LES DES­SOUS D’UN FILM OSÉ

C’est un se­cret mieux gar­dé que la sé­cu­ri­té du pré­sident des États-Unis. Per­sonne ne ver­ra le film Cin­quante nuances de Grey avant sa pré­sen­ta­tion spé­ciale le 11 fé­vrier lors de la Ber­li­nale. Per­sonne. Ni les jour­na­listes, ni même les ac­teurs.

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Isa­belle Hontebeyrie Agence QMI

«Je n’ai pas été ca­pable de le mon­trer à qui que ce soit, s’est plainte Sam Tay­lorJohn­son dans les pages des quo­ti­diens bri­tan­niques. C’est la chose la plus frus­trante du monde que de ne pas pou­voir avoir de com­men­taire sur ce qu’on fait.» Elle a quand même pu faire confiance à son ma­ri, Aa­ron Taylor-John­son (vu dans

Kick-Ass et God­zilla), qui a sui­vi le pro­ces­sus pen­dant 18 mois, du dé­but à la fin. «Il a vu le film au moins 1000 fois. Il a don­né son avis dès la lec­ture du scé­na­rio. J’avais be­soin de quel­qu’un en qui j’avais confiance pour pou­voir dis­cu­ter de dif­fé­rentes idées.»

QUEL ÉRO­TISME?

Le film Cin­quante nuances de Grey est bien en­ten­du l’adap­ta­tion du ro­man éro­tique du même titre, ra­con­tant l’ini­tia­tion d’une jeune fille vierge, Ana Steele (Da­ko­ta Jonh­son), au sa­do­ma­so­chisme par Ch­ris­tian Grey (Ja­mie Dor­nan). Écrit par E.L. James, les ro­mans – car il s’agit d’une tri­lo­gie – sont ra­pi­de­ment de­ve­nus un phé­no­mène mon­dial dès leur pu­bli­ca­tion.

Tant pour la ci­néaste que pour les ac­teurs, le long-mé­trage n’est en au­cun cas un film por­no.

«Nous ne fai­sions pas le film pour cho­quer les gens avec des scènes ex­pli­cites. Nous vou­lions que le pu­blic se sente in­vi­té dans l’in­trigue, pas re­pous­sé», a confié Don­na Lan­gley, pa­tronne chez les stu­dios Uni­ver­sal.

Même son de cloche du pro­duc­teur Mi­chael De Lu­ca, qui a tra­vaillé en étroite collaboration avec E.L. James pour adap­ter les scènes osées. «Le livre doit ab­so­lu­ment faire en sorte que les lec­trices se mettent dans la peau d’Ana. Le film n’a pas be­soin du même res­sort. On ne peut pas faire un long mé­trage aus­si ex­pli­cite que le ro­man, de la même ma­nière qu’il n’est pas pos­sible de rendre fi­dè­le­ment à l’écran Pey­ton Place ou Lo­li­ta ».

Pour Sam Taylor-John­son, «la chose la plus dif­fi­cile à éta­blir était quand et com­ment nous al­lions in­clure les scènes de sexe, sans qu’elles semblent gra­tuites. Il fal­lait donc qu’elles fassent par­tie de l’his­toire. J’ai dû ca­rac­té­ri­ser chaque scène afin de la rendre dif­fé­rente de la sui­vante. Je ne vou­lais pas, non plus, que la sexua­li­té soit trop ex­pli­cite, et je sais que cer­tains se­ront dé­çus. Pour moi, ce n’est pas éro­tique. La mi­nute où l’on sent qu’il y a pé­né­tra­tion, c’est fi­ni. Ce qui est in­té­res­sant, c’est l'in­ten­si­té, la sen­sua­li­té des gestes. Et c’est pour ce­la que je ne pense pas que le long mé­trage soit por­no­gra­phique.»

L’UNI­VERS MA­SO­CHISTE

On sait que Ja­mie Dor­nan a vi­si­té un don­jon, mais Sam Taylor-John­son a éga­le­ment mis la main à la pâte, pas­sant énor­mé­ment de temps avec une do­mi­na­trice pro­fes­sion­nelle pour s’im­pré­gner de l’am­biance du ro­man. «Elle m’a ap­pris beau­coup de choses, par­ti­cu­liè­re­ment sur le monde du BDSM (bon­dage, do­mi­na­tion, sa­do­ma­so­chisme) et à quel point c’est strict et in­croya­ble­ment struc­tu­ré. Il y a une liste de choses qu’on peut et qu’on ne peut pas faire, une forme de contrat. Une fois que le contrat est pas­sé, cha­cun connaît exac­te­ment les pa­ra­mètres de la re­la­tion. Et ce­la per­met de dé­ve­lop­per une confiance énorme, un lien in­croyable, qui peut se trans­for­mer en amour par­ti­cu­liè­re­ment pro­fond.»

UN TOUR­NAGE PAS SEXY DU TOUT

Des ru­meurs per­sis­tantes veulent que Da­ko­ta John­son et Ja­mie Dor­nan ne s’en­tendent ab­so­lu­ment pas, quelque chose que les deux ac­teurs font tout pour ca­cher.

Par contre, le Bri­tan­nique n’a pas ca­ché qu’il n’y a rien de moins sexy que de tour­ner des scènes d’amour. «Je trouve qu’il n’y a ab­so­lu­ment rien d’émous­tillant à jouer des scènes osées de­vant une de­mi­dou­zaine de mecs poi­lus qui sont en train de bou­ger des câbles et de l’équi­pe­ment pour l’éclai­rage.»

Et dans les pages de Va­rie­ty, il a avoué en riant avoir été obli­gé de se ser­vir d’un ac­ces­soire sur­pre­nant. «J’ai por­té, de­vant mes par­ties pri­vées, l’une de ses pe­tites sa­coches que Ro­bin des bois au­rait at­ta­chées à sa cein­ture. C’est très pe­tit… je veux dire, ce n’est pas si pe­tit que ça. Après tout, ça contient pas mal de choses!»

Ja­mie Dor­nan est prêt aux com­men­taires as­sas­sins, tant de la part des ama­teurs du ro­man que de la part des cri­tiques. «Ja­mais je ne pour­rais conten­ter les lec­teurs. Si la moi­tié d’entre eux sont contents, alors ce se­ra un mi­racle. Et non, il n’y a au­cune scène de sexe for­cé.»

Et il a ajou­té: «Je suis conscient du fait qu’il y a beau­coup de sno­bisme in­tel­lec­tuel à l’égard du livre. Donc, on en re­trou­ve­ra for­cé­ment pour le film..»

De son cô­té, Da­ko­ta John­son, 25 ans, est par­fai­te­ment cons­ciente que Cin­quante

nuances de Grey va chan­ger sa vie, tout comme Twi­light a mo­di­fié celle de Kris­ten Ste­wart et Hun­ger Games celle de Jen­ni­fer La­wrence. «Je pense beau­coup à

mon ano­ny­mat qui est en train de dis­pa­raître. Et ce­la me fait peur parce qu’une par­tie de moi se­rait par­fai­te­ment heu­reuse en ha­bi­tant dans un ranch du Co­lo­ra­do, à éle­ver des en­fants, des poules et de che­vaux… ce que je risque d’ailleurs de faire de toute ma­nière. Mais je ne pou­vais pas lais­ser pas­ser cette chance de faire quelque chose de to­ta­le­ment dif­fé­rent. Et c’est une his­toire d’amour tel­le­ment in­tense!» Sur les écrans de la belle pro­vince dès le 13 fé­vrier.

Sam Taylor-John­son

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.