MÂLE

Une chance que la Kar­da­shian était sui­vie de «Like a girl», le mes­sage très sa­ni­taire d’Always. Des larmes perlent en­core aux yeux de Ma­ryse. Elle n’en re­ve­nait pas de voir des filles cou­rir, lan­cer ou se battre comme… des gar­çons. Moi, j’ai trou­vé ça in­sul­tant de voir des filles cou­rir, lan­cer et se battre tout croche en pré­ten­dant qu’elles le font comme des gars!

Quand est ap­pa­rue la fille ul­tra sexy qui an­non­çait Vic­to­ria’s Se­cret (ce mes­sage-là, je l’avais re­gar­dé plu­sieurs fois aus­si), à ma grande sur­prise, Ma­ryse n’a pas fait pas de mon­tée de lait, trans­por­tée qu’elle était par la mu­sique et les pa­roles de I’m

in the Mood for Love, sa mé­lo­die pré­fé­rée. Le mes­sage est tel­le­ment sexy que lun­di ma­tin, je l’ai té­lé­char­gé sur mon or­di. Je le vi­sionne main­te­nant chaque jour avant de com­men­cer mon tra­vail. C’est ma mise en forme.

KA­TY AR­RIVE EN­FIN

Avec tous ces vi­sion­ne­ments, nous avons man­qué la cé­ré­mo­nie d’ou­ver­ture et le pre­mier quart était dé­jà en marche quand nous sommes re­ve­nus à la par­tie. -C’est quand le spec­tacle de la de­mie? de­mande Ma­ryse qui re­garde une émis- sion d’Illi­co sur sa ta­blette tout en fai­sant mine de suivre la par­tie. -À la de­mie!

Elle ho­cha la tête et re­tour­na à sa ta­blette jus­qu’à ce qu’ap­pa­raisse Ka­ty Per­ry, mon­tée sur son lion ro­bo­ti­sé. Du­rant la mi-temps, Ma­ryse n’a pas ces­sé de s’ex­ta­sier. «Wow! c’est for­mi­dable le Su­per Bowl! Avoir su…»

Dès que Ka­ty s’est en­vo­lée hors du stade sur son étoile, Ma­ryse s’est ré­fu­giée de nou­veau dans sa ta­blette jus­qu’à mon cri de mort lorsque Jer­maine Kearse a fi­ni par at­tra­per le bal­lon par mi­racle à cinq verges des buts.

Ma­ryse a lâ­ché sa ta­blette. Elle sen­tait bien que le mo­ment était his­to­rique. Ve­nant de nulle part, Mal­colm But­ler in­ter­cep­ta en­suite la passe de Wil­son. J’ai lan­cé un autre cri de mort et en­voyé vo­ler les su­shis vé­gés qui res­taient. -Qu’est-ce qui se passe? de­man­da Ma­ryse. -C’est fi­ni, puis je viens de perdre 200$! -Hein? Tu gages sur le foot­ball, un jeu de fous où y a rien à com­prendre.

C’est elle qui a rai­son: il n’y avait rien à com­prendre à cette mau­dite fin de Su­per Bowl.

Le jeu entre Jer­maine

Kearse (#15) et Mal­colm But­ler (#21).

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