Sans ins­pi­ra­tion

Le Journal de Quebec - Weekend - - MUSIQUE -

On l’a af­fu­blée ra­pi­de­ment d’un man­teau de femme fa­tale; elle est une sorte de Mar­lene Die­trich bien de son temps, mais en jeans et ori­gi­naire de Na­nai­mo, en Co­lom­bieB­ri­tan­nique. Cer­tains lui re­pro­che­ront de s’être lais­sé pié­ger ou d’avoir ou­vert une boîte de Pan­dore d’où se sont échap­pés de vé­ri­tables im­pos­teurs, dont le pire est sû­re­ment Rod Ste­wart (si­non le Dy­lan de Sha­dows of the Night, mais ça, c’est une tout autre his­toire).

Elle a donc quel­que­fois ten­té d’échap­per au car­can de «La bonne chan­son» ( Great Ame­ri­can Song­book, 1920-1960), mais des ventes dé­ce­vantes (et son ma­na­ge­ment) l’ont vite fait ren­trer dans le rang. D’où le ca­rac­tère am­bi­gu de ce nou­veau CD. Un ré­per­toire, Ca­li­for­nia Drea

min’, Wall­flo­wer de Dy­lan, deux titres des Eagles, dont Des­pe­ra­do, de Crow­ded House, et une in­édite com­po­sée pour elle par McCart­ney se de­vaient de ti­tiller un peu plus un pu­blic de boo­mers, pop-rock 6070. Sauf que le réa­li­sa­teur est Da­vid Fos­ter, res­pon­sable de quelques al­bums de Cé­line Dion et de Josh Gro­ban, qui ex­celle sou­vent dans le kitsch ma­nié­ré. Ici, il se sur­passe. Une boîte à rythmes, 101 vio­lons, un ar­ran­ge­ment bos­sa, quelques notes égre­nées au pia­no et Dia­na Krall, dis­tante, chan­tant pra­ti­que­ment au té­lé­phone et avec une froi­deur en tous points contraire à cet hymne à l’in­no­cence. Des­pe­ra­do, des Eagles, passe en­core, mais Su­per­star, des Car­pen­ters, est si­ru­peuse, avec son ava­lanche de cordes et la voix de Krall qui semble ve­nir d’ailleurs, à la fois lan­guis­sante, mais pro­gres­si­ve­ment anor­ma­le­ment lente, mo­no­tone, voire mo­no­corde. De plus, elle joue peu au pia­no, sans ins­pi­ra­tion par­ti­cu­lière. La seule chan­son ori­gi­nale, celle com­po­sée spé­cia­le­ment pour elle par McCart­ney, est in­ter­pré­tée avec une fa­deur désar­mante. Dif­fi­cile de croire qu’elle a pu lais­ser sor­tir cet al­bum. Elle au­rait dû s’adres­ser plu­tôt à Ca­role King comme réa­li­sa­trice, sur­tout lors­qu’on en­tend sa ver­sion de I Can’t Tell You Why, des Eagles. Au mieux, en­nuyeux.

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